Correspondance - Tome II

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 2/30

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Correspondance - Tome II

À Louise Colet ................................................................ 142

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 30 parties.

Ton G.

***

Je te renvoie aussi ton article, à cause des citations cou-pées.

***

Mardi soir.

B[ouilhet] est étonné de n’avoir reçu de toi ni lettre ni Pays. Qu’est-ce qu’il y a ?

Voilà l’article ; il ira comme ça. Tâche pourtant de le faire passer. – Ainsi que la pièce de Pradier, si elle ne l’est pas encore.

 

– 177 –

À LOUISE COLET

[Croisset,] nuit de mercredi.

[7 juillet 1852.]

Non, je ne te ferai pas de reproches, quoique tu m’a[ie]s fait bien souffrir ce matin, étrangement, et d’une manière nouvelle. Quand j’en suis arrivé, dans ta lettre, au tutoiement, c’est comme si j’eusse reçu un soufflet sur la joue, j’ai bondi. – Oui, j’ai eu cette faiblesse et ne pas l’avouer serait poser. Cet homme me paiera cette rougeur un jour ou l’autre, d’une façon telle qu’elle [sic]. Si je faisais des phrases dans son genre, je te dirais que j’éprouve le besoin de l’assommer. Mais il est certain que je le bâtonnerais avec délices, et qu’il me reste de tout cela un cor fort sensible. S’il me marche ja-mais sur le pied, je lui fourrerai ce pied dans le ventre, et quelque chose avec. Ah ! ma pauvre Louise, toi, toi, avoir été là ! Je t’ai vue un moment tuée sur le pavé, avec la roue te passant sur le ventre, un pied de cheval sur ta figure ; dans le ruisseau, toi, toi, et par lui ! Oh ! comme je voudrais qu’il re-vienne et que tu me [le] foutes à la porte crânement devant trente personnes ! S’il te récrit, réponds-lui une lettre monu-mentale de cinq lignes. « Pourquoi je ne veux pas de vous ? Parce que vous me dégoûtez et que vous êtes un lâche. » Il avait peut-être peur de se compromettre en venant voir si tu n’étais pas écrasée sous la roue.

Noble poète qui pense à amuser le prince-président en lui envoyant des facéties sur l’Académie (dont il est très fier d’être membre), et qui tremble encore, à l’heure qu’il est, que l’Académie n’en sache quelque chose !

 

– 178 –

Tu as manqué de tact dans toute cette affaire. – Il y a du vent dans la tête des femmes, comme dans le ventre d’une contrebasse ! Au lieu de t’élancer de la voiture, tu n’avais qu’à faire arrêter le cocher et de [sic] lui dire : « Faites-moi le plaisir de jeter dehors M. A. de M[usset] qui m’insulte. »

Je m’arrête, je ne veux pas t’en écrire plus long. – Il est très tard. Je n’ai rien fait aujourd’hui, sauf ce soir depuis deux heures.

La pièce sur Mme Waldor est fort belle, fort belle. Quand au reste, assez médiocre.

Merci pour l’article, et qu’on le signe surtout ! – J’attends les vers avec impatience.

Adieu. – Je t’embrasse, je te serre, je te baise partout. À toi, à toi, mon pauvre amour outragé. Encore un long baiser.

Ton G.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] lundi soir. [12 juillet 1852.]

Si j’avais le temps je te ferais une belle leçon d’anatomie sur toute cette histoire passée de M[usset]. (Je n’y reviendrai plus, n’aie pas peur, j’en suis, plus que toi, fort saoul.) Et re-prenant une à une toutes tes lettres je disséquerais muscle à muscle et jusqu’aux plus petits filets nerveux tout ce qui

– 179 – s’est passé. Je le sais. – Sais-tu ce qu’il y a de mieux dans tout cela et la seule bonne chose que tu as faite ? C’est de me l’avoir dit. Cette franchise t’honore, elle est au-dessus de la vulgarité de la plupart des femmes. Mais tu as été bien femme ! pauvre Louise. – Une telle étude était une lecture trop difficile pour tes yeux tendres. Ils se sont brouillés sur les lignes que tu voulais lire pour t’amuser seulement. – Voi-là pourquoi ta conduite, pour lui, doit être encore inexpli-cable. – Il ne se tient pas pour battu, il reviendra. Vous vous reverrez, n’importe comment. – La scène de la voiture était un dénouement, il a recommencé un autre acte, celui des adieux, des regrets, des « Ah ! si le Ciel l’avait voulu ! ».

Ai-je été jaloux, moi, dans tout cela ? – Il se peut. Au ré-cit de ta grande lettre, quand je me suis senti si furieux, ce n’était pas de la jalousie pourtant, mais deux sentiments, ce-lui de mon impuissance, de mon inanité (je n’étais pas là, me disais-je) et une sensation de scandale, d’outrage personnel, comme la déglutition d’une ignominie qu’on m’entonnait.

Sais-tu que je suis embarrassé avec toi, je ne sais sur quel terrain marcher. Tu m’écris qu’un conseil que je t’ai donné, désintéressé comme je l’eusse fait à ma sœur, celui de promettre et après de l’envoyer bouler, t’avait pincé le cœur. Je m’y perds et n’y comprends rien.

Pourquoi aussi as-tu l’air de me supplier de ne pas le tuer, comme si j’étais un rodomont et que j’eusse fait là-dessus des phrases écarlates. Serait-ce pour me montrer que tu me regardes comme un homme très brave, et me flatter ? – Rassure-toi, je ne chercherai pas d’occasion. Mais je te jure bien, et par tous les serments possibles, que si elle se pré-

 

– 180 – sente, je ne la raterai pas. Je tiens toutes mes paroles et sur-tout celles que je me donne.

Puis-je te parler franchement ? Mais tu vas te blesser encore. Tant pis ! Tu m’as dit la vérité, je te la dois aussi.

Tout cela m’a rendu fort triste. Je me suis dit : en effet je suis si peu avec elle ! et si rarement ! et je ne suis pas après tout ce qui s’appelle un homme aimable. – (Si j’étais femme en effet je ne voudrais pas de moi pour amant, c’est sûr. – Une passade, oui, mais une intimité, non.) Eh bien, dans une heure de vide, un autre est venu, un autre, célèbre celui-là, et suppliant et se faisant enfant… Vaudrait-il mieux pour elle qu’elle m’abandonne ? – La rendrait-il plus heureuse ? Et je vous ai vus ensemble quelque temps. Mais quelle société ! quel dégoût dans ces baisers pleins de hoquets ! – Et quelle misère d’homme en vérité ! – Je vaux mieux que cela, moi. On ne me met pas encore de persil dans le nez, et je n’ai ni renié mes maîtres, ni cherché à amuser le prince-président, ni défié de se tuer quelqu’un que j’outrageais.

Ouf ! – assez, hein ? – N’en parlons plus. Que je t’embrasse à toutes les places qu’il convoite et qu’il n’en soit plus question.

Voilà dix jours que je travaille bien. J’en ai autant fait depuis ces grandes chaleurs que pendant tout le mois de juin qui a été atroce pour moi. – Dans une quinzaine j’espère avoir fini ma 1re partie. Encore une semaine ensuite pour la corriger et une autre pour revoir le tout. Ainsi dans 4 semaines environ je t’irai voir. – Cette fin m’occupe beau-coup. J’ai tout abandonné pour y travailler exclusivement.

 

– 181 –

Autre chapitre auquel je te prie de me répondre fran-chement. Tu me parais un peu gênée sous le rapport du nu-méraire. Veux-tu 500 fr[ancs] ? Toute la peine sera de les al-ler chercher à Rouen et rien autre. Tu aurais bien tort de faire des cérémonies. Ce serait assez bête. J’ai encore mille francs, reste de 22 mille. Nous partagerons. – Ou que je te les apporte, c’est comme tu voudras.

***

Entre nous je ne compte pas beaucoup sur l’article du vieux père Carpentigny qui m’a l’air d’un très galant homme, mais profondément farceur. On dit tant de choses par poli-tesse ! J’attends avec impatience l’article et surtout les vers du Pays. As-tu recommandé à Ferrat de ne pas bavarder ?

Lis-tu enfin L’Âne d’or ? Je t’apporterai Bergerac, il faut que tu connaisses ce drôle. – Tu ne lis pas assez de bonnes choses. – Un écrivain, comme un prêtre, doit toujours avoir sur sa table de nuit quelque livre sacré.

Tu peux m’envoyer de l’eau Taburel. Mes cheveux ne tombent plus. – Adieu, ma chère Louise, aime-moi toujours. Dans un mois nous aurons encore quelques bons moments, et puis dans un an. – Espérer, tout est là, espérer et mourir, tel[le] est la vie. Ça ferait une belle devise de cachet.

À toi, ton G.

 

– 182 –

À LOUIS BOUILHET

[Croisset, nuit du 17 au 18 juillet 1852.]

Pour éviter tout malentendu, je te renvoie ce mot.

Tout bien réfléchi, il faut vraiment que je voie un comice agricole. (Sens-tu la beauté de ma rage ? – Cérès me pour-suit. Quelle Proserpine !)

Donc je m’embarquerai par le bateau qui passe devant Croisset à 9 h 3/4. – Prends celui-là.

Si tu ne prends que celui de 11 h[eures], déjeune à Croisset, et viens-t’en me retrouver ensuite.

J’imagine qu’il doit y avoir de bonnes charges à voir.

Il est 1 h[eure] du matin. Je ne sais pas comment je n’ai pas la poitrine défoncée, depuis 4 h[eures] que je hurle sans interruption. Il faut que j’aie décidément les poumons entou-rés d’un triple airain plus que le premier navigateur.

Addio carissimo (petit chic italien et bien porté).

 

– 183 –

À LOUISE COLET

[Croisset,] dimanche soir. [18 juillet 1852.]

Ce sera ce soir une lettre bien courte. Voilà plusieurs nuits que je passe à peu près complètement et j’ai besoin d’en faire une bonne. Je t’écrirai plus longuement un des jours de cette semaine. Hier il a fallu se lever avant six heures pour aller à 3 lieues d’ici, à la campagne, à l’enterrement de Fauvel, ce cousin de ma mère dont je t’ai parlé, qui est mort en Afrique. J’ai avalé deux messes, une à la cathédrale de Rouen d’abord, puis là-bas à Pissy. Ce ma-tin, j’ai été à un comice agricole, dont j’en [sic] suis revenu mort de fatigue et d’ennui. J’avais besoin de voir une de ces ineptes cérémonies rustiques pour ma Bovary, dans la deu-xième partie. C’est pourtant là ce qu’on appelle le Progrès et où converge la société moderne. J’en suis physiquement ma-lade. L’ennui qui m’arrive par les yeux me brise, nerveuse-ment parlant, et puis le spectacle longtemps enduré de la foule me plonge toujours dans des vases de tristesse où j’étouffe ! Je ne suis pas sociable, définitivement. La vue de mes semblables m’alanguit. Cela est très exact et littéral.

Quelles bonnes journées j’ai passées jeudi et vendredi ! Jeudi soir, à deux heures du matin, je me suis couché si animé de mon travail qu’à trois heures je me suis relevé et j’ai travaillé jusqu’à midi. Le soir je me suis couché à une heure, et encore par raison. J’avais une rage de style au ventre à me faire aller ainsi le double de temps encore. Le vendredi matin, quand le jour a paru, j’ai été faire un tour de jardin. Il avait plu, les oiseaux commençaient à chanter et de grands nuages ardoise couraient dans le ciel. J’ai joui là de quelques instants de force et de sérénité immense dont on

– 184 – garde le souvenir et qui font passer par-dessus bien des mi-sères. J’éprouve encore l’arrière-goût de ces trente-six heures olympiennes et j’en suis resté gai, comme d’un bon-heur.

Ma première partie est à peu près faite. J’éprouve un grand sentiment de débarras. Jamais je n’ai écrit quelque chose avec tant de soin que ces vingt dernières pages. Au milieu de la semaine qui suivra la prochaine, c’est-à-dire vers le 4 ou le 5 août, de mardi ou de mercredi en quinze, je compte donc aller te voir. Je t’apporterai 500 francs ; ce sera avant l’époque de ton billet.

Musset s’est conduit en homme d’esprit. Retiens cela et rappelle-toi cette appréciation de sa conduite présente pour plus tard. Voilà tout ce que j’en peux dire.

Quant à moi, tu finis par me donner une figure ridicule d’anthropophage, que je renie. Mais mes sentiments là-dessus ne sont pas comme les tiens, si variables. Je n’ai vu que l’action et non la réaction. Tu m’excuseras donc si je garde mes premières impressions que rien, je crois, n’effacera. Ce qui se formule en moi par image y reste. Or il m’en a causé une, à ton endroit, odieuse. Nous causerons de tout cela tranquillement, ensemble, dans seize à dix-huit jours, quand je t’embrasserai, ma bonne chère Louise.

J’ai bien ri de ton excitation à propos du Satyricon. Il faut que tu sois fort inflammable. Je te jure bien, quant à moi, que ce livre ne m’a jamais rien fait. Il y a, du reste, peu de luxure, quoi que tu en dises. Le luxe y domine tellement la chair qu’on la voit peu.

 

– 185 –

Adieu, à bientôt une autre lettre. Écris-moi.

Je t’embrasse bien fort.

À toi. Ton G.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] jeudi 4 heures du soir.

[22 juillet 1852.]

Je suis en train de recopier, de corriger et raturer toute ma première partie de Bovary. Les yeux m’en piquent. Je voudrais d’un seul coup d’œil lire ces cent cinquante-huit pages et les saisir avec tous leurs détails dans une seule pen-sée. Ce sera de dimanche en huit que je relirai tout à Bouil-het et le lendemain, ou le surlendemain, tu me verras. Quelle chienne de chose que la prose ! Ça n’est jamais fini ; il y a toujours à refaire. Je crois pourtant qu’on peut lui donner la consistance du vers. Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi so-nore. Voilà du moins mon ambition (il y a une chose dont je suis sûr, c’est que personne n’a jamais eu en tête un type de prose plus parfait que moi ; mais quant à l’exécution, que de faiblesses, que de faiblesses mon Dieu !). Il ne me paraît pas non plus impossible de donner à l’analyse psychologique la rapidité, la netteté, l’emportement d’une narration purement dramatique. Cela n’a jamais été tenté et serait beau. Y ai-je réussi un peu ? Je n’en sais rien. À l’heure qu’il est je n’ai aucune opinion nette sur mon travail.

 

– 186 –

Causons un peu de la pièce d’Hugo. Je n’aime pas les six premiers vers :

Aux anges de ta vie

 

pas d’ange ! pas d’ange ! Ce sont tous ces mots-là qui don-nent des chloroses au style. Une femme vaut mieux qu’un ange, d’abord ; les ailes ne valent pas les omoplates et sont plus faciles à faire. La description du salon est bien troussée et il y a là deux excellents vers :

Mais l’ombre disputait…

La moitié du plafond…

Des fronts charmants, des têtes inspirées

 

répétition de la même idée ; lourd et surtout bien vague d’expression à côté du détail si précis bordures dorées. Pié-destal, triomphal, rime commune ; va avec : guerriers, lau-riers.

D’un culte saint et la tête penchée

 

encore une tête. C’est trop de têtes.

Comme une Grecque eût fait de ses poètes dieux

 

atroce de tournure.

Une muse…

– 187 –

Attachait…

 

deux bons vers, si ce n’est conquis, qui est banal.

Tu passais radieux, ceint de la double gloire !!

 

deux idées ; une aurait suffi ; elles se nuisent. On voit à la fois des rayons et une ceinture. Que l’idée de radieux em-plisse seule le vers ! C’est ceint qui est mauvais.

Les deux autres, qui finissent le mouvement, bons.

Héros triomphants

 

pas raide ; nous avons déjà triomphal plus loin. Toute la fin du couplet bien pâteuse. Mauvaises épithètes : courtisane étrange. Pourquoi étrange ? Pour rimer avec ange. Pourquoi ange ! Pour rimer avec étrange ; cheville double.

Le couplet qui suit me plaît assez et le commencement de l’autre, dont je ne comprends pas la fin parce que l’idée n’est pas nette ; et d’ailleurs encore du radieux.

Quoi qu’il en soit, il y a du bon dans cette pièce et j’en aime assez l’ensemble. C’est bien de toi dont on peut dire le mot de Boileau sur Corneille. Il a un bon génie qui lui souffle des vers et puis qui, tout à coup, l’abandonne et lui dit : « Ti-rez-vous-en comme vous pourrez. » À côté de choses excel-lentes tu en fourres avec le même aplomb de pitoyables.

Mais l’ombre disputait à la pâle clarté

– 188 –

La moitié du plafond rempli d’obscurité.

 

n’a pas l’air d’être fait par l’auteur de :

Les suaves désirs de la vierge au cœur d’ange Et ceux de Marion la courtisane étrange.

 

Et ce qui m’étonne, c’est que souvent, en tes bons endroits, la difficulté y est vaincue triomphalement (comme ici par exemple) et que les mauvais pèchent au contraire par une inexpérience enfantine.

Médite donc plus avant d’écrire et attache-toi au mot. Tout le talent d’écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots. C’est la précision qui fait la force. Il en est en style comme en musique : ce qu’il y a de plus beau et de plus rare c’est la pureté du son.

Bouilhet a reçu de Du Camp une lettre qui nous plonge dans une hilarité profonde. Il a découvert les vers au Pays et lui fait toute espèce d’offres de services. Il va en mettre dans le numéro d’août, lui en promet d’avance pour celui de no-vembre, etc. Voilà les hommes : plus on les néglige, plus ils vous recherchent. Quelle pitoyable chose que tout cela !

Je ne te parle jamais de mes embêtements de famille, mais je n’en manque pas non plus. Mon frère, ma belle-sœur, mon beau-frère […], j’ai de tout cela plein le dos. Dieu ! que je suis gorgé de mes semblables ! Si j’étais seul, l’ennui ne durerait pas un quart d’heure et j’aurais bien vite envoyé promener toutes ces mauvaises bêtes. Patience ! Je me promets un jour un grand soulagement de ce côté. Mon

– 189 – entourage (qui, Dieu merci, m’entoure peu) recevra un jour de ma seigneurie une ruade telle qu’il ne s’en relèvera plus. Quelle admirable invention du Diable que les rapports so-ciaux !

Je lis maintenant le soir, dans mon lit, l’histoire de Charles XII du sieur de Voltaire. C’est corsé ! Voilà de la nar-ration au moins.

Énault poussant Bouilhet me paraît assez grotesque. Mais qu’est-ce qui n’est pas grotesque ? Voir les choses en farce est le seul moyen de ne pas les voir en noir. Rions pour ne pas pleurer.

Dans quinze jours, chère Louise, j’espère être à tes côtés (et sur tes côtes). J’en ai besoin. Cette fin de mon roman m’a un peu fatigué. Je m’en aperçois maintenant que le four commence à se refroidir.

Adieu, je profite d’une occasion pour Rouen pour faire partir ma lettre ce soir. Écris-moi. Je t’embrasse tendrement comme je t’aime, ma vieille chérie.

À toi. Ton G.

 

– 190 –

À LOUISE COLET

[Croisset,] lundi soir, 1 heure de nuit.

[26 juillet 1852.]

J’en aurais encore pour quinze grandes journées de tra-vail à revoir toute ma première partie. J’y découvre de monstrueuses négligences. Mais je t’ai promis pour la se-maine prochaine de venir ; je ne manquerai pas à ma pro-messe. Ce ne sera pas lundi, mais mercredi ; je resterai une huitaine. Nous devons aller à Trouville (où ma mère a be-soin) vers le 15. Si je ne reviens pas exprès pour ton prix, chose que je ne puis te promettre, je viendrai te faire une pe-tite visite dans les premiers jours de septembre, quand je ne serai pas encore bien en train et que le scénario de ma se-conde partie sera bien retravaillé. Voilà sept à huit jours que je suis à ces corrections, j’en ai les nerfs fort agacés. Je me dépêche et il faudrait faire cela lentement. Découvrir à toutes les phrases des mots à changer, des consonances à enlever, etc. ! est un travail aride, long et très humiliant au fond. C’est là que les bonnes petites mortifications inté-rieures vous arrivent. J’ai lu mes vingt dernières pages hier à Bouilhet qui en a été content ; pourtant, dimanche prochain je lui relis tout. Je ne t’apporterai rien ; avec toi j’ai de la co-quetterie, et je ne te montrerai pas une ligne avant que je n’aie complètement fini, quelque envie que j’aie de faire le contraire. Mais c’est plus raisonnable ; tu n’en jugeras que mieux et n’en auras que plus de plaisir si c’est bon. Encore une longue année !

J’ai reçu l’eau Taburel, l’article et la poudre. Pourquoi la poudre ? Je me sers depuis des années d’odontine de Lepel-

 

– 191 – letier, qui est une très bonne chose. Enfin je vais user de cette poudre en ton honneur.

Les vers du Pays sont parus. (Merci pour nous deux, ma pauvre chérie.) Un journal de Rouen les a reproduits le len-demain. Hier j’ai été voir à Rouen une ascension aérosta-tique de Poitevin ; c’est fort beau. J’ai été dans une vraie admiration. – De tes deux pièces de vers, il n’y a de vraiment bon que le milieu de La Place Royale ; la fin est bien molle. Pourquoi donc ne donnes-tu pas plus cours à ton talent pit-toresque ? Tu es plus pittoresque et dramatique que senti-mentale, retiens cela ; ne crois pas que la plume ait les mêmes instincts que le cœur. Ce n’est pas dans le vers de sentiment que tu réussis, mais [dans] le vers violent ou ima-gé, comme toutes les natures méridionales. Va donc dans cette voie franchement ; il y a, dans cette pièce de La Place Royale, de charmantes choses, comme rareté et compréhen-sion plastique, et qui sont à toi, au moins qui sont neuves. Dans quatorze à seize mois, quand j’aurai un logement à Pa-ris, je te rendrai la vie dure, va, et je te traiterai virilement comme tu le mérites.

Oui, c’est une étrange chose que la plume d’un côté et l’individu de l’autre. Y a-t-il quelqu’un qui aime mieux l’antiquité que moi, qui l’ait plus rêvée, et fait tout ce qu’il a pu pour la connaître ? Et je suis pourtant un des hommes (en mes livres) les moins antiques qu’il y ait. À me voir d’aspect, on croirait que je dois faire de l’épique, du drame, de la bru-talité de faits, et je ne me plais au contraire que dans les su-jets d’analyse, d’anatomie, si je peux dire. Au fond, je suis l’homme des brouillards, et c’est à force de patience et d’étude que je me suis débarrassé de toute la graisse blan-châtre qui noyait mes muscles. Les livres que j’ambitionne le

– 192 – plus de faire sont justement ceux pour lesquels j’ai le moins de moyens. Bovary, en ce sens, aura été un tour de force inouï et dont moi seul jamais aurai conscience : sujet, per-sonnage, effet, etc., tout est hors de moi. Cela devra me faire faire un grand pas par la suite. Je suis, en écrivant ce livre, comme un homme qui jouerait du piano avec des balles de plomb sur chaque phalange. Mais quand je saurai bien mon doigté, s’il me tombe sous la main un air de mon goût et que je puisse jouer les bras retroussés, ce sera peut-être bon. Je crois, du reste, qu’en cela je suis dans la ligne. Ce que vous faites n’est pas pour vous, mais pour les autres. L’Art n’a rien à démêler avec l’artiste. Tant pis s’il n’aime pas le rouge, le vert ou le jaune ; toutes les couleurs sont belles, il s’agit de les peindre. Lis-tu L’Âne d’or ? Tâche donc de l’avoir lu avant que je n’arrive, que nous en causions un peu. Je t’apporterai Cyrano. Voilà un fantaisiste, ce gaillard-là, et un vrai encore ! ce qui n’est pas commun. J’ai lu le volume de Gautier : piteux ! Par ci par-là une belle strophe, mais pas une pièce. C’est éreinté, recherché ; toutes les ficelles sont en jeu. On sent un cerveau qui a pris des cantharides. Érec-tion de mauvaise nature, comme celle des gens qui ont les reins cassés. Ah ! ils sont vieux tous ces grands hommes, ils sont vieux, ils bavachent sur leur linge. Ils ont fait tout ce qu’il faut pour cela, du reste.

Sois tranquille, le jeune homme aura son paquet, non pas par moi (ça pourrait être jugé partial), mais par Bouilhet qui s’en charge.

J’irai après-demain à Rouen pour toi et huit jours après nous nous verrons donc ! Comme je te serrerai dans mes bras avec plaisir, comme je t’embrasserai ! Adieu, chère

 

– 193 –

Louise bien-aimée, mille baisers sur les yeux et sous le col. À toi.

Ton GUSTAVE.

***

Je te rapporterai tous tes livres et journaux. Je t’écrirai samedi ou dimanche pour te dire le jour précis de mon arri-vée.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] dimanche soir, 11 heures.

[1er août 1852.]

Après-demain, à cette heure-ci je serai avec toi. Attends-moi, mardi, vers 9 ou 10 heures.

J’ai retrouvé la pièce des Yeux et te l’apporte.

À toi, à bientôt.

Ton G.

 

Ce sont de bonnes lettres, cela, n’est-ce pas ? quoiqu’elles ne soient pas longues. J’écrirai la prochaine avec moins de plaisir.

– 194 –

Mille baisers encore.

 

À JULES DUPLAN

[Paris,] jeudi soir. [5 août 1852 ?]

Mon cher Duplan,

Je suis à l’hôtel du Helder pour cinq à six jours. J’aurais bien des choses à vous dire, et grand plaisir à vous voir.

Dites-moi l’heure où vous êtes chez vous. Quant à moi je ne sors guère avant 9 heures.

À vous.

 

À LOUISE COLET

[Paris,] 9 heures du soir.

[5 août 1852 ?]

Je tombe sur les bottes (expression que je t’expliquerai).

Dieu ! que c’est mauvais, que c’est mauvais ! J’en suis gêné. Et les orgues de barbarie qui n’arrêtent pas !

J’y suis depuis 3 heures. Je sors pour aller dîner. Duplan vient à 10 heures.

– 195 –

Je travaillerai tard cette nuit.

Adieu, mille baisers. À demain, le plus tôt possible, mais je veux te porter tout achevé.

 

À JULES DUPLAN

[Paris, 6 août 1852 ?]

Venez, mon cher ami, à 11 heures, dimanche. Vous dé-jeunerez avec Bouilhet et le philosophe Baudry.

À vous.

Vendredi matin.

 

À JULES DUPLAN

[Paris,] samedi matin. [7 août 1852 ?]

Mon cher Duplan,

Voici les poésies en question.

Pas n’est besoin de vous recommander la plus stricte dis-crétion. – Vous comprenez quel triomphe il y aurait de l’autre côté si la chose ratant, venait à être éventée.

 

– 196 –

J’espère vous voir mercredi soir à 8 heures 1/2. – Mais d’ici là je vous écrirai un mot.

Adieu, je vous serre les mains.

À vous de cœur, avec toutes sortes de remerciements de nous deux.

Si la pièce du Marchand de mouron plaisait, et que la dernière strophe déplût, on pourrait la changer. Au reste nous en causerons. – Bon courage, à mercredi donc.

 

À LOUIS BOUILHET

[Paris,] mardi, minuit. [10 août 1852.]

Mon cher vieux,

J’arrive à la rue Verte jeudi à 3 h 17 m. Il faut que tu t’y trouves afin que je te remette la pièce de la Muse La Veille que tu dois lui renvoyer de suite. Il y a urgence pour l’impression.

Nous avons travaillé comme des enragés. Pour ma part quant à moi j’en ai assez.

L’histoire des 500 francs m’embête, enfin !… J’espère que, comme pour le reste, on aura le bon esprit de ne pas m’en parler.

 

– 197 –

À toi, ton vieux solide.

 

Saulcy m’a promis ce matin que ce serait Ph. Chasles qui ferait ton article dans L’Athenaeum. – C’est bon comme signature. – Ça va bien.

 

À JULES DUPLAN

[Paris,] mercredi matin. [11 août 1852 ?]

Mon cher Duplan,

Je vous attends ce soir à 9 heures.

Si vous étiez libre ce matin, une minute, ça ferait mieux mon affaire. – Je serai chez moi jusqu’à 2 h[eures]. –

Si pourtant vous ne pouvez venir que ce soir je vous at-tends.

Un mot de réponse.

À vous.

Rue du Helder, 10.

 

– 198 –

À LOUISE COLET

[Croisset,] mercredi, minuit.

[1er septembre 1852.]

Chère et bonne Louise, j’ai été tantôt à Rouen (j’avais à y chercher un Casaubon à la Bibliothèque) et j’ai rencontré par hasard le jeune Bouilhet, chez lequel je devais aller en-suite. – Il m’a montré ta lettre. Permets-moi de te donner, ou plutôt de vous donner un conseil d’ami et si tu as quelque confiance en mon flair, comme tu dis, suis-le. Je te demande ce service pour toi. Ne publie pas la pièce qu’il t’a adressée. Voici mes raisons. – Elle vous couvrirait de ridicule tous les deux. Les petits journaux qui n’ont rien à faire ne manque-raient pas de blaguer sur les regards de flamme, les bras blancs, le génie, etc… et la Reine ! surtout. Ne touchez pas à la Reine deviendrait un proverbe. Cela te ferait du tort, sois-en sûre. S’ils étaient bons, ces vers, au moins, mais c’est que la pièce est assez médiocre en elle-même (je la connaissais et ne t’en avais point parlé pour cela). Tu t’es d’ailleurs ré-voltée toi-même contre cette association du physique et du moral que je trouve ici outrée et même maladroite :

Qui ne vante nos vers qu’en vantant nos beaux yeux.

 

On vous associerait dans un tas de charges. – La pièce, étant la plus faible jusqu’à ce jour que B[ouilhet] ait faite, lui nui-rait (songes-y un peu) et quant à toi, à part la petite gloriole d’un instant de la voir imprimée, te ferait peut-être un mal plus sérieux. Il n’avait point réfléchi à tout cela, et riait seu-lement de ta résolution. – Nous sommes convenus qu’il t’en referait une plus sérieuse, et plus publiable. – Tu es une très belle femme, mais meilleur poète encore, crois-moi. Je sau-

– 199 – rais où en aller trouver, qui aient la taille plus mince, mais je n’en connais pas d’un esprit plus haut, quand toutefois le cul, que j’aime entre parenthèses, ne le fait pas décheoir. – Tu vas te révolter, je le sais bien. – Mais je te conjure de ré-fléchir et, plus, je te supplie de suivre mon avis.

Si tu avais toujours eu un homme aussi sage que moi, pour [te] conseiller, bien des choses fâcheuses ne te seraient pas arrivées. – Comme artiste, et comme femme, je ne trouve pas cette publication digne. Le public ne doit rien sa-voir de nous. Qu’il ne s’amuse pas de nos yeux, de nos che-veux, de nos amours. (Combien d’imbéciles accueilleront ces vers d’un gros rire !) C’est assez de notre cœur, que nous lui délayons dans l’encre, sans qu’il s’en doute. Les prostitu-tions personnelles en art me révoltent. – Et Apollon est juste : il rend presque toujours ce genre d’inspiration lan-guissante. – C’est du commun. – (Dans la pièce de B[ouilhet] il n’y a pas un trait neuf. – On y sent, en dessous, une patte habile, voilà tout.)

Console-toi donc, et attends une autre pièce où tu seras chantée, mieux de toute façon, et d’une manière plus du-rable. – C’est une affaire convenue, n’est-ce pas ?

Si quelqu’un t’outrage là-dessus, comment répondre ? Il faut pour ces genres d’apothéoses une œuvre hors ligne. Alors ça dure, fût-ce adressé à des crétins ou à des bossus. Sais-tu ce qui te manque le plus, à toi ? le discernement. On en acquiert en se mettant des éponges d’eau froide sur la tête, chère sauvage. – Tu fais et écris un peu tout ce qui te passe par la cervelle, sans t’inquiéter de la conclusion. – Témoin la pièce des Fantômes.

 

– 200 –

C’était une belle idée, et le début est magistral, mais tu l’as éreintée à plaisir. – Pourquoi la femme spéciale, au lieu de la femme en général ? Il fallait, dans la première partie, montrer l’indifférence de l’homme et, dans la seconde, l’impression morne de la femme. Si ses fantômes sont plus nets, c’est qu’ils ont passé moins vite. C’est qu’elle a aimé et que l’homme n’a fait que jouir. – Chez l’un c’est froid, chez l’autre c’est triste. – Il y a oubli chez l’un, et rêve chez l’autre, étonnement et regret. – C’est donc à refaire.

Voilà que tu deviens homme. Ce qui t’est personnel est plus faible maintenant que ce qui est imaginé (tu as été moins large en parlant de la femme que de l’homme). J’aime ça, que l’on comprenne ce qui n’est pas nous. – Le génie n’est pas autre chose, ma vieille : avoir la faculté de travail-ler d’après un modèle imaginaire qui pose devant nous. Quand on le voit bien, on le rend. La forme est comme la sueur de la pensée. Quand elle s’agite en nous, elle transpire en poésie.

Je reviens aux Fantômes. Je garderais jusqu’au § III et je ferais un parallélisme plus serré. Il faut aussi que l’on sente plus nettement les deux voix qui parlent. En un mot ta pièce (telle qu’elle est) est au début large comme l’humanité et à la fin, étroite comme l’entre-deux des cuisses. Ne te laisse pas tant aller à ton lyrisme. Serre, serre, que chaque mot porte. – La fin des Fantômes bavache et n’a plus de rapport avec le commencement. Il n’y a pas de raison avec un tel procédé pour s’arrêter. – Il ne faut pas rêver, en vers. Mais donner des coups de poing.

Je ne fais point de remarque marginale sur la seconde partie, parce que presque rien ne m’en plaît ; mais ce qui me

– 201 – plaît c’est ta bonne lettre de ce matin. – Tu m’as dit un mot qui me va au cœur : « Je ferai quelque chose de beau, dussé-je en crever. » Voilà un mot, au moins. – Reste toujours ain-si, et je t’aimerai de plus en plus, si c’est possible. C’est par là surtout que tu seras mon épouse légitime et fatale.

B[ouilhet] va s’occuper des journaux de R[ouen]. – Ce sont des brutes, des ânes, etc… Faire un article sérieux dans l’une de ces feuilles, c’est du temps complètement perdu de toute façon. – Est-ce qu’on lit à Rouen ! Je voulais faire de toi un portrait littéraire, si je l’avais pu toutefois, non pas à la Sainte-Beuve, mais comme je l’entends. – Il m’aurait fallu pour cela te relire en entier. – Ce serait pour moi un travail d’un bon mois. C’est comme pour Melænis, j’y ferai un jour une préface. – Quoi qu’il en soit, si tu me trouves dans un journal de Paris une grande colonne, je t’y dirai des dou-ceurs, sincères. Mais quant à R[ouen], outre que la chose me répugne parce que c’est Rouen (comprends ça), cela ne te servirait à rien, ne te ferait pas vendre un volume, ni appré-cier d’un être humain.

Comme l’histoire de Babinet m’a amusé ! Que je te re-mercie de me l’avoir envoyée ! Ses rêves parlants sont bons, et sa vieille femme tirottant ses 6 coups par nuit dans les premiers temps et dont maintenant le pauvre trésor des hou-ris est délaissé ! Farce ! farce ! et très farce. À propos de Ba-binet il me vient des idées sur son compte. On ne prête pas (dans les idées du monde, et il faut songer qu’il n’y a que nous qui ne les ayons pas, les idées du monde), d’ordinaire, dis-je, on ne prête pas à une femme Le Musée secret de Naples, c’est-à-dire un album lubrique, pour des prunes. Cela fait entre le prêteur et l’emprunteuse un compromis (pardon, je ne voulais pas faire de calembour, c’est un terme de droit).

– 202 –

On a un petit secret qui vous lie, et concernant l’article, qui pis est. Donc ne t’étonne pas si Babinet, un de ces jours, fait quelque tentative. Tout l’Institut viendra s’agenouiller sur ton tapis. C’est écrit.

C’est, du reste, une belle liaison d’idées qu’il a eue. Il cherchait L’Âne d’or. « Je ne le trouve pas, s’est-il dit ; voyons, qu’est-ce que je lui apporterais bien ? De l’antique et du salé, tout ensemble. Ah ! Le Musée secret. » Et il l’a mis dans sa poche.

Le Capitaine est un farceur. Un homme comme lui ne s’ébouriffe pas de deux ou trois mots grossiers que j’aurai pu dire. – Il a voulu causer et voir ta mine.

La lettre de Mme Didier m’a assez amusé. Ce fragment de pamphlet qu’elle cite a peut-être raison. Nous avons peut-être besoin des barbares. L’humanité, vieillard perpétuel, prend à ses agonies périodiques des infusions de sang. – Comme nous sommes bas ! et quelle décrépitude univer-selle !

Les trois XXX dans ta lettre, au bout du nom de David, me donnent à penser. – Est-ce qu’il ressemblerait au roi-musicien de la Bible que j’ai toujours suspecté d’avoir pour Jonathas un amour illicite ? Est-ce cela que tu as voulu dire ? Un homme aussi sérieux, du reste, doit être calomnié. S’il est chaste, on le répute pédéraste, c’est la règle. – J’ai égale-ment eu dans un temps cette réputation. J’ai eu aussi celle d’impuissant, et Dieu sait que je n’étais ni l’un ni l’autre. Quelle est cette cantatrice admiratrice de mon frère ?

 

– 203 –

Comme je m’amuse à causer avec toi ! Je laisse aller ma plume, sans songer qu’il est tard. Cela me délasse de t’envoyer au hasard toutes mes pensées, à toi ma meilleure pensée du cœur. J’ai été bien triste, les premiers jours de mon retour. Je suis en train maintenant. Je ne fais que commencer, mais enfin la roue tourne. – Tu parles des mi-sères de la femme. Je suis dans ce milieu. Tu verras qu’il m’aura fallu descendre bas, dans le puits sentimental. Si mon livre est bon, il chatouillera doucement mainte plaie féminine. – Plus d’une sourira en s’y reconnaissant. J’aurai connu vos douleurs, pauvres âmes obscures, humides de mélancolie renfermée, comme vos arrière-cours de province, dont les murs ont de la mousse. –

Mais c’est long… c’est long ! mes bras fatigués retom-bent quelquefois. – Quand me reposerai-je, quelques mois seulement ? Quand nous goûterons-nous tous deux, à loisir, et en liberté ? – Voilà encore une longue année devant nous, et l’hiver, toi avec les omnibus dans les rues boueuses, les nez rouges, les paletots et le vent sous les portes ; moi avec les arbres dépouillés, la Seine blanche et six fois par jour le bateau à vapeur qui passe. Patience, travaillons. L’été se passera. Après l’été je serai presque à la fin, et ensuite j’irai piquer ma tente près toi, dans un autre désert, mais où tu se-ras.

Tu m’as mis à la fin de tes Fantômes, j’en ai aussi, moi, en deçà de toi, et de plus nombreux ! Fantômes possédés, fantômes désirés surtout, ombres égales maintenant. J’ai eu des amours à tous crins, qui reniflaient dans mon cœur, comme des cavales dans les prés. J’en ai eu d’enroulés sur eux-mêmes, de glacés et de longs comme des serpents qui digèrent. J’ai eu plus de concupiscences que je n’ai de che-

– 204 – veux perdus. Eh bien, nous devenons vieux, ma belle, soyons-nous notre dernier fantôme, notre dernier mensonge, qu’il soit béni, puisqu’il est doux, qu’il dure longtemps, puisqu’il est fort ! –

Adieu, je t’embrasse toute entière. À toi, ton

GUSTAVE.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] samedi, 5 h[eures].

[4 septembre 1852.]

Nous ne sommes pas, à ce qu’il paraît, dans une bonne passe matérielle. Il y a sympathie (sympathie veut dire qui souffre ensemble) ; sans vouloir comparer mes tracas aux tiens, j’en ai ma petite dose. – Je suis si embêté de mon en-tourage que je n’en ai pas travaillé cet après-midi. C’est ma mère qui pleure, qui s’aigrit de tout, etc. ! (quelle belle inven-tion que la famille !). Elle vient dans mon cabinet m’entretenir de ses chagrins domestiques. Je ne peux la mettre à la porte, mais j’en ai fort envie. – Je me suis réservé dans la vie un très petit cercle. – Mais une fois qu’on entre dedans je deviens furieux, rouge. J’avais ainsi tout supporté de Du Camp. Quand il a voulu l’envahir, j’ai allongé la griffe. Aujourd’hui elle prétend que ses domestiques l’insultent (ce qui n’est pas). Il faut que je raccommode tout, que je les en-gage à aller faire des excuses quand ils n’ont pas tort. J’en ai plein mon sac par moments de tout cela. – Je vais être, en outre, dérangé (mais je m’arrangerai pour qu’on ne me dé-

– 205 – range pas) par une cousine qui vient ici passer deux mois. Que ne peut-on vivre dans une tour d’ivoire ! Et dire que le fond de tout cela, c’est ce malheureux argent,

Ce bienheureux métal, argent, maître du monde !

 

Si j’en avais un peu plus, je m’allégerais de bien des choses. Mais, d’année en année, mon boursicot diminue et l’avenir, sous ce rapport, n’est pas gai. – J’aurai toujours de quoi vivre, mais pas comme je l’entends. Si mon brave homme de père avait placé autrement sa fortune, je pourrais être sinon riche, du moins dans l’aisance. – Et quant à en changer la nature, ce serait peut-être une ruine nette. – Quoi qu’il en soit, je n’avais aucun besoin des 200 fr[ancs] que tu m’as renvoyés. Les re-veux-tu ? Ma première idée, ce matin, a été de te les renvoyer aussitôt. Mais avec toi, il faut mettre des gants. J’ai eu peur que tu ne prisses cela pour une réponse tacite à ta lettre de ce matin, et que tu ne pensasses que j’aie cru y voir une espèce de petite sollicitation indirecte. Voilà pourquoi ! Mais ne te gêne donc pas et sans vergogne rede-mande-les-moi, s’ils peuvent te faire plaisir. – Je n’ai, moi, aucune dette et, par conséquent, besoin de rien maintenant. Quant aux 300 autres, tu me les rendras pour faire imprimer les affiches de Saint Antoine. C’est convenu.

Tu ne m’as pas répondu relativement à ton article.

Envoie chez B[ouilhet], si tu veux, Le Musée secret ; il s’amusera avec. – Il est du reste un peu calmé relativement à la mère Roger et je crois qu’il va se mettre sérieusement à son drame. Son intention est toujours de quitter Rouen cet hiver. Il n’en peut plus de leçons (il devient rebours et il y a

– 206 – de quoi) et ne veut plus en donner. Mais comment vivra-t-il là-bas ? As-tu trouvé justes mes observations sur Les Fan-tômes ?

Il y a dans la Revue de Paris – va de suite la lire à un ca-binet de lecture – deux grandes pages de Jourdan et deux ci-tations : une des Tableaux vivants, une autre de L’Orgueil. – L’ensemble est élogieux, mais avec quelques conseils singu-lièrement pareils à ceux de ma dernière lettre. Aussi, quand j’ai lu le n° en m’éveillant le lendemain, cela m’a fait un drôle d’effet. – Du Camp n’a pas signé le numéro. Est-ce parce qu’on y faisait ton éloge ? Dans la Chronique, du ton le plus bas, le philosophe est injurié sans raison, à propos de rien. La suite du roman de Gozlan est ignoble. – Quel triste recueil ! Quant à cette Chronique, que ces messieurs signent maintenant du nom anonyme de Cyrano (rien que cela de prétention !), c’est une infamie ; lorsqu’on parle aux gens d’une telle manière, il faut au moins porter sa carte de visite à son chapeau.

J’ai écrit deux fois en Angleterre pour ton album et n’ai pas eu de réponse, ce qui m’étonne excessivement. Je con-nais en ce moment un jeune homme à Londres qui doit, je crois, bientôt revenir. Veux-tu que je lui fasse écrire d’aller le prendre ? Depuis que nous nous sommes quittés, j’ai fait 8 pages de ma 2e partie : la description topographique d’un village. Je vais maintenant entrer dans une longue scène d’auberge qui m’inquiète fort. Que je voudrais être dans cinq ou six mois d’ici ! Je serais quitte du pire, c’est-à-dire du plus vide, des places où il faut le plus frapper sur la pensée pour la faire rendre.

 

– 207 –

Ta lettre de ce matin, aussi, m’attriste. Pauvre chère femme, comme je t’aime ! Pourquoi t’es-tu blessée d’une phrase qui était au contraire l’expression du plus solide amour qu’un être humain puisse porter à un autre ? Ô femme ! femme, sois-le donc moins, ne le sois qu’au lit ! Est-ce que ton corps ne m’enflamme pas, quand j’y suis ? Ne m’as-tu pas vu te contempler, tout béant, et passer mes mains avec délices sur ta peau ? Ton image, en souvenir, m’agite ; et si je ne te rêve pas plus souvent, c’est qu’on ne rêve pas ce qu’on désire. – Hume bien l’air des bois cette semaine, et regarde les feuilles pour elles-mêmes. Pour comprendre la nature, il faut être calme, comme elle.

Ne nous lamentons sur rien. – Se plaindre de tout ce qui nous afflige ou nous irrite, c’est se plaindre de la constitution même de l’existence. Nous sommes faits pour la peindre, nous autres, et rien de plus. – Soyons religieux. Moi, tout ce qui m’arrive de fâcheux, en grand ou en petit, fait que je me resserre de plus en plus à mon éternel souci. Je m’y cram-ponne à deux mains et je ferme les deux yeux. À force d’appeler la Grâce, elle vient. – Dieu a pitié des simples. – Et le soleil brille toujours pour les cœurs vigoureux qui se pla-cent au-dessus des montagnes.

Je tourne à une espèce de mysticisme esthétique (si les deux mots peuvent aller ensemble), et je voudrais qu’il fût plus fort. – Quand aucun encouragement ne vous vient des autres, quand le monde extérieur vous dégoûte, vous alan-guit, vous corrompt, vous abrutit, les gens honnêtes et déli-cats sont forcés de chercher en eux-mêmes quelque part un lieu plus propre pour y vivre. – Si la société continue comme elle va, nous reverrons, je crois, des mystiques, comme il y en a eu à toutes les époques sombres. Ne pouvant

– 208 – s’épancher, l’âme se concentrera. Le temps n’est pas loin où vont revenir les langueurs universelles, les croyances à la fin du monde, l’attente d’un Messie ? Mais la base théologique manquant, où sera maintenant le point d’appui de cet en-thousiasme qui s’ignore ? Les uns le chercheront dans la chair, d’autres dans les vieilles religions, d’autres dans l’art ; et l’humanité, comme la tribu juive dans le désert, va adorer toutes sortes d’idoles. – Nous sommes, nous autres, venus un peu trop tôt. Dans vingt-cinq ans, le point d’intersection sera superbe. – Aux mains d’un maître, alors, la prose (la prose surtout, forme plus jeune) pourra jouer une symphonie humanitaire formidable. Les livres comme le Satyricon et L’Âne d’or peuvent revenir, et ayant en débordements psy-chiques tout ce que ceux-là ont eu de débordements sen-suels.

Voilà ce que tous les socialistes du monde n’ont pas voulu voir, avec leur éternelle prédication matérialiste. Ils ont nié la Douleur, ils ont blasphémé les trois quarts de la poésie moderne, le sang du christ qui se remue en nous. – Rien ne l’extirpera, rien ne la tarira. Il ne s’agit pas de la des-sécher, mais de lui faire des ruisseaux. Si le sentiment de l’insuffisance humaine, du néant de la vie venait à périr (ce qui serait la conséquence de leur hypothèse), nous serions plus bêtes que les oiseaux, qui au moins perchent sur les arbres. – L’âme dort, maintenant, ivre de paroles entendues. Mais elle aura un réveil frénétique où elle se livrera à des joies d’affranchi, car elle n’aura plus autour d’elle rien pour la gêner, ni gouvernement, ni religion, pas une formule quel-conque. Les républicains de toute nuance me paraissent les pédagogues les plus sauvages du monde, eux qui rêvent des organisations, des législations, une société comme un cou-vent. Je crois au contraire que les règles de tout s’en vont,

– 209 – que les barrières se renversent, que la terre se nivelle. Cette grande confusion amènera peut-être la Liberté. – L’art, qui devance toujours, a du moins suivi cette marche. Quelle est la poétique qui soit debout maintenant ? La plastique même devient de plus en plus presque impossible, avec nos langues circonscrites et précises et nos idées vagues, mêlées, insaisissables. – Tout ce que nous pouvons faire, c’est donc, à force d’habileté, de serrer plus raide les cordes de la gui-tare tant de fois raclées, et d’être surtout des virtuoses, puisque la naïveté à notre époque est une chimère. Avec ce-la le pittoresque s’en va presque du monde. La Poésie ne mourra pas, cependant. – Mais quelle sera celle des choses de l’avenir ? Je ne la vois guère. Qui sait ? La Beauté de-viendra peut-être un sentiment inutile à l’humanité. Et l’art sera quelque chose qui tiendra le milieu entre l’algèbre et la musique ?

Puisque je ne peux pas voir demain, j’aurais voulu voir hier ! – Que ne vivais-je au moins sous Louis XIV, avec une grande perruque, des bas bien tirés, et la société de M. Descartes ! Que ne vivais-je du temps de Ronsard ! Que ne vivais-je du temps de Néron ! Comme j’aurais causé avec les rhéteurs grecs ! Comme j’aurais voyagé dans des grands chariots sur les voies romaines, et couché le soir dans les hô-telleries, avec les prêtres de Cybèle vagabondant ! – Que n’ai-je vécu surtout au temps de Périclès, pour souper avec Aspasie, couronnée de violettes et chantant des vers, entre des murs de marbre blanc ! – Ah ! c’est fini tout cela. Ce rêve-là ne reviendra plus. – J’ai vécu partout par là, moi, sans doute, dans quelque existence antérieure. – Je suis sûr d’avoir été, sous l’empire romain, directeur de quelque troupe de comédiens ambulants, un de ces drôles qui al-laient en Sicile acheter des femmes pour en faire des comé-

– 210 – diennes, et qui étaient, tout ensemble, professeur, maque-reau et artiste. Ce sont de belles balles, dans les comédies de Plaute, que ces gredins-là, et en les lisant il me revient comme des souvenirs. As-tu éprouvé cela quelquefois, le frisson historique ?

Adieu, je t’embrasse, tout à toi, partout.

G.

 

À ERNEST CHEVALIER

Croisset, mardi. [7 septembre 1852.]

Mon cher Ernest,

Si je n’ai pas répondu poste pour poste à ta bonne lettre, c’est que nous voulions te dire le jour précis de notre arrivée chez toi. – Nous attendons ici Mme Bonenfant et sa famille, qui arrive lundi prochain pour passer toutes les vacances.

Donc jeudi nous prendrons le convoi de 2 h 40 m[n] qui arrive à Gaillon à 4 h 5 m[n] et serons je crois à temps aux Andelys pour l’heure de votre dîner. – Cela me fera bien plaisir, mon vieux, de te voir un peu et de t’embrasser.

L’intention de ma mère est de m’accompagner avec sa petite-fille. Depuis hier au soir l’enfant a été pris de maux de tête assez violents et d’un peu de fièvre. Je pense que ce ne

 

– 211 – sera rien. En tout cas tu me verras toujours arriver par le convoi de 4 h 5 m[n].

Adieu, cher bonhomme.

À toi.

 

À JULES DUPLAN

[Croisset,] mardi. [7 septembre 1852.]

Mon cher Duplan,

Au moment où je recevais votre lettre ce matin, Bouilhet en recevait une autre de Maxime qui lui demande de suite, poste pour poste, Tou-tsong afin de la faire paraître dans le numéro d’octobre de la Revue de Paris. Vous savez l’histoire de cette pièce. On ne devait jamais la publier parce qu’elle déplaît à Gautier comme ressemblant (et égalant) une des siennes. C’était là une faiblesse du grand homme. D’où vient ce revirement de la Revue de Paris à l’encontre de Tou-tsong ? Y a-t-il brouille entre les deux amis ? est-ce une niche que Max veut faire à Gautier ? je le crois. – Vous savez que dans un des articles du Salon de Max il y a une citation de Tou-tsong. L’autre à son retour aura fait des reproches ; joi-gnez à cela Les Rois du monde (= le cèdre), publié aussi en son absence, lequel cèdre flotte dans les eaux de Qui sera roi ? – Cormenin a arrêté (et emporté dans sa poche) un ar-ticle élogieux sur Melænis, déposé à La Presse ; cette affaire est tombée dans l’eau. Peut-être la proposition de Max est-

– 212 – elle une petite compensation ? – Ce ne sont tout cela que des conjectures. Mais je crois qu’il y a brouille là-bas. Le numéro dernier n’était pas signé M. Du C., pourquoi ? etc.

Voici donc la complication fort embêtante qui a lieu. Bu-loz a dans les mains Tou-tsong. S’il le voit publié dans la Re-vue de Paris, cela peut lui paraître drôle, car c’est lui offrir une chose et la donner à un autre. D’un autre côté la refuser là-bas est assez difficile, outre que nous ne serions pas fâ-chés de voir l’ami Gautier embêté dans son propre journal. – Il faudrait donc, mon cher Duplan, le plus vite possible sa-voir ce que Buloz compte faire de Tou-tsong et lui redeman-der cette pièce. Ou êtes-vous bien sûr qu’il ne trouvera pas le procédé singulier, et ne se fâchera pas, j’entends de voir publier ce qu’il a maintenant dans les mains, quoique ce soit plutôt un échantillon qu’on lui ait prêté, et que Bouilhet (d’après la position que vous lui avez faite) soit étranger à cette offre.

Si Buloz, ayant vu toutes les pièces de B[ouilhet], trouve Tou-tsong la meilleure et veuille l’imprimer, laissez-la-lui. Si-non, dites-le-nous, et alors Bouilhet pourrait la donner à la Revue de Paris .

Vous comprenez, mon cher ami, la difficulté de la posi-tion de Bouilhet. – Il s’agit tout à la fois de ne pas rester le cul entre deux selles et d’autre part de ne pas faire de crasse. – Dépêchez-vous, je vous en prie. Bouilhet compte les mi-nutes pour pouvoir répondre à Maxime.

Adieu, mon cher bon.

Tout à vous.

– 213 –

Répondez-nous directement à Rouen, B[ouilhet], rue Beauvoisine, 131. – Car je suis obligé de m’absenter depuis jeudi au soir jusqu’à dimanche.

 

À HENRIETTE COLLIER

[Croisset,] lundi 13 septembre [1852].

Cette lettre vous sera remise, chère Henriette, par miss Isabelle Hutton, institutrice de ma petite nièce. Je l’ai priée d’aller vous voir pour savoir un peu de vos nouvelles et vous redemander l’album de Mme Colet que l’on me réclame à grands cris. Soyez donc assez bonne pour le lui donner.

Je n’entends plus parler de vous. – Que devenez-vous ? Avez-vous abandonné tout à fait cette pauvre France ? ne prévoyez-vous pas revenir habiter Paris ? Avez-vous reçu des nouvelles d’Herbert ?

Voilà l’hiver qui revient. Les feuilles ici commencent à tomber. Les longs jours tristes vont revenir. – Il y a un an j’allais aller vous voir ! Dans dix-huit mois, au milieu de l’hiver 1854, j’irai probablement vous faire une petite visite. Un travail que j’aurai sollicitera de ma part un voyage à Londres. Ce sera une occasion. – Je voudrais y être déjà. Mais que de jours d’ici là !

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