Noir obsession
Chapitre 27
− Barreau connaissait maman, dit Alice.
Il avait été l’ami d’enfance de la mère, voilà pourquoi il s’intéressait à la fille, c’était bête comme chou.
− Je n’en reviens pas, commenta-t-elle.
− On s’en fout, répondit Bastien. Viens, on va faire nos adieux. Je n’ai pas envie que tu quittes mes bras.
Alice n’en avait pas l’intention.
− La dernière fois qu’on s’est vus, tu m’as presque mise à la porte, dit-elle pour le taquiner.
− C’était stupide.
Bastien s’écarta, l’air soudain grave.
–Antoine m’obsède, dit-il. Quand il vient me pourchasser dans mes rêves, je suis de mauvais poil. Tu en as fait les frais l’autre jour.
Alice le comprenait. Quand Thérèse frappait à la porte de ses songes, elle se réveillait de mauvaise humeur.
–Tu n’as pas idée de ce que j’ai enduré à sa mort, poursuivit Bastien. J’étais amputé de mon jumeau, j’en arrivais à avoir mal au bras. Celui que la voiture bélier avait arraché. Il y avait aussi le regard qu’on portait sur moi. Dans les yeux des gens que je croisais, il y avait toujours son reflet.
Alice songea à la vieille femme de ses hallucinations. Elle était si réelle parfois qu’elle semblait être vraiment vivante.
− Le plus difficile a été de faire face au chagrin de notre mère, reprit Antoine. La voiture bélier a dévasté sa vie et l’a conduite aux portes de la folie. Mon père a dû ravaler sa peine pour la soutenir.
Deux tentatives de suicide, trois séjours en clinique, des années de psychothérapie.
− Je ne supporte plus la souffrance morale des gens, conclut Bastien.
− Et pourtant tu prêtes ta ferme pour soigner des autistes.
− Ce n’est pas pareil. Ces enfants ont un avenir autre que de pourrir dans une tombe. Pour Antoine, c’est fichu. Je hais le macabre et ça me fait parfois péter les plombs. La dépression me fait peur aussi.
Alice effleura la main de Bastien.
− Je ne suis pas déséquilibrée. Juste en quête d’une vérité familiale qui m’échappe. Je me pose des questions.
− Qui tournent autour d’un assassinat.
− J’aurai mes réponses.
Alice regarda Bastien bien en face.
–C’est très important pour moi. Je ne lâcherai pas l’affaire.
–On a mieux à faire pour le moment. Viens, on file à l’anglaise.
Ils quittèrent la demeure des Barreau et roulèrent sans s’adresser la parole. Bastien conduisait vite. Alice regardait sans la voir la route qui défilait.
La Ferme du Cerf se referma sur eux. Main dans la main, ils montèrent à l’étage. Le lit de Bastien les accueillit.
Poussés par le désir, ils basculèrent. Collés l’un à l’autre, bouche contre bouche, leurs corps se soudèrent. Les mains de Bastien glissaient le long de la peau nue d’Alice. Persuasives, elles exploraient la nuque et le dos, guettant les réactions qu’elles provoquaient, accentuant la pression quand le bassin se cambrait. Alice dérivait vers des sensations délicieuses et le monde autour d’elle perdait ses contours. Ses mains à elle partaient à la recherche de doigts à enlacer. Bastien n’était pas un amant de passage, elle l’aimait et cela rendait les rapports physiques plus intenses. Ils prenaient le temps de se découvrir. L’attente était intolérable, fascinante, délicieuse et douloureuse à la fois. Leurs jambes s’enlaçaient, leurs peaux se caressaient. Les yeux dans les yeux, ils échangeaient des mots muets.
Il partit à la rencontre du plus intime d’elle-même, elle le guida. Quand il la pénétra, elle ferma les yeux. Ensemble ils laissèrent s’exprimer un désir trop longtemps retenu.
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