Noir obsession

Catherine Armessen · Chapitre 36 sur 51

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Noir obsession

Chapitre 36

 

Vinrent les maux de tête et les hallucinations sensorielles, des odeurs de terre, des bruits de pas, des flashs lumineux. Allongée à côté de Bastien, en proie à des insomnies, Alice avait l’impression qu’une femme s’asseyait sur leur lit. Elle envisagea sérieusement le pépin et consulta Fabre. Le psychiatre proposa un bilan.

–Par prudence, précisa-t-il.

Alice passa un électroencéphalogramme qui s’avéra normal.

–Bonne nouvelle, je ne suis pas épileptique, dit-elle lorsqu’elle revit Fabre.

–Je vais vous prescrire une IRM cérébrale.

–On verra plus tard.

–Reculer ne sert à rien, insista Fabre.

Alice fit la sourde oreille et en revint à ses patients. Elle avait du mal à terminer ses consultations, de plus en plus chargées car elle avait bonne réputation. La crainte d’avoir une tumeur cérébrale la taraudait. Celle d’être victime du diable également. Elle ne partageait sa peur avec personne et s’entêtait à faire bonne figure. Elle finit par se prescrire elle-même une IRM et noya sa peur dans le travail. À cran, elle s’emportait pour un rien.

− Tu deviens invivable, s’écria un soir Bastien.

Déterminée à taire la raison de son revirement d’humeur, Alice partit s’enfermer dans sa chambre. Une violente migraine la projeta sur le lit. Elle se roula en boule et ne bougea pas d’un pouce quand Bastien la rejoignit. Il se méprit sur sa posture, voyant de l’agacement là où il n’y avait que douleur. Il se leva et prit entre ses doigts le menton d’Alice pour la forcer à le regarder.

–Arrête, j’ai mal, dit-elle, sonnée par le marteau piqueur qui s’attaquait à son œil gauche.

Interdit, Bastien la vit adopter une position fœtale et poser ses mains sur les yeux pour échapper totalement à la lumière.

–Migraine, expliqua-t-elle, laisse-moi.

Bastien s’en fut mais revint bientôt. Alice n’avait pas bougé d’un pouce. Elle dormait. Le lendemain matin, il la trouva en train de s’affairer dans la cuisine, pâle avec de vilains cernes.

–Tu ne vas pas bien, toi, en ce moment.

–Je passe une IRM ce matin. Presse-toi, je ne tiens pas à me mettre en retard.

Bastien se plaça derrière Alice et l’embrassa dans le cou.

–Tu comptais m’en parler quand ?

–Jamais.

–Je t’accompagne.

–Non, je préfère être seule.

Bastien n’insista pas. Alice entendit le bruit de la porte qui se refermait. Elle évolua en automate jusqu’à l’heure de son rendez-vous, se laissa perfuser, s’allongea docilement dans le tunnel, puis s’appliqua à ne pas bouger comme on le lui demandait. Ses idées s’entrechoquaient dans la peur.

Sous ses paupières closes défilaient des images de cerveau enlaidi par des taches morbides. Tumeur primaire, métastase d’une cochonnerie quelconque… Les diagnostics dansaient une farandole maudite. Elle envisagea sérieusement une issue fatale. Bastien, Derville, elle les aurait voulus là, à l’attendre de l’autre côté de la cloison. Rester calme, ne pas paniquer, éviter de penser à Thérèse aux prises avec son cancer.

Elle pensa à Jules. Comment réagirait-il si elle mourait ? Elle l’imagina debout devant son cercueil avec cette expression particulière qu’il avait quand il évoquait le décès de ses parents. Alice s’en voulut de l’avoir mis en confiance, l’enfant s’était attaché à elle à présent. il aurait de la peine si elle mourait…

–L’examen est terminé.

La voix off l’extirpa de son délire. Elle se releva et rejoignit directement le radiologue qu’elle connaissait bien.

–Alors ? demanda-t-elle.

Refoulant sa peur, elle se pencha sur l’écran pour examiner les images. Son esprit égaré ne lui permit pas de les analyser.

–Tout est nickel, répondit le confrère.

Alice rejeta la tête en arrière et savoura l’instant présent. La chape de plomb qui pesait sur ses épaules disparut. Elle prit la vraie mesure de l’épreuve que traversaient les gens quand ils attendaient un diagnostic avec la peur au ventre. Quand elle ressortit du centre d’IRM, elle vit le ciel et le soleil tels qu’ils étaient, des pépites qui rendaient la vie plus belle.

Et c’était encore plus délicieux parce que Bastien était là. La surprise lui arracha un cri de joie. Elle se blottit dans ses bras.

–La neurochirurgie se passera de moi, annonça-t-elle, Fabre va devoir pondre un diagnostic.

–On rentre, décida Bastien.

En arrivant, Alice releva la boîte aux lettres. Elle contenait des prospectus et une enveloppe en papier kraft. Alice l’ouvrit et poussa un cri. Elle éclata en sanglots compulsifs.

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