Noir obsession
Chapitre 4
Maxime resta figé dans sa posture bien après que la Clio eut disparu de son champ visuel. Son passé le rattrapait. Il shoota dans une pierre. Aucune des femmes qui s’étaient succédées dans sa vie n’était parvenue à lui faire oublier Thérèse. En la quittant il avait cru larguer définitivement les amarres mais il s’était trompé. La visite d’Alice le perturbait.
Il rentra chez lui et se fit un café italien serré à mort. Accoudé à la table de la cuisine, il se laissa envahir par les souvenirs.
Paris 1981. Les rues chantent Sardou et Berger. Il fait beau. Il se balade le long des quais, les bras chargés des livres qu’ils vient d’acheter à un bouquiniste.
Une femme l’interpelle. Elle est jolie : fluette, les traits fins, une peau de porcelaine.
–Monsieur ?
Il se retourne.
–J’allais acheter « Le silence de la mer » mais vous m’avez devancé. Pourriez-vous me le revendre ? j’avais projeté de le lire ce soir.
Tout avait commencé là, par un coup de foudre sous le soleil. Ils ne s’étaient plus quittés.
Derville lava sa tasse et partit au bûcher. Fendre du bois l’aiderait à évacuer le merdier du passé. Les images s’imposaient, la robe jaune pâle que Thérèse portait ce jour-là, son parfum orangé, les boucles blondes qui auréolaient son visage.
–Il va falloir marchander. Autant le faire autour d’un café, qu’en pensez-vous ?
La bûche s’ouvrit en deux comme une coquille de noix. Le côté sombre de Thérèse avait terni leur relation. Il n’avait pas supporté l’annonce de sa grossesse et s’était tiré à l’autre bout du monde. Peu reluisant mais indispensable.
Maxime positionna un rondin sur le billot et abattit sa hache. Quelques années plus tard, Célia était apparue dans son ciel avec ses deux marmots qu’il avait élevés comme les siens jusqu’au jour où il était rentré d’un reportage complètement vidé. La guerre au Liban faisait rage. Il partait en mission régulièrement et revenait avec de la boue et du sang plein la tête. Cela le rendait taciturne et désagréable. Célia lui avait annoncé qu’elle partait en Australie.
–Tu pues la mort, je n’en peux plus, avait-elle décrété en guise d’explication.
Elle n’avait plus donné de ses nouvelles. Il avait carrément pleuré, autant la mère que les deux gosses puis avait tourné le dos à tout espoir de fonder une famille.
Derville en était à sa dixième bûche. La sueur qui dégoulinait de son front gagna ses yeux, brouillant un instant sa vue.
La vie est ainsi faite. Un instant on est dans la photo puis le cliché change et les gens vous rayent de leur existence.
Alice Bonnel en serait pour ses frais. Il ne la recontacterait pas.
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