Les dieux du campus Tome 1 - Leander
49 - Leander
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LEANDER
Je crois que mon cœur vient de rater un battement. Ou peut-être est-ce le monde qui s’est mis sur pause, le temps que les paroles de Knox s’infiltrent dans mon esprit. Des recruteurs. Ici. À Saint-Charles !
Un sifflement strident me sort de mes pensées tandis qu’une main s’écrase sur mon dos avec tant de force que je manque de trébucher.
— Mec !
Je me tourne vers Sander, dont les yeux brillent.
— C’est ta chance. Votre chance, à Knox et toi !
J’ai toujours du mal à encaisser l’information. Ce qui vaut peut-être mieux, en fait. Tu pourrais être drafté. Tu pourrais réaliser ton rêve. Et décevoir ton père…
Je cligne des yeux et laisse échapper un souffle. Je me rends compte que tous les regards sont rivés dans ma direction, comme si mes meilleurs potes essayaient de deviner pour quelle raison je ne me mêle pas à l’excitation générale. Alors, je décide de plaquer un sourire sur mes lèvres.
— C’est génial !
Je n’y mets pas autant d’entrain que je l’aurais souhaité, mais les mecs ne semblent pas s’en rendre compte, trop occupés par leur propre excitation. Et je comprends. La venue de recruteurs au sein d’une université est un événement, et même si Sander et Chase ne souhaitent pas faire carrière dans le football, c’est le cas de Knox et le mien, ce qui les rend euphoriques pour nous.
Même en donnant le meilleur de moi sur le terrain, ce rêve de devenir joueur pro, j’ai toujours tenté de le refouler. Je n’ai pas besoin de davantage de drame dans ma vie, et ce sera le cas si je décide de tenir tête à mon père à ce sujet. J’ai beau le détester parfois, je lui suis également reconnaissant de tout ce qu’il a fait pour moi. Et je sais combien il serait déçu et en colère que j’aille contre sa volonté. Je me suis toujours demandé pourquoi sportif de haut niveau n’était pas une profession convenable à ses yeux, mais je n’ai jamais osé lui poser la question. Par peur de la réponse. Parfois, je me demande si c’est à cause de Joachim. Promis à un brillant avenir, il a tout foutu en l’air pour des conneries. Peut-être qu’il craint que je suive les traces de mon frère.
Une main se glisse dans la mienne, et je baisse la tête pour croiser le regard de Nyx. Son visage inquiet se détend lorsque je lui souris timidement, et elle finit par me sourire en retour.
— Tu vas pas t’évanouir, dis ?
Je secoue la tête et glisse ma main sur sa joue pour déposer un baiser sur ses lèvres.
— Oh ! Regardez-moi ça ! Ils se sont rabibochés ! Qu’est-ce que je vous disais : « Moustique et Zeus sont amoureux ! »
Je soupire contre la bouche de Nyx, dont le rire se répercute dans tout mon corps. De gros bras nous entourent, et un souffle vient chatouiller ma joue. Je tourne la tête pour tomber sur le visage de Sander, bien trop près du mien.
— Tu penseras à me remercier, chaton. Après tout, c’est grâce à moi, tout ça !
Je lève les yeux au ciel et recule, prêt à répliquer, mais Dante chope son frère pour le séparer de nous et lui demander de nous foutre la paix.
— Tu es sûr que ça va ? C’est une sacrée nouvelle, hein ? me questionne Nyx.
Je hoche la tête et déglutis. J’aimerais lui demander quoi faire, écouter ses conseils. Sauf que je crois déjà connaître sa réponse. Elle me dira de suivre mes rêves, de ne pas me plier aux exigences de mon père. Et j’ai bien trop peur de la décevoir en n’y parvenant pas.
*
* *
Je pensais qu’avec Nyx blottie dans mes bras, ronflant doucement, je me serais endormi facilement. Mais il est quatre heures du matin, et je suis toujours parfaitement réveillé. Elle ne m’a posé aucune question hier soir, n’a pas cherché à me faire cracher le morceau, et je la remercie pour ça. Elle sait quand insister, quand me laisser de l’espace.
Je tends le bras, effleure ses lèvres entrouvertes et souris de la voir si paisible. Bordel, c’est tellement bon de la retrouver. Elle remue légèrement dans son sommeil, et je m’écarte par crainte de la réveiller.
Doucement, je me glisse hors du lit, enfile un pantalon de jogging et quitte la chambre en fermant doucement la porte. La maison est plongée dans le silence et l’obscurité. Rien ne bouge. Du moins, c’est ce que je crois jusqu’à ce que je me retrouve au bas de l’escalier. Je manque d’avoir la peur de ma vie en découvrant une ombre immobile sur le canapé. Heureusement, il ne me faut que quelques instants pour reconnaître la large silhouette de Knox.
— Qu’est-ce que tu fabriques tout seul dans le noir ?
Il sursaute et se tourne vers moi, puis un léger sourire ourle ses lèvres.
— À ce que je vois, je ne suis pas le seul qui n’arrive pas à dormir.
Je le rejoins et me laisse tomber sur le canapé à ses côtés. Nous restons silencieux un long moment, mais finalement, il est le premier à ouvrir la bouche.
— C’est bizarre. Quand le coach nous a annoncé la nouvelle, j’étais super excité… Et maintenant, je…
Il hausse les épaules sans finir sa phrase. C’est inutile, je sais ce qu’il ressent. J’éprouve la même chose, mais sans doute pour une raison différente.
— Moi aussi, je flippe, Knox.
Il tourne la tête vers moi, et malgré l’obscurité, je peux discerner la surprise sur ses traits.
— Pourquoi ? On a l’impression que tu es né avec un ballon à la main. Il y a zéro chance que tu ne sois pas drafté.
— Je sais, ouais.
C’est la vérité. Je suis doué. Il n’y a qu’à regarder mes statistiques pour s’en convaincre. Mon problème n’est pas là. Je ne sais pas ce que je crains le plus : ne pas être sélectionné ou au contraire taper dans l’œil d’un recruteur.
Knox soupire et passe une main dans ses cheveux courts. C’est dingue, on se côtoie depuis un an et demi, et en cet instant, je me rends compte que je ne sais quasiment rien de lui. Tout ce que je connais, c’est son parcours dans l’armée, et encore, dans les grandes lignes. Il ne parle jamais de sa famille ou de sa vie en dehors de l’université.
— Cette annonce, c’est à double tranchant, déclare-t-il. Et je crois que j’aurais préféré ne pas le savoir. Ça aurait évité la pression et les cauchemars.
C’est vrai. Être au courant d’une telle nouvelle, ça nous permet de mieux nous préparer, de tout donner lors du match, même si c’est toujours le cas. Mais c’est aussi avoir conscience d’être observé, jugé pour nos performances. C’est savoir que quelqu’un tient peut-être notre avenir entre ses mains.
— Les cauchemars ?
— Ouais… J’ai rêvé que j’étais sur le terrain, et que tout à coup, mes jambes devenaient molles et qu’elles ne me tenaient plus. Tout le monde me pointait du doigt et se foutait de ma gueule. J’ai levé la tête vers les gradins et j’ai vu un type ricaner en notant quelque chose sur son carnet… J’étais à moitié en train de chialer quand je me suis réveillé.
Je ricane et tends le bras pour lui tapoter le dos.
— La bonne nouvelle, c’est qu’il y a peu de chance que ce scénario arrive.
— Ouais, souffle-t-il. Et toi, alors ? Pourquoi le grand Leander McNeil flippe autant de la présence des recruteurs ?
— Crois-le ou non, je flippe bien moins de la présence des recruteurs que de la réaction de mon père si je décide de me lancer dans une carrière de footballeur professionnel.
Je tente de parler d’une voix légère, mais c’est compliqué alors qu’une boule me noue la gorge. Rien que d’imaginer le confronter, me battre pour ce que je veux, j’en ai l’estomac retourné. Je déteste ressentir ça. Je déteste qu’il me rende aussi faible.
— Tu crois pas qu’au contraire, il serait fier de toi ?
Je pourrais presque éclater de rire.
— Non, il ne serait pas fier. Il serait furieux.
Knox me dévisage d’un air interrogateur, et je me rends compte que si je ne connais pas grand-chose de lui, la réciproque est vraie. Je pousse un soupir et m’affale contre le dossier du canapé.
— Il se fout que je sois doué pour le football ou que ce soit ce que j’ai envie de faire de ma vie. C’est pas ce qu’il a prévu pour moi, et si je contrecarre ses plans… ça va pas être beau à voir.
Un frisson parcourt mon échine à cette pensée. Foutu Joachim. S’il n’avait pas merdé comme il l’a fait, c’est lui qui aurait dû reprendre les rênes de l’empire de notre père. Moi, j’aurais été peinard. C’est stupide de lui en vouloir, d’autant qu’il sautera de joie quand je vais lui annoncer la nouvelle, mais c’est plus fort que moi. Je n’en croise pas moins les doigts pour que, cette fois, sa permission soit accordée. Je n’ai pas envie de passer Noël sans mon grand frère.
— Et c’est quoi, ses plans te concernant ? creuse Knox.
— Tu sais, la merde habituelle, réponds-je en haussant les épaules. L’héritage McNeil. Le patrimoine, tout ça. C’est à moi que revient la tâche de reprendre le flambeau familial…
Knox hoche la tête, et nous restons un long moment perdus dans nos pensées.
— Le poids de la famille, hein ? On voudrait ne plus le supporter et, en même temps, on est incapable d’aller à contre-courant et de se battre pour ce qu’on veut.
— Ouais, soufflé-je en comprenant que, d’une manière ou d’une autre, on est dans le même bateau. Mais peut-être qu’on devrait tout de même essayer ?
Knox ricane et secoue la tête, l’air de dire que ce n’est pas envisageable. Je voudrais l’interroger, lui demander quel poids familial il doit porter, mais je n’ai pas envie de me montrer intrusif.
— Tu sais qui l’a fait ? finis-je par déclarer après un moment, tandis qu’un sourire ourle mes lèvres à cette pensée. Nyx. Nyx l’a fait. Alors, pourquoi pas nous ?
Pourquoi pas nous ?
Durant le reste de la nuit, alors que j’observe le clair de lune à travers la fenêtre de ma chambre, les mots ne cessent de tourner en boucle. Pourquoi pas nous ? Pourquoi pas moi ?
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