Noir obsession

Catherine Armessen · Chapitre 49 sur 51

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Noir obsession

Chapitre 49

 

Le soleil déclinait. Le portable d’Alice vibra. Elle l’avait mis sur silencieux. Plongé dans son récit, Lefort n’entendit rien. Le sentiment de toute puissance qui s’était emparé de lui déformait ses traits.

–J’ai enfilé des gants, bousculé les meubles, vidé sur le sol le contenu des tiroirs. Thérèse m’a regardé faire en se taisant. Toi, tu n’as pas bougé d’un pouce. Pour brouiller un peu plus les pistes, j’ai aussi mis le bazar au premier étage. Ensuite j’ai appelé mes collègues. L’enquête s’est enlisée dans la recherche d’assassins demeurés introuvables. La thèse du cambriolage a été retenue.

Lefort partit dans un fou rire. Il ne pouvait s’arrêter. Alice lança un regard circulaire à la pièce, à la recherche d’un objet tranchant.

− Quand j’ai fait ta connaissance, ton regard s’est arrêté sur mon tatouage. J’ai compris que tu me démasquerais tôt ou tard.

−Quelle perspicacité, dit Alice.

− Ne joue pas au plus fin avec moi, rugit Lefort en lui enfonçant le canon de son arme dans la bouche.

Alice crut vraiment qu’il allait tirer. Elle regarda la mort en face. La colère l’emporta sur la peur une nouvelle fois. Elle fixa les yeux vairons et attendit. Lefort retira son arme.

− Tu as aimé mes petits cadeaux ?

− J’ai adoré, répondit Alice.

Lefort fit glisser son arme le long du cou, du sternum, et entre les seins d’Alice ne bougea pas d’un pouce sous la pression du Sig Sauer.

− Je vais m’amuser avec toi, tu sais. J’ai tout mon temps pour te tuer.

L’arme s’arrêta sur le ventre.

− Si je tire, ça sera le feu d’artifice dans tes tripes. Du sang partout.

Lefort parlait à l’oreille d’Alice. Il avait une haleine de phoque. L’arme poursuivit sa route pour faire halte sur le pubis puis glissa le long d’une cuisse.

− Cette fois, vous ne prendrez pas le pouvoir. J’ai grandi.

− Tu es très sexy.

Lefort perdait les pédales. Alice s’enfonça dans la brèche.

–Je ressemble à ma mère.

Lefort respirait bruyamment. Sa main libre vint fourrager dans la tignasse rousse.

− Elle est restée séduisante. Jusqu’à sa maladie, les hommes se retournaient sur elle.

− Tais-toi.

− Je vous plais. Sinon, vous n’auriez pas eu l’idée des photos truquées.

Lefort s’écarta et dévisagea Alice comme s’il la découvrait. Elle ne le quitta pas des yeux. Duel à armes inégales. Tension extrême. Curieuse impression de puissance. Le type était fou. Elle, non.

Il y avait des ciseaux sur la table. Ils voisinaient avec le paquet de gâteaux secs que Lefort avait rapportés de la cuisine avant de savoir qu’Alice avait retrouvé la mémoire. Quand il pensait mener le jeu. Le portable vibra de nouveau. Elle l’entendit. Lefort ne parut pas s’en préoccuper. Alice passa sa langue sur ses lèvres sans détacher les yeux de son adversaire, fit cliqueter ses boucles d’oreilles et secoua sa chevelure. Lefort se rapprocha. Sa main faiblissait sur le Sig Sauer.

− Tu n’es pas aussi belle que ta mère.

Barreau avait dit à peu près la même chose.

− Pourtant je vous attire.

Alice se leva. Lefort la laissa faire. Elle poussa son avantage.

− Vous avez envie de m’embrasser, dit-elle.

Il se leva à son tour. Sans lâcher son arme. Elle le rendait fort. Puissant. Audacieux. Il se pencha sur Alice et prit ses lèvres. Il empestait l’ail.

Alice se colla contre lui. Dans son dos, elle sentait la pression de l’arme. Sur la table, il y avait les ciseaux. Il suffisait de reculer un peu, de se rapprocher. Alice se rejeta en arrière. Lefort épousa son mouvement. Il ne vit pas le danger quand elle fléchit les genoux. Il les écarta de sa cuisse.

Les doigts d’Alice furetaient sur le bois. Ils heurtèrent un magazine qui tomba sur le sol. Lefort n’y prit pas garde. Alice poursuivit sa quête, devina les contours d’une boîte, le creux d’un cendrier.

Lefort ne comprit pas ce qui lui arrivait. Incrédule, il regarda son ventre rougi, l’acier des ciseaux planté dans son pull, les yeux d’Alice. Il y lut la haine, la jubilation et quelque chose qui s’apparentait à la folie. Il entendit un rire, énorme, monstrueux et vit une fille qui lui montrait ses mains couvertes de sang. Sa vue se troubla. De sa vie médiocre, il oublia tout sauf un prénom.

Thérèse fut le mot qu’il prononça.

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