Noir obsession

Catherine Armessen · Chapitre 38 sur 51

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Noir obsession

Chapitre 38

 

Le jour de sa reprise, Alice grimaça en constatant que Rébecca Barreau s’était inscrite à sa consultation.

–Je lui avais demandé de voir Marlène, dit-elle à Leila en ronchonnant.

–Détends-toi. En dehors d’elle, tu n’as que des amours et même Jules. Il a la varicelle et râle à l’idée de louper son concours hippique.

Alice se détendit à l’idée de voir le gosse. La tension qu’elle ressentait dans la nuque depuis le matin réapparut quand Rebecca Barreau pénétra dans son bureau. Carl accompagnait sa femme. Malgré les propos rassurants de Bastien, Alice restait sur ses gardes.

Elle se concentra sur sa patiente.

− Je viens de regarder vos examens, tout est nickel. Rien qui explique vos maux de ventre, dit Alice en prenant soin d’ignorer Carl.

Il se pencha sur sa femme qui semblait terrorisée. Elle eut un mouvement de recul quand il lui caressa la joue.

–J’ai toujours dit que tu étais trop sensible. Tu as dérangé le docteur pour rien.

–Je n’ai pas dit que votre femme ne souffrait pas, objecta Alice.

–Vous allez nous faire le coup des troubles psychosomatiques ? dit Carl sans détacher le regard de sa femme.

Rebecca ne bougeait pas d’un pouce.

–Je vais vous demander de sortir de ce cabinet, dit Alice.

–Comme vous voudrez.

Carl se leva. Sur le pas de la porte, il se retourna sur sa femme.

–Alice et Bastien s’aiment, tu dois l’accepter et te choisir des amants plus disponibles, dit-il.

Le silence qui suivit sa sortie se prolongea. Rébecca gardait le nez rivé à ses chaussures. Ses cheveux pendaient comme les plumes d’un corbeau mort le long de son visage dépourvu de fard. Quand elle releva la tête, sa quarantaine apparut telle qu’elle était, amère et fatiguée.

Alice l’encouragea du regard à parler.

− Carl ne m’a jamais aimée mais je lui étais essentielle, dit enfin Rébecca. J’ai toujours redouté son amour de jeunesse. Il n’a jamais oublié Thérèse. Quand elle l’a quitté, il s’est vengé sur les femmes. Toutes les femmes et moi en particulier. Je suis son exutoire. Celle qui prend les coups et subit les insultes. Je l’accepte parce que je ne peux pas me passer de lui. Il est ma drogue.

Rébecca agrippa le bras d’Alice et enfonça ses ongles vernis de noir dans le tissu léger de son chemisier.

–Carl a vite compris que tu étais la fille de Thérèse. Elle l’obsède de nouveau. Il m’oblige à porter une perruque blonde et me confond avec elle. J’ai ordre de me taire et de le laisser caresser mes joues, respirer le parfum qu’il lui a jadis offert.

Alice piqua du nez. Dans la bergerie, Carl avait manœuvré pour qu’elle fusionne avec Thérèse. Rébecca se recroquevilla sur elle-même.

–Carl a basculé. Depuis, je vis un enfer.

La porte s’ouvrit. Barreau vint se rasseoir à côté de sa femme. Il l’embrassa à pleine bouche.

–Tu as eu le temps de t’exprimer, chérie, nous allons rentrer chez nous.

Un filet de sang perla aux lèvres de Rebecca.

–Pas très glamour, ta tenue, poursuivit Barreau, je te préfère en bas résille.

Rebecca éclata d’un rire hystérique. Fascinée, Alice regardait les Barreau faire leur show.

–Désolé, cher docteur, Rébecca n’a pas de secret inavouable. Il vous faudra chercher ailleurs pour expliquer ses troubles.

–Vous ne vous en sortirez pas par une pirouette, répliqua Alice.

–Je sens que je vais avoir droit au sermon sur les violences conjugales.

–Vous êtes cinglé. C’est vous qui m’envoyez des horreurs.

–Je sens que je vais m’amuser à vous écouter.

–Les lettres, les objets postés, c’est vous.

Carl se retourna sur le pas de la porte.

–Vous êtes très en beauté aujourd’hui, dit-il avant de sortir.

L’incident obséda Alice le restant de la journée. En rentrant, elle prit deux douches successives et rangea sa chambre au cordeau avant de ligoter sa chevelure dans une tresse ultraserrée. Quand Bastien la rejoignit, elle se jeta dans ses bras. Il eut beau faire, il ne parvint pas à la rassurer.

–Quand j’ai parlé des envois malveillants, Barreau a eu l’air sincèrement étonné. Je crois que tu as raison, ce n’est pas lui. Bon sang, qui est-ce ?

–Lâche l’affaire.

–Pas question. Je veux me libérer de mes cauchemars et je sens que découvrir la vérité m’aidera à y parvenir.

Elle revit la femme de ses mauvais rêves. Édith se dressait en cerbère devant ses interrogations.

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