Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 39 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

39 - Leander

39

 

LEANDER

 

Je cligne des yeux tandis que Nyx reprend son souffle. Moi qui lui ai demandé de me parler, j’ai été servi. Sauf que c’est à peine si j’ai compris un mot sur deux de sa diarrhée verbale. Je n’étais pas prêt à entendre tout ça d’un coup, comme si elle voulait vider son sac une bonne fois pour toutes.

— Tu m’as paumé, finis-je par soupirer.

Elle se mord les lèvres et tourne la tête, reportant son attention sur la glace. Ses joues sont rouges, et je me demande si c’est seulement à cause de la température de la patinoire. Sans vraiment en avoir conscience, je tends la main et glisse ses cheveux derrière son oreille, pour mieux observer son profil. Ma main atterrit sur sa joue, et je la vois fermer les yeux à mon contact. Ça m’avait tellement manqué. Elle m’a tellement manqué !

— Je suis désolée, Leander, souffle-t-elle d’une voix brisée qui me file la chair de poule.

— De quoi ?

— De pas savoir comment gérer. De me sentir submergée par tout ça… Je…

Elle ne termine pas sa phrase, et j’ai l’impression qu’elle a peur. À la voir comme ça, recroquevillée, incapable de lever les yeux vers moi, elle me semble tellement fragile. Sauf que la Nyx que je connais est tout sauf fragile. La Nyx que je connais m’aurait foutu sa main dans la gueule pour ne serait-ce que la décrire ainsi.

— Hé… Regarde-moi.

Elle secoue résolument la tête et renifle. Merde. Je ne m’étais pas rendu compte qu’elle était aussi ébranlée.

— S’il te plaît.

J’insiste, glissant ma main dans sa nuque pour l’obliger à pivoter. Lorsque ses yeux croisent les miens, ils brillent de larmes contenues, et ça me fout en l’air. Je déteste la voir dans cet état. Je me penche vers elle et pose mon front contre le sien. Lorsque l’odeur de son shampooing mêlé à celle de sa peau s’infiltre dans mes narines, je dois me faire violence pour ne pas inspirer à pleins poumons.

Nous restons un long moment ainsi, sans parler, profitant de la présence de l’autre. C’est marrant, jamais je n’aurais pensé que quelqu’un puisse me manquer à ce point. En fait, c’est un sentiment que je n’ai jamais véritablement éprouvé, sauf pour Joachim. Mais ce manque de lui, je suis parvenu à l’étouffer, parce que je n’ai pas d’autre choix. Alors que Nyx, elle, est juste là, et il suffirait de pas grand-chose pour enfin combler le vide qu’elle a laissé quand elle a décidé de s’enfuir.

— Alors… Dix-sept frères et sœurs, hein ?

Elle rit et recule pour me dévisager.

— C’est tout ce que tu as retenu ? grogne-t-elle.

En fait, ce que j’ai retenu, c’est surtout le « trop fort et trop intense ». Parce qu’à cet instant, j’ai eu l’impression que mon cœur s’arrêtait de battre.

Tout à coup, Sander surgit, les bras chargés de hot-dogs et de sodas.

— Alors ? C’est bon ? Vous vous êtes rabibochés ? demande-t-il alors que je me lève pour lui rendre sa place.

Je lui jette un regard agacé pendant que Nyx ricane.

— Tu peux rester où tu es, mais seulement si tu avoues que c’est moi le meilleur.

— T’es sérieux, là ?

Je fronce les sourcils, et Sander s’esclaffe.

— Oui. En fait, non. Échange avec Nyx, j’ai pas envie de devoir passer le match à t’expliquer les règles.

— Je connais les règles !

Sander ricane, et Nyx et moi échangeons nos places.

— Je lui expliquerai, réplique Nyx en tapotant ma cuisse comme si j’étais un gamin stupide. Ce serait dommage de louper le spectacle à cause de lui.

— Merci. Honnêtement, il est pote avec un tas de joueurs de hockey et il est pas foutu de s’intéresser à ce sport. Si c’est pas du foot, il estime que ça n’en vaut pas la peine.

— Je suis là, vous savez ! m’écrié-je. Et puis c’est quoi, cette nouvelle passion pour le hockey ? Le seul joueur que tu connaisses, c’est Jeremiah, et tu ne le supportes pas !

C’est à peine s’ils me jettent un coup d’œil avant de continuer à parler de moi comme si j’étais absent. Sander ne prend même pas la peine de répondre à ma question. Il se moque de moi, mais il n’a jamais montré un quelconque intérêt pour ce sport jusque-là. Raison pour laquelle j’ai été foutrement étonné quand il m’a proposé qu’on aille assister au match. À présent, je me demande si tout ça n’était qu’un subterfuge pour nous forcer, Nyx et moi, à nous revoir et à discuter.

Je croise les bras, et mon regard dévie sur les gradins. Ils sont quasiment pleins, à présent, et certaines filles me saluent d’un geste de la main en affichant des sourires aguicheurs. J’aurais pu mettre n’importe laquelle dans mon lit. Au lieu de ça, je suis tombé amoureux de la dernière personne à laquelle je m’attendais.

Lorsque je sens la main de Nyx trouver la mienne et entrelacer ses doigts aux miens, je tourne la tête pour découvrir sa mine chiffonnée.

— Qu’est-ce qui se passe ? me renseigné-je.

— Il se passe que je n’aime pas trop la manière dont ces filles te matent.

Je crois que c’est la première fois qu’elle affiche ne serait-ce qu’une once de jalousie, ce qui me pousse à sourire. Lorsque ces mots franchissent le barrage de ses lèvres, je me dis que peut-être que la crise est passée et que tout va redevenir comme avant. Après tout, ce ne serait pas plus mal, pas vrai ? D’oublier ces dernières semaines, d’oublier que je lui ai dit que je l’aimais… D’oublier qu’hier soir, tu t’apprêtais à baiser Eva ? Et que tu as passé une soirée avec tout un tas de filles à poil ? Cette fois, c’est à moi de tourner la tête, incapable de la regarder droit dans les yeux alors que j’étais à deux doigts de faire de la merde.

— Est-ce que ça va ? me demande Nyx en se penchant vers moi.

Je déglutis et hoche la tête. C’est à ce moment-là que les lumières de la patinoire s’éteignent. La musique démarre, et la foule commence à s’enflammer.

Je ne m’attendais pas à me prendre autant au jeu. Je n’arrive pas à détacher mon regard de la glace, admiratif de ces armoires à glace qui se déplacent avec une grâce insoupçonnée. La main de Nyx n’a toujours pas quitté la mienne, et elle la serre plus fort encore quand le ton commence à monter. Ce qui arrive très souvent. Bien plus qu’au football. Le plexi qui protège la zone de jeu vibre dès que les joueurs atterrissent dessus avec force, se cognant les uns contre les autres. Les arbitres ont déjà dû mettre un terme à deux bagarres qui commençaient à dégénérer. L’une d’elles impliquant Jeremiah. Lorsque j’ai vu le poing de son adversaire arriver vers son visage, j’avoue avoir retenu mon souffle. L’autre a impliqué Scott, et cette fois, par contre, je n’aurais pas été contre l’idée qu’il se mange un pain, rien que par amitié pour Eva.

Quand sonne la fin du premier tiers-temps, notre équipe mène un but à zéro. Je cligne des yeux lorsque les lumières criardes se rallument et me tourne vers Nyx. Ses lèvres arborent un sourire exalté, et ses yeux pétillent d’amusement. Sander, lui, ne dit rien. Il conserve les yeux rivés sur la glace tandis que les joueurs disparaissent vers les vestiaires.

— C’était complètement dingue ! s’écrie Nyx. J’avais oublié combien j’aime ce sport.

Je lui jette un regard perplexe.

— Je ne comprends pas que tu viennes du Sud et que tu sois mieux calé en hockey qu’en foot. Ils ne sont même pas en NHL, en Alabama.

— Ils ne sont pas en NFL non plus, je te signale, réplique-t-elle.

OK. En attendant, le foot, c’est le sport national ici, avant le base-ball et le basket. Mais elle ne semble pas le moins du monde impressionnée. Quand j’y repense, je crois que c’est ce qui m’a tout de suite plu chez elle. Même si je chéris mon statut de quarterback et que je profite allègrement de ses avantages, j’aime que Nyx n’en ait rien à foutre. J’aime qu’elle ne soit pas une groupie, même si j’apprécie parler football avec elle et lui en apprendre un peu plus sur ce sport que j’adore.

— Mon frère joue au hockey, finit-elle par m’expliquer.

— Lequel ?

Je la taquine, mais son visage se ferme, et je me dis que j’aurais mieux fait de la fermer.

— Le seul qui compte.

À cet instant, je n’ai qu’une envie : la prendre dans mes bras et la serrer fort contre moi. Mais nous n’en sommes pas encore là. Si ça se trouve, ça n’arrivera plus jamais. Chose que je refuse de croire, parce que ça fait mal. Plus qu’autre chose, au fil du temps, Nyx est devenue une amie. Une amie que je n’ai pas envie de perdre. En espérant que ce ne soit pas déjà le cas.

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