Noir obsession
Chapitre 21
Les mains enfouies dans la fourrure du chat, Derville laissait ses pensées tourner en boucle. Alice venait de partir. Ses questions réveillaient de vieux démons. Édith, l’ennemie jurée. L’objet de toute sa haine. Sans elle, le cours de sa vie aurait été tout autre.
Thérèse avait fait les frais de sa perversité. Habituée dès son plus jeune âge à obéir au doigt et à l’œil, elle était restée la jeune fille vêtue de robes de coton cousues à la maison. L’omniprésence maternelle avait survécu à la séparation. Thérèse restait conditionnée, fidèle à sa mère-gourou et à ses principes coercitifs, l’ordre parfait, l’alarme du réveil programmée sur sept heures même le week-end, l’organisation implacable des journées. La fantaisie ne s’était jamais invitée dans leur couple.
Il se leva et fit quelques pas dans la pièce.
Après Thérèse, il y avait eu Célia et ses deux mômes. Il avait cru pouvoir tirer un trait, passer à autre chose : une femme, deux enfants, une vie différente s’offrait à lui. Pas de chance, l’histoire n’avait pas duré. Célia était partie avec ses fils. Quand il entendait Alice parler de Jules, il avait toujours un pincement au cœur. Comment grandissaient les garçons loin de lui ? Se souvenaient-ils de leurs parties de foot et des cris de joie quand ils marquaient un but contre lui ?
Derville revint à la réalité de la pièce dans laquelle il se trouvait. Il en avait bouleversé le décor quand il avait emménagé. À l’époque, il y avait un buffet Henri II. Hideux, accablant comme l’angoisse qui pesait sur ceux qui vivaient dans l’entourage de sa propriétaire. Derville n’avait jamais rencontré Édith. C’était pire. Il vivait à côté d’elle. Thérèse transpirait sa mère par tous les pores de sa peau quand elle était en proie à ses crises de panique. Sa peur quasi permanente faisait écho à celle des femmes qu’il croisait au Liban. Édith savait lâcher ses bombes pour exploser le mental de sa fille.
Derville alluma une cigarette. Quand Thérèse lui avait annoncé sa grossesse, il avait déjà pris sa décision. Celle de fuir une vie qu’il ne supportait plus.
Alice ranimait un feu infernal.
C’était insupportable.
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