Correspondance - Tome II

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 16/30

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Correspondance - Tome II

À Louise Colet ................................................................ 142

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 30 parties.

Ces sujets-là te troublent. Je voudrais qu’il te fût interdit d’en parler, et j’attends pour t’admirer sans réserve que tu nous aies écrit un conte, où il ne soit pas question d’amour. – Une œuvre in-sexuelle, in-passionnelle. Médite bien ta Reli-gieuse, et surtout point d’amour et point de déclamation contre les prêtres ni la religion. Il faut que ton héroïne soit médiocre. Ce que je reproche à Mariette, c’est que c’est une femme supérieure.

Quant à publier, je ne suis pas de ton avis. Cela sert. Que savons-nous s’il n’y a pas à cette heure, dans quelque coin des Pyrénées ou de la Basse-Bretagne, un pauvre être

– 656 – qui nous comprenne ? On publie pour les amis inconnus. L’imprimerie n’a que cela de beau. C’est un déversoir plus large, un instrument de sympathie qui va frapper à distance. Quant à publier maintenant, je n’en sais rien. Lancer à la fois La Servante et La Religieuse serait peut-être plus imposant, comme masse et contraste.

Non ! je n’ai pas pour tout un détachement sépulcral, car rien que d’apprendre tes petites réussites de librairie m’a fait plaisir. Je suis bien peu détaché de toi, va ! pauvre Muse ! moi qui voudrais te voir riche, heureuse, reconnue, fêtée, enviée ! Mais je veux par-dessus tout te voir Grande.

Ce qui [te] fait te méprendre, c’est que j’en veux à ceci : l’aspiration au bonheur par les faits, par l’action. Je hais cette recherche de la Béatitude terrestre ; elle me semble une ma-nie médiocre et dangereuse. Vivent l’amour, l’argent, le Vin, la Famille, la Joie et le Sentiment ! Prenons de tout cela le plus que nous pourrons, mais n’y croyons point. Soyons per-suadés que le Bonheur est un mythe inventé par le Diable pour nous désespérer. Ce sont les peuples persuadés d’un Paradis qui ont des imaginations tristes. Dans l’antiquité, où l’on n’espérait (et encore !) que des Champs-Élysées fort plats, la Vie était aimable. Je ne te blâme que de cela, toi, pauvre chère Muse, de demander des oranges aux pom-miers.

Oranger ou pommier, j’étends mes rameaux vers toi et je me couche sur tout ton être.

À toi, mille baisers partout.

Ton G.

– 657 –

Je t’eusse écrit plus longuement sans la résolution que j’ai de me coucher un peu de meilleure heure. Voilà plu-sieurs nuits que je n’entre au lit qu’à 4 h[eures] du matin. C’est stupide.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] nuit de vendredi, 2 h[eures].

[23 décembre 1853.]

Il faut t’aimer pour t’écrire ce soir, car je suis épuisé. J’ai un casque de fer sur le crâne. Depuis 2 h[eures] de l’après-midi (sauf 25 minutes à peu près pour dîner), j’écris de la Bovary. Je suis à leur Baisade, en plein, au milieu. On sue et on a la gorge serrée. Voilà une des rares journées de ma vie que j’ai passée dans l’Illusion, complètement, et depuis un bout jusqu’à l’autre. Tantôt, à six heures, au moment où j’écrivais le mot attaque de nerfs, j’étais si emporté, je gueu-lais si fort, et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j’ai eu peur moi-même d’en avoir une. Je me suis levé de ma table et j’ai ouvert la fenêtre pour me calmer. La tête me tournait. J’ai à présent de grandes dou-leurs dans les genoux, dans le dos et à la tête. Je suis comme un homme qui a trop foutu (pardon de l’expression), c’est-à-dire en une sorte de lassitude pleine d’enivrement. – Et puisque je suis dans l’amour, il est bien juste que je ne m’endorme pas sans t’envoyer une caresse, un baiser, et toutes les pensées qui me restent.

 

– 658 –

Cela sera-t-il bon ? Je n’en sais rien (je me hâte un peu pour montrer à B[ouilhet] un ensemble quand il va venir). Ce qu’il y a de sûr, c’est que ça marche vivement depuis une huitaine. Que cela continue ! car je suis fatigué de mes len-teurs ! Mais je redoute le réveil, les désillusions des pages recopiées ! N’importe, bien ou mal, c’est une délicieuse chose que d’écrire ! que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd’hui par exemple, homme et femme tout ensemble, amant et maî-tresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt, par un après-midi d’automne, sous des feuilles jaunes, et j’étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu’ils se disaient et le soleil rouge qui faisait s’entre-fermer leurs paupières noyées d’amour. –

Est-ce orgueil ? ou piété ? est-ce le débordement niais d’une satisfaction de soi-même exagérée, ou bien un vague et noble instinct de Religion, mais quand je rumine, après les avoir subies, ces jouissances-là, je serais tenté de faire une prière de remerciement au Bon Dieu, si je savais qu’il pût m’entendre. – Qu’il soit donc béni pour ne pas m’avoir fait naître marchand de coton, vaudevilliste, homme d’esprit, etc. ! Chantons Apollon comme aux premiers jours ! aspirons à pleins poumons le grand air froid du Parnasse, frappons sur nos guitares et nos cymbales, et tournons comme des derviches dans l’éternel brouhaha des Formes et des Idées :

Qu’importe à mon orgueil qu’un vain peuple m’encense…

 

Ceci doit être un vers de M. de Voltaire, quelque part, je ne sais où. Mais voilà ce qu’il faut se dire. J’attends La Ser-vante avec impatience. – Ah oui ! va, pauvre Muse, tu as bien

– 659 – raison : « Si j’étais riche, tous ces gens-là baiseraient mes souliers. » Pas même tes souliers, mais la trace, l’ombre ! Tel est le courant des choses. Pour faire de la littérature étant femme, il faut avoir été passée dans l’eau du Styx. – Quant aux offres de Du C[amp] relativement à Mme Biard, il y a entre les hommes une sorte de pacte fraternel et tacite qui les oblige à être maquereaux les uns des autres. Pour ma part je n’y ai jamais manqué. On reconnaît à cela la bonne éducation, le gentleman. – Mais si j’étais directeur d’une Re-vue, je serais peu gentleman. Au reste les articles de la mère B[iard] ne sont pas pires que d’autres. Tout se vaut au-dessous d’un certain niveau comme au-dessus. Quant à toi, si tu leur envoyais quelque chose, je suis sûr qu’ils l’accepteraient, à moins que ce ne soit un parti pris de t’écarter complètement, ce qui se peut ? Il faudrait pour cela renouer avec le D[u Camp]. – Et c’est un homme à ne pas voir, je crois. Cette locution que j’emploie ouvre la porte à toutes les hypothèses. Ce malheureux garçon est un de ces sujets auxquels je ne veux pas penser. Je l’aime encore au fond, mais il m’a tellement irrité, repoussé, nié, et fait de si odieuses crasses que c’est pour moi « comme s’il était déjà mort », ainsi que dit le duc Alphonse à Mme Lucrezia.

***

Je ne sais aucun détail lubrique touchant la Sylphide qui, à ce qu’il paraît, a été fortement touchée (et branlée peut-être ?). B[ouilhet] ne m’a écrit dans ces derniers temps que des lettres fort courtes. J’avais toujours jugé ladite une gaillarde chaude, et je ne me suis pas trompé. Mais elle a l’air de mener ça bien, rondement, cavalièrement. Tant mieux ! Cette femme est rouée. Elle connaît le monde, elle pourra ouvrir à B[ouilhet] des horizons nouveaux. Piètres ho-

– 660 – rizons ! il est vrai, mais enfin ne faut-il pas connaître tous les appartements du cœur et du corps social, depuis la cave jusqu’au grenier. – Et même ne pas oublier les latrines, et surtout ne pas oublier les latrines ! Il s’y élabore une chimie merveilleuse, il s’y fait des décompositions fécondantes. – Qui sait à quels sucs d’excréments nous devons le parfum des roses et la saveur des melons ? A-t-on compté tout ce qu’il faut de bassesses contemplées pour constituer une grandeur d’âme ? tout ce qu’il faut avoir avalé de miasmes écœurants, subi de chagrins, enduré de supplices, pour écrire une bonne page ? Nous sommes cela, nous autres, des vidangeurs et des jardiniers. Nous tirons des putréfactions de l’humanité des délectations pour elle-même. Nous faisons pousser des bannettes de fleurs sur ses misères étalées. Le Fait se distille dans la Forme et monte en haut, comme un pur encens de l’Esprit vers l’Éternel, l’immuable, l’absolu, l’idéal.

J’ai bien vu le père Roger passer dans la rue avec sa re-dingote et son chien. Pauvre bonhomme, comme il se doute peu ! As-tu songé quelquefois à cette quantité de femmes qui ont des amants, à ces quantités d’hommes qui ont des maî-tresses, à tous ces ménages sous les autres ménages ? Que de mensonges cela suppose, que de manœuvres et de trahi-sons et de larmes et d’angoisses ! – C’est de tout cela que ressort le grotesque ; et le tragique aussi ! L’un et l’autre ne sont que le même masque qui recouvre le même néant, et la Fantaisie rit au milieu, comme une rangée de dents blanches, au-dessus du bavolet noir. –

Adieu, chère bonne Muse ; de t’écrire m’a [fait] passer mon mal au front. Je le mets sous tes lèvres et vais me cou-cher.

– 661 –

Encore adieu, et mille caresses. À toi.

Ton G.

 

À LOUIS BOUILHET

[Croisset,] dimanche, 3 h[eures] de l’après-midi.

[25 décembre 1853.]

Je ne sais si tes deux collaborateurs s’en sont doutés ni si toi-même en as conscience, mais tu as fait, sur Mlle Chéron, quatre vers sublimes ! de génie ! J’en ai été ébloui. Ce billet n’a d’autre but que de t’en faire part. – Cela est d’une fantaisie transcendante. Cet amour dans une poi-trine maigre comme un oiseau dans une cage ! Superbe ! su-perbe !

Quant à tout le reste de ta bonne, longue et triste lettre, tu es un couillllon avec toutes sortes d’ailes mouillées. Mais j’espère la semaine prochaine refoutre un bâton dans le cul de ton énergie pour la faire se tenir belle et droite comme une poupée de Nuremberg.

***

Sais-tu qu’on vient de découvrir à Madagascar un oiseau gigantesque qu’on appelle l’Épiornis ? – Tu verras que ce se-ra Dinornis et qu’il aura les ailes rouges.

***

– 662 –

Fais-moi le plaisir aussitôt ton arrivée à Rouen de me faire parvenir un mot qui me dise le jour où je te verrai posi-tivement. – Car, de mardi soir à vendredi, j’en serai telle-ment troublé et impatient que je n’en vivrai pas. Tu connais mes manies.

Ma Bovary est sur le point immédiat d’être baisée et je cherche le mouvement dont j’ai la fin.

Je vais ce soir dîner chez Achille, dîner de sheik, le père Lormier, son épouse, Lormier fils et son épouse, cham-pagne ! anniversaire de la naissance de la maîtresse de la maison ! Fête de famille ! tableau.

Revenu ce soir à 10 heures, et un peu excité par les fu-mées du vin, j’espère trouver mon coït.

Adieu, pauvre vieux chéri, à bientôt. Je t’embrasse.

À toi.

 

À LOUIS BOUILHET

[Croisset, 26 décembre 1853.]

Journée pleine ! et que je m’en vais te narrer. J’ai vu Léonie, j’ai vu des sauvages, j’ai vu Dubuget, Védie, etc. Commençons par le plus beau, les sauvages.

 

– 663 –

Ce sont les Cafres dont, moyennant la somme de cinq sols, on se procure l’exhibition, Grande-Rue, 11. Eux et leur cornac m’ont l’air de mourir de faim, et la haute société rouennaise n’y abonde pas. Il n’y avait comme spectateurs que sept à huit blouses, dans un méchant appartement en-fumé où j’ai attendu quelque temps. Après quoi une espèce de bête fauve, portant une peau de tigre sur le dos et pous-sant des cris inarticulés, a paru, puis d’autres. Ils sont mon-tés sur leur extrade et se sont accroupis comme des singes autour d’un pot de braise. Hideux, splendides, couverts d’amulettes, de tatouages, maigres comme des squelettes, couleur de vieilles pipes culottées, face aplatie, dents blanches, œil démesuré, regards éperdus de tristesse, d’étonnement, d’abrutissement, ils étaient quatre et ils grouillaient autour de ces charbons allumés, comme une ni-chée de lapins. Le crépuscule et la neige qui blanchissait les toits d’en face les couvraient d’un ton pâle. Il me semblait voir les premiers hommes de la terre. Cela venait de naître et rampait encore avec les crapauds et les crocodiles. J’ai vu un paysage de je ne sais où. Le ciel est bas, les nuages cou-leur d’ardoise. Une fumée d’herbes sèches sort d’une cabane en bambous jaunes, et un instrument de musique, qui n’a qu’une corde, répète toujours la même note grêle, pour en-dormir et charmer la mélancolie bégayante d’un peuple idiot. Parmi eux est une vieille femme de 50 ans qui m’a fait des avances lubriques ; elle voulait m’embrasser. La société était ébouriffée. Durant un quart d’heure que je suis resté là, ce n’a été qu’une longue déclaration d’amour de la sauva-gesse à mon endroit. Malheureusement le cornac ne les en-tend guère et il n’a pu me rien traduire. Quoiqu’il prétende qu’ils sachent un peu l’anglais, ils n’en comprennent pas un mot, car je leur ai adressé quelques questions qui sont res-tées sans réponse. J’ai pu dire comme Montaigne : « Mais je

– 664 – fus bien empesché par la bêtise de mon interprète », lorsqu’il voyait, lui aussi, et à Rouen, des Brésiliens, lors du sacre de Charles IX.

Qu’ai-je donc en moi pour me faire chérir à première vue par tout ce qui est crétin, fou, idiot, sauvage ? Ces pauvres natures-là comprennent-elles que je suis de leur monde ? Devinent-elles que je suis de leur monde ? Devi-nent-elles une sympathie ? Sentent-elles, d’elles à moi, un lien quelconque ? Mais cela est infaillible. Les crétins du Va-lais, les fous du Caire, les santons de la haute Égypte m’ont persécuté de leurs protestations ! Pourquoi ? Cela me charme à la fois et m’effraie. Aujourd’hui, tout le temps de cette visite, le cœur me battait à me casser les côtes. J’y re-tournerai. Je veux épuiser cela.

J’ai une envie démesurée d’inviter les sauvages à déjeu-ner à Croisset. Si tu étais là, ce serait une très belle charge à faire. Une seule chose me retient et me retiendra, c’est la peur de paraître vouloir poser. Que de concessions ne fait-on pas à la crainte de l’originalité apparente !

Comme contraste, en sortant, j’ai rencontré Védie. Voilà les deux bouts de l’humanité ! Cela a complété mon plaisir. J’ai fait des rapprochements. Il m’a salué, en passant, d’un air dégagé.

Puis je trouvai Léonie grelottant de froid et charmante, excellente et bonne femme. Elle s’embête, m’a-t-elle dit, énormément. Elle n’a pas mis le pied dehors depuis trois semaines. J’y suis resté deux heures. Nous avons beaucoup devisé de l’existence. C’est une créature d’un rare bon sens et qui la connaît, l’existence. Elle me paraît avoir peu

– 665 – d’illusions ; tant mieux. Les illusions tombent, mais les âmes-cyprès sont toujours vertes. Ensuite visite à la biblio-thèque, neige épouvantable, perdition des bottes, coupe de cheveux chez Dubuget. Il porte maintenant des cols rabattus comme un barde de salon. Il m’a demandé si « j’éprouvais beaucoup d’intempéries au bord de l’eau », voulant appa-remment savoir s’il faisait très froid à la campagne. Quant à la calvitie, pas un mot, point le moindre trait. Je suis sorti soulagé d’un poids de 75 kilogrammes.

Au bas de la rue Grand-Pont, j’ai songé qu’il fallait me réchauffer par quelque chose de violent et, pensant fort à toi, et je dirai presque à ton intention, je suis entré chez Thillard où j’ai pris un « cahoé » avec un horrifique verre de fil en quatre, ce qui ne m’a pas empêché de parfaitement dîner chez Achille. Joli ordinaire chez ce garçon-là ! joli ! joli ! Pourquoi s’informe-t-il de toi avec un intérêt tel que j’en suis attendri ?

Je suis revenu à dix heures, couvert de mon tarbouch, enfoncé dans ma pelisse, toutes glaces ouvertes et fumant. La plaine de Bapeaume était comme une steppe de Russie. La rivière toute noire, les arbres noirs. La lune étalait sur la neige des moires de satin. Les maisons avaient un air d’ours blanc qui dort. Quel calme ! Comme ça se fiche de nous, la nature ! J’ai pensé à des courses en traîneau, aux rennes soufflant dans le brouillard et aux bandes de loups qui jap-pent derrière vous en courant. Leurs prunelles brillent à droite et à gauche comme des charbons, de place en place, au bord de la route.

Et ces pauvres Cafres, maintenant, à quoi rêvent-ils ?

 

– 666 –

Dans le numéro de la Revue de Paris du 15, à la chro-nique littéraire, diatribe contre « l’Art pour l’art ». « Le temps en est passé », etc. « On a compris », etc. Je te recommande, du sieur Castille, de jolis dialogues dans la dernière nou-velle : « Aspiration au pouvoir. » Quel langage ! quels mots !

Comment va cette pauvre Muse ? Qu’en fais-tu ? Que dit-elle ? Elle m’écrit moins souvent. Je crois qu’au fond elle est lasse de moi. À qui la faute ? À la destinée. Car moi, dans tout cela, je me sens la conscience parfaitement en repos et trouve que je n’ai rien à me reprocher. Toute autre à sa place serait lasse aussi. Je n’ai rien d’aimable et je le dis là au sens profond du mot. Elle est bien la seule qui m’ait aimé. Est-ce là une malédiction que le ciel lui a envoyée ? Si elle l’osait, elle affirmerait que je ne l’aime pas. Elle se trompe pourtant.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] mercredi, 11 h[eures] du soir.

[28 décembre 1853.]

Sais-tu ce que je viens de faire, depuis 2 h[eures] de l’après-midi, sans désemparer ? De classer, de ranger toute ma correspondance depuis quinze ans. J’en avais plein trois énormes boîtes et quatre cartons ! Je n’ai lu que les écritures qui m’étaient inconnues. Que de gens morts ! Combien il y en a aussi, d’oubliés ! J’ai fait là des découvertes très tristes, et d’autres très farces. Les yeux me piquent à force d’avoir feuilleté et j’ai les reins fatigués d’être resté si longtemps courbé. Mais voilà un bon débarras de moins ! Je pourrai

– 667 – maintenant commencer l’épuration avec méthode. J’ai brûlé beaucoup de lettres de Mme Didier et de la Sylphide à ton adresse. Je n’ai point retrouvé celle de Gagne. Où est-elle ? Il est vrai que je ne l’ai pas cherchée. – Les tiennes, cher amour, emplissent tout un carton. Elles sont à part avec les petits objets qui viennent de toi. J’ai revu la branche verte qui était sur ton chapeau, à notre premier voyage de Mantes, les pantoufles du premier soir, et un mouchoir à moi plein de ton sang. – J’ai bien envie de t’embrasser ce soir, je mets mes lèvres sur les tiennes, et je t’étreins du plus profond de moi-même, et partout. À la fin du mois prochain nous nous reverrons ! Voici une année qui vient. À l’autre jour de l’an, si je ne suis pas encore à Paris, j’y aurai du moins mon lo-gement, car je vois qu’il faudra s’y prendre de bonne heure à cause de l’Exposition. Du reste, la Bovary avance. La baisade est faite. – Et je la laisse, parce que je commence à faire des bêtises. Il faut savoir s’arrêter dans les corrections, d’autant qu’on ne voit pas bien les proportions d’un passage quand on est resté dessus trop longtemps. – J’attends B[ouilhet] avec anxiété pour lui lire ce qu’il ne connaît pas. – Sa der-nière lettre était des plus tristes. Ce que j’avais prévu arrive, Paris l’assombrit. Mais je m’en vais tâcher de lui remonter le moral, comme dirait mon pharmacien. À l’heure qu’il est, il doit être arrivé à Rouen et se livrer avec Léonie à des coïts violents et réitérés, à moins que la Sylphide ne lui ait pris tout son suc.

Rien n’est plus vrai que tout ce que tu dis dans ta der-nière lettre sur les femmes qui viennent chez toi. Sois sûre qu’elles sont toutes jalouses de ta personne et qu’au fond la Sylphide t’exècre. Cela est dans l’ordre. Elle fera tout son possible pour te brouiller avec B[ouilhet]. Les femmes ne veulent le partage de rien, et qui n’est pas à elles, complè-

– 668 – tement, est contre elles. Tu as tout ce qu’il faut pour te faire détester de ce sexe : beauté, esprit, franchise, etc. Pourquoi donc prends-tu toujours sa défense ? Il faut être du côté des forts.

Sois sans inquiétude, pauvre amie. Ma santé est meil-leure que jamais. Rien de ce qui vient de moi ne me fait de mal. C’est l’élément externe qui me blesse, m’agite, et m’use. Je pourrais travailler dix ans de suite, dans la plus austère solitude, sans avoir un mal de tête ; tandis qu’une porte qui grince, la mine d’un bourgeois, une proposition saugrenue, etc., me font battre le cœur, me révolutionnent. Je suis comme ces lacs des Alpes qui s’agitent aux brises des vallées (à ce qui souffle d’en bas à ras du sol) ; mais les grands vents des sommets passent par-dessus sans rider leur surface, et ne servent au contraire qu’à chasser la brume. – Et puis, ce qui plaît fait-il jamais de mal ? La vocation suivie patiemment et naïvement devient une fonction presque phy-sique, une manière d’exister qui embrasse tout l’individu. Les dangers de l’excès sont impossibles pour les natures exagérées.

***

J’ai reçu avec infiniment de plaisir la nouvelle de la chute de MM. Augier et Sandeau. Que ces deux canailles-là aient un raplatissement congru, tant mieux, charmant ! Je suis toujours charmé de voir les gens d’argent enfoncés. Ah ! gens d’esprit, qui vous moquez de l’art par amour des petits sous, gagnez-en donc, de l’argent ! Quand je songe que quantité de gens de lettres maintenant jouent à la Bourse ! Si cela n’est pas à faire vomir ! Quoique la Seine à cette heure soit froide, j’y prendrais de suite un bain pour avoir le plaisir

– 669 – de les voir crever de faim dans le ruisseau, tous ces misé-rables-là ! Rien ne m’indigne plus dans la vie réelle que la confusion des genres. Comme tous ces poètes-là eussent été de bons épiciers, il y a cent ans ! quand il était impossible de gagner de l’argent avec sa plume, quand ce n’était pas un métier (la colère qui m’étouffe m’empêche de pouvoir écrire – littéral). La mine de Badinguet, indigné de la pièce, ou plu-tôt de l’accueil fait à la pièce ! Hénaurme ! splendide ! Ce bon Badinguet ! qui désire des chefs-d’œuvre, en cinq actes encore, et pour relever les Français ! Comme si ce n’était pas assez d’avoir relevé l’ordre, la Religion, la famille, la proprié-té, etc., sans vouloir relever les Français ! Quelle nécessité ? Mais quelle rage de restauration ! Laissez donc crever ce qui a envie de mourir. Un peu de ruines, de grâce. C’est une des conditions du paysage historique, et social. Ce pauvre Au-gier, qui dîne si bien, qui a tant d’esprit, et qui me déclarait, à moi, « n’avoir jamais fourré le nez dans ce bouquin-là » (en parlant de la Bible) !

As-tu jamais remarqué comme tout ce qui est pouvoir est stupide en fait d’art ? Ces excellents gouvernements (rois ou républiques) s’imaginent qu’il n’y a qu’à commander la besogne et qu’on va la leur fournir. Ils instituent des prix, des encouragements, des académies, et ils n’oublient qu’une seule chose, une toute petite chose, sans laquelle rien ne vit : l’atmosphère.

Il y a deux espèces de littérature, celle que j’appellerai la Nationale (et la meilleure) ; puis la Lettrée, l’individuelle. Pour la réalisation de la première, il faut dans la masse un fonds d’idées communes, une solidarité (qui n’existe pas), un lien ; et pour l’entière expansion de l’autre, il faut la Liberté ! Mais quoi dire ? et sur quoi parler maintenant ? Cela ira en

– 670 – empirant. – Je le souhaite et je l’espère. J’aime mieux le néant que le mal, et la poussière que la pourriture.

Et puis l’on se relèvera ! l’aurore reviendra ! Nous n’y serons plus ? Qu’importe ?

***

Je suis navré de ce que tu me dis de ce pauvre et excel-lent Delisle ! Personne ne plaint plus que moi la gêne (il fau-drait écrire gehenne) matérielle. – Et devant ces misères j’ai l’air d’une canaille, moi qui suis à me chauffer devant un bon feu, le ventre plein, et dans une robe de soie ! Mais je ne suis pas riche. Oh si je l’étais, rien ne souffrirait autour de moi. J’aime que tout ce que je vois, tout ce qui m’entoure de près ou de loin, tout ce qui me touche enfin, soit bien et beau. Que n’ai-je cent mille francs de rentes ! Dans quel château nous vivrions tous ! – J’ai tout juste ce qu’il faut pour vivre hono-rablement, comme dit le monde (qui n’est pas difficile en fait d’honneur). Enfin c’est déjà beaucoup ! – Et je remercie le ciel, ou plutôt l’âge, de n’avoir plus les besoins de luxe que j’avais jadis. Mais je voudrais aider ceux que j’aime. Va, pauvre Muse, si quelqu’un a désiré pour sa maîtresse de l’argent, c’est bien moi. Que ne puis-je en avoir pour Delisle aussi, et pour Bouilhet, pour lui faire imprimer son volume, etc. Que puis-je faire pour Delisle ? Lui prendre de ses exemplaires ? Cela est impossible. Il saura que c’est nous. – Si tu trouves quelqu’un de sûr, et d’un secret inviolable, dis-le-moi !

Je ne t’ai point parlé de son Tigre ; j’ai oublié l’autre jour. – Eh bien, j’aime mieux Le Bœuf, et de beaucoup. Voici mes raisons. Je trouve la pièce inégale, et faite comme en

– 671 – deux parties. Toute la seconde, à partir de « Lui, baigné par la flamme… » est superbe. Mais il y a bien des choses dans ce qui précède que je n’aime pas. D’abord, la position de la bête qui s’endort le ventre en l’air, ne me semble pas natu-relle. Jamais un quadrupède ne s’endort le ventre en l’air.

La langue rude et rose va pendant

 

dur, et va pendant est exagéré de tournure. Ce vers :

Toute rumeur s’éteint autour de son repos,

 

est disparate de ton avec tout ce qui précède et tout ce qui suit. Ces deux mots rumeur et repos, qui sont presque méta-physiques, qui sont non imaginés, me semblent d’un effet mou et lâche, ainsi intercalés dans une description très pré-cise. Je vois bien qu’il a voulu mettre un vers de transition très calme et simple. Eh bien, alors, s’éteint est chargé, car c’est une métaphore, par soi-même. Ensuite, nous perdons trop le tigre de vue, avec la panthère, les pythons, la cantha-ride (ou bien alors il n’y en a pas assez, le plan secondaire n’étant pas assez long, se mêle un peu au principal et l’encombre). Musculeux, à pythons, ne me semble pas heu-reux ? sur les serpents, voit-on saillir les muscles ? le roi rayé, voilà un accolement de mots disparates : le roi (méta-phore) rayé (technique). Si c’est roi qui est l’idée principale, il faut une épithète dérivant de l’idée de roi. Si c’est rayé, au contraire, sur qui doit se porter l’attention, il faut un subs-tantif en rapport avec rayé, et il faut appeler le tigre d’un nom qui, dans la nature, ait des raies. Or un roi n’est pas rayé.

 

– 672 –

À partir de là, la pièce me semble fort belle.

Mais l’ombre en nappe noire à l’horizon descend

 

est bien ample, bien calme.

Le vent passe au sommet des bambous, il s’éveille Et. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

 

Superbe. Je n’aime pas à cette place, dans un milieu si raide, les nocturnes gazelles, pour dire : qui viennent pendant la nuit. C’est une expression latine ; n’importe, c’est trop pohétique à côté d’un vers aussi vrai que celui-ci :

Le frisson de la faim fait palpiter son flanc.

 

Quant aux quatre derniers, ils sont sublimes.

Je te prie de ne point lui faire part de mes impressions. Ce bon garçon est assez malheureux maintenant sans que mes critiques s’y joignent.

Et toi ? J’attends La Servante. Je te la renverrai épluchée.

C’est au mois de février, tu sais, enfin à mon prochain voyage, que je te ferai mon petit cadeau de jour de l’an ! Je t’envoie mille baisers.

Adieu, chère Louise. À toi.

 

– 673 –

Ton G.

 

P.-S. – Énault doit être splendide, depuis qu’il est revenu d’Orient. Nous allons avoir encore un Voyage d’Orient ! im-pressions de Jérusalem ! Ah ! mon Dieu ! descriptions de pipes et de turbans. On va nous apprendre encore ce que c’est qu’un bain, etc.

***

Mes compliments sur le sonnet. Mais quel est l’indécent ou l’indécente qui a composé le dernier vers ? On n’est ja-mais trop long. On ne peut être que trop gros.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Croisset,] mercredi soir [1853].

Pauvre bougre et cher ami, je te croyais parfaitement à Grenoble en train de faire respecter Thémis, et non aux An-delys, souffrant et cacochyme (si l’on peut s’exprimer ainsi). Voilà ce que c’est, mon bon, que de prendre les choses su-blunaires trop à cœur. Si tu eusses été philosophe, tu eusses épargné du mouvement à ta bile, du chagrin à ta famille, et beaucoup de désagrément à toi-même.

Et moi aussi, j’ai su ce que c’était que les nerfs. Si la sensibilité est une sorte de guitare que nous avons en nous-

– 674 – mêmes, et que les objets extérieurs font vibrer, on a tant ra-clé sur cette pauvre mienne guimbarde, que quantité de cordes en sont cassées depuis longtemps, et je suis devenu sage, parce que je suis devenu vieux. – Beaucoup de che-veux de moins vous refroidissent la cervelle : or, me voilà chauve.

Grand moutard ! fous-toi donc un peu plus doctorale-ment d’autrui, de ses opinions, de ses discours, – et de son estime même. Le seul moyen de rester tranquille dans son assiette, c’est de regarder le genre humain comme une vaste association de crétins et de canailles. Plaire à tout le monde est trop difficile. Pourvu qu’on se plaise à soi, c’est l’important, et la tâche bien souvent n’est déjà pas si aisée.

Quand te verra-t-on ? Quand viendras-tu ? toi, ta femme et Mme Leclerc, que ma mère sera fort aise de recevoir de nouveau ? Quant à t’aller voir, je ne peux te le promettre prochainement. Mais si tu ne pouvais venir (ce que je ne crois pas), j’irais un de ces jours, aux Andelys, m’assurer moi-même de ta parfaite convalescence, dont j’attends des nouvelles.

Adieu, vieux, mille amitiés à toi et pour tous les tiens. Je t’embrasse.

 

– 675 –

À LOUISE COLET

[Croisset,] lundi soir, 1 h[eure].

[2 janvier 1854.]

J’attends demain une lettre de toi, qui me dise que tu as reçu le volumineux paquet du Crocodile, qui a dû t’arriver hier matin. – Quant à La Servante, je ne sais si elle est à Rouen ? On y va assez difficilement maintenant à cause de la neige qui emplit les chemins, et comme la Seine est gelée et que les bateaux ne peuvent naviguer, nous sommes un peu à l’état de Robinsons. N’importe, j’espère bien mercredi au plus tard avoir ton paquet. Je le lirai avec soin, d’abord en masse, pour voir l’ensemble, puis en détail, puis en masse et je te ferai de longs commentaires, le plus expliqués pos-sible. J’y mettrai, pauvre chère Muse, tout mon cœur et tout mon esprit, n’aie aucune crainte.

J’ai eu B[ouilhet] vendredi soir, samedi et hier matin. Il reviendra mercredi pour jusqu’à la fin de la semaine. Nous n’avons guère jusqu’à présent eu le temps de causer de nous. Tout a presque été employé aux Fossiles et à la Bovary. – Il a été content de ma baisade. Mais, avant le dit passage, j’en ai un de transition qui contient 8 lignes, qui m’a deman-dé 3 jours, où il n’y a pas un mot de trop, et qu’il faut, pour-tant, refaire ! encore ! parce que c’est trop lent. – C’est un dialogue direct qu’il faut remettre à l’indirect, et où je n’ai pas la place nécessaire de dire ce qu’il faut dire, tout cela doit être rapide et lointain comme plan ! tant il faut que ce soit perdu et peu visible dans le livre ! – Après quoi, j’ai en-core trois ou quatre autres corrections, infiniment minimes, mais qui me demanderont bien toute l’autre semaine ! Quelle lenteur ! quelle lenteur ! N’importe, j’avance. J’ai fait

– 676 – un grand pas, et je sens en moi un allégement intérieur qui me rend tout gaillard, quoique ce soir j’aie littéralement sué de peine. C’est si difficile de défaire ce qui est fait et bien fait, pour fourrer du neuf à la place sans qu’on voie l’encastrement.

Quant aux Fossiles, je trouve cela fort beau, et continue à soutenir qu’il fallait s’y prendre de cette façon. Tout le monde, après Les Fossiles, eût fait une grande tartine lyrique sur l’homme ; mais l’homme a changé, et pour le prendre complètement, il faut suivre son histoire, le monsieur en ha-bit noir étant aussi naturel que le sauvage tatoué, il faut donc présenter les deux états et tout ce qu’il y a d’intermédiaire entre eux. Je crois que cette méthode était la plus forte, et la plus difficile surtout. – On eût pu sauter par-dessus l’homme complètement. Mais cela eût été une ficelle, une pose, un moyen très commode de faire de l’effet, et par une négation !

J’ai lu Les Abeilles que tu m’as envoyées. – C’est raide, d’idée surtout. – Et je trouve les mouches de Montfaucon splendides. Quant à L’Expiation, quel dommage que ce soit bâclé ! Tout le Waterloo est stupide, mais La Retraite de Rus-sie et Sainte-Hélène (à part des taches, nombreuses) m’ont plu et extrêmement. On eût pu faire de cela quelque chose d’aussi beau que Le Feu du ciel. – N’importe, ce bonhomme est un grand homme et un très grand homme. – Je suis maintenant dans des lectures bien diverses. D’abord, je me gaudys avec Pétrus Borel qui est Hénaurme. Je retrouve là mes vieilles phrénésies de jeunesse ! Cela valait mieux que la monnaie courante d’à présent. On était monté à un tel ton que l’on rencontrait quelquefois un bon mot, une bonne ex-pression. – Il y aurait, du reste, sur ce malheureux livre, une

– 677 – belle leçon à faire. Comme le socialisme perçait déjà ! Comme la préoccupation de la morale rend toute œuvre d’imagination fausse et embêtante ! etc. ! Je tourne beau-coup à la critique. Le roman que j’écris m’aiguise cette facul-té. – Car c’est une œuvre surtout de critique, ou plutôt d’anatomie. Le lecteur ne s’apercevra pas (je l’espère) de tout le travail psychologique caché sous la Forme, mais il en ressentira l’effet. – Et d’une autre part je suis entraîné à écrire de grandes choses somptueuses, des batailles, des sièges, des descriptions du vieil Orient fabuleux. J’ai passé jeudi soir deux belles heures, la tête dans mes mains, son-geant aux enceintes bariolées d’Ecbatane – On n’a rien écrit sur tout cela ! Que de choses flottent encore dans les limbes de la pensée humaine ! – Ce ne sont pas les sujets qui man-quent, mais les hommes.

À propos des hommes, permets-moi de te citer de suite, de peur que je ne les oublie, deux petites aimables anec-dotes. Premier fait : on a exposé à la morgue, à Rouen, un homme qui s’est noyé avec ses deux enfants attachés à la ceinture. La misère ici est atroce, des bandes de pauvres commencent à courir la campagne, les nuits. On a tué à Saint-Georges, à une lieue d’ici, un gendarme. Les bons pay-sans commencent à trembler dans leur peau. S’ils sont un peu secoués, cela ne me fera pas pleurer. Cette caste ne mé-rite aucune pitié ; tous les vices et toutes les férocités l’emplissent. Mais passons.

2e fait, et qui démontre comme quoi les hommes sont frères. On a exécuté ces jours-ci, à Provins, un jeune homme qui avait assassiné un bourgeois, et une bourgeoise, puis vio-lé la servante sur place, et bu toute la cave. Or, pour voir guillotiner cet excentrique, il est arrivé dans Provins, dès la

– 678 – veille, plus de dix mille gens de la campagne. Comme les au-berges n’étaient pas suffisantes, beaucoup ont passé la nuit dehors et ont couché dans la neige. L’affluence était telle que le pain a manqué. Ô suffrage universel ! Ô sophistes ! Ô char-latans ! Déclamez donc contre les gladiateurs et parlez-moi du Progrès ! Moralisez ! Faites des lois, des plans ! Réfor-mez-moi la bête féroce. Quand même vous auriez arraché les canines du tigre, et qu’il ne pourrait plus manger que de la bouillie, il lui restera toujours son cœur de carnassier ! Et ainsi le cannibale perce sous le bourgeron populaire, comme le crâne du Caraïbe sous le bonnet de soie noire du bour-geois. Qu’est-ce que tout cela nous fout ? Faisons notre de-voir, nous autres ; que la Providence fasse le sien !

***

Tu me dis que rien bientôt ne pourra plus t’arracher de larmes. Tant mieux, car rien n’en mérite, si ce n’est des larmes de rire, « pour ce que le rire est le propre de l’homme ».

***

B[ouilhet] me paraît très content de la Sylphide. Ils s’accouplent avec véhémence. Il est du reste peu exalté, c’est comme ça qu’il faut être. Laissez l’exaltation à l’élément musculaire et charnel, afin que l’intellectuel soit toujours serein. Les passions, pour l’artiste, doivent être l’accompagnement de la vie. L’art en est le chant. Mais si les notes d’en bas montent sur la mélodie, tout s’embrouille.

 

– 679 –

Aussi moi, gardant chaque chose à sa place, je vis par casiers, j’ai des tiroirs, je suis plein de compartiments comme une bonne malle de voyage, et ficelé en dessus, san-glé à triple étrivière. –

Maintenant je pose ton doigt à une place secrète, ta pensée sur un coin caché, et qui est plein de toi-même, et je vais m’endormir avec ton image et en t’envoyant mille bai-sers.

À toi. Ton G.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] mercredi soir. [4 janvier 1854.]

Qu’est-ce que B[ouilhet] me conte ? Je n’y comprends goutte ! Il me dit que tu te plains de n’avoir pas de lettres de moi, que je t’oublie, etc. Si je n’avais la tête vissée d’aplomb sur les épaules, voilà de ces choses qui me la feraient tour-ner. – En fait de lettres, celle-ci est la troisième, depuis ven-dredi. Or, à moins que de s’écrire tous les jours, je ne vois guère moyen de s’écrire plus souvent. Tu as dû avoir une lettre de moi samedi. – Dimanche le paquet du Crocodile, dont tu ne m’as pas même fait la gracieuseté de m’accuser réception. – Et ce matin tu as dû avoir encore une lettre écrite avant-hier. Si je n’ai rien mis dans le paquet de H[ugo], c’est qu’il était déjà fort gros. Cependant, pour ne point me borner au simple rôle de facteur, j’y avais intercalé un petit bout de papier sur lequel je t’embrassais. Muse ! Muse ! qu’as-tu donc ? Quel vent te souffle en tête ? Qu’est-

– 680 – ce qui t’agite si fort ? pourquoi ? Qu’y a-t-il de changé entre nous deux ?

À propos du Crocodile, je te préviens qu’il m’avertit lui-même de prendre garde. Un homme de Saint-Malo, dont il me cite le nom (Aubain), a été condamné à 3 ans de prison pour avoir été surpris ayant un volume des Poésies dans sa poche. Aussi je t’engage fort à n’en colporter aucune et à les garder pour toi. Je me doute parfaitement que tu ne suivras pas l’avis. Réfléchis-y cependant. On peut tout par le temps qui court et on n’a d’égard à rien, ni pour rien.

Je viens de passer ces trois jours-ci à faire quatre à cinq corrections qui m’ont beaucoup embêté. B[ouilhet] les juge finies. Mais il faut revoir tout cela à froid.

Samedi et dimanche se passeront pour moi à piocher La Servante. Tu auras mardi soir un volume de commentaires.

Rien de neuf ; dégel, pluie, brouillard. Le mois de janvier se passe pour moi sans visites, ce dont je bénis la Provi-dence.

Adieu, je t’embrasse.

À toi. Ton G.

 

– 681 –

LOUISE COLET À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris, 6 janvier 1854.]

Espérons qu’une affaire plus considérable me permettra de t’envoyer la somme que je te dois avant ton retour à Pa-ris ; tu me répètes si souvent que tu n’as pas d’argent, quoique tu saches ma misère, que tu me fais bien com-prendre que cette dette prolongée te gêne ; et ceci joint à ce qui s’est passé au sujet de la question de ta mère suffirait, conviens-en, pour former le nuage dont tu parles dans ta dernière lettre. Il serait bien difficile, ne fussions-nous que camarades, que de semblables choses n’altérassent pas l’affection et la confiance ; à plus forte raison en songeant à ce que je te suis.

Ce nuage donc, ce n’est point seulement ton absence qui la cause, quoiqu’elle m’épuise le corps et l’âme, mais une foule de motifs douloureux que tu ne sembles même pas comprendre. Au sujet de ta mère, quand Bouilhet…

… l’ont remué après ton voyage à Paris, tu m’écrivis : j’ai parlé toute la soirée de toi avec ma mère, elle t’apprécie, elle t’aime, elle veut te voir certainement à son premier voyage à Paris, c’est une question vidée. Puis quand j’ai vou-lu te parler à ce sujet la veille de ton départ tu m’as envoyée paître [?]. Et même anomalie au sujet des questions d’argent : dans la soirée que nous avons passée seuls, quand je t’ai parlé de mes soucis et de mes embarras à propos de ma chère enfant, tu m’as fait une offre de service et depuis lors, tu n’as cessé de me répéter que tu n’avais pas d’argent. Conviens que ce sont d’étranges contradictions. Toute ma chair et toute mon intelligence sont attirées et dominées par

– 682 – toi. Mais j’avoue que de semblables indélicatesses de procé-dés et de sentiments refoulent mon cœur et me font me de-mander ce qu’il y a dans le tien ? Ose le dire : ceci, que d’autres pensent peut-être sans te le dire, est encore une preuve d’amour. Si je ne t’aimais plus…

ces griefs… que… et que dédain…

à la place… ta seule crainte que Bouilhet n’en… à… ai-mer autant un autre ami.

(fin) Et maintenant je te donne bien ma parole d’honneur que je ne reviendrai pas plus sur ces questions-là que sur celle de ton…

Et j’apprends par B[ouilhet] qu’elle vient de passer à Pa-ris sans même songer à me faire cette visite qu’elle me de-vait (officiellement) à cause de l’hommage que je lui ai fait de mes livres et que son cœur devait la pousser à me faire à cause de l’amour plein d’abnégation que j’ai pour toi depuis trois ans, t’ouvrant ma maison, avec ma fille, mes amis que je te donne.

Quoique tu me susses malade au moment de son dé-part… souvent, quand tu dis certaines choses sur l’infériorité de la nature des femmes, tu ajoutes que cela ne peut m’atteindre et que je suis un homme. Il faut être conséquent et ne pas me faire alors des [?] qu’un ami ne souffrirait…

 

– 683 –

À LOUISE COLET

[Croisset,] nuit de lundi à mardi, 2 h[eures].

[9-10 janvier 1854.]

Je suis bien content, bonne Muse, de ce qui t’arrive. Nous en reparlerons plus au long et tu me donneras des dé-tails. (Mais je suis ce soir harassé, je viens de finir mes re-marques sur La Servante. J’y travaille depuis 1 h[eure], et j’y ai passé toute la journée et presque toute la nuit de samedi.)

Je te conjure seulement d’une seule chose, c’est, main-tenant que tu vas avoir un journal, de te bien tenir quant à tes amitiés et à tes haines. Pour la satisfaction d’un moment, ne te fais point d’ennemis. Cela m’amène à te parler de La Ser-vante. J’ai résumé en une page mes impressions générales. (Et mon commentaire est fait de façon que tu peux le mon-trer, pour demander conseil à quelque autre, si je te semble injuste.) Mais ici, en tête à tête, j’ai à te dire des choses in-times. Tu vas te révolter. Mais je serais une canaille si je dis-simulais ma pensée. – La voici, ma pensée :

Cette œuvre n’est pas publiable, telle qu’elle est. Et je te supplie de ne pas la publier.

Pourquoi insulter Musset ? que t’a-t-il fait ? Qu’est-ce que ça te regarde ? Qui donc nous a sacrés censeurs ? Tu lui reproches des Fantômes ; mais rappelle-toi ta pièce des Fan-tômes (première version !). Soyons indulgents, gardons nos fautes pour nous. – Espères-tu le corriger ? Ce pauvre garçon n’a jamais cherché à te nuire ? pourquoi veux-tu lui rendre un mal plus grand que celui qu’il t’a fait ?

 

– 684 –

Pense à la postérité et contemple la piètre mine qu’y font tous les insulteurs de grands hommes. Quand Musset sera mort, qui saura qu’il s’est saoulé, qu’il battait sa cham-brière ? La postérité est très indulgente pour ces crimes-là. Elle pardonne presque à J[ean]-Jacques d’avoir mis ses en-fants à l’hôpital ! Et puis en quoi cela nous regarde-t-il ? De quel droit ?

Ce poème est une mauvaise action , et tu en as été punie, car c’est une mauvaise œuvre. Tâche de lire mes notes, froi-dement. Si elles t’indignent trop, garde ces pages et relis-les dans 6 mois, un an (attends pour publier), et tu verras que je ne suis que juste. L’élément particulier, relatif, le petit fait qui t’avait frappée, a nui à la conception du caractère de Ma-riette elle-même. En acceptant les caractères tels que tu les donnes, ils sont faits sans art ! Tu as écrit tout cela avec une passion personnelle qui t’a troublé la vue sur les conditions fondamentales de toute œuvre imaginée. L’esthétique est absente. – Je t’assure qu’à part des morceaux lyriques et quelques descriptions ce poème est faible, et ennuyeux sur-tout.

Tu as fait de l’art un déversoir à passions, une espèce de pot de chambre où le trop-plein de je ne sais quoi a coulé. – Cela ne sent pas bon. Cela sent la haine.

Ainsi je trouve cette œuvre mauvaise d’intention, mé-chante, et mal exécutée.

Quant au côté du public, il sera révolté, et bien plus que moi. Il y a là-dedans une éternelle préoccupation de la chair, de l’amour, tant de fois « débauche, impur, courtisane, or-

 

– 685 – gies ! », que cela passera pour un mauvais livre, malgré la prétention à intentions vertueuses.

Tu auras des engueulades gratuites, on te dira des gros-sièretés, des personnalités (si La Servante était un chef-d’œuvre, ah ! très bien ! mais tant s’en faut !). Et tu auras le dessous. Car tu t’attaques à plus fort que toi. Quand même il ne répondrait rien, il aura pour lui et avec lui toutes les femmes de théâtre que tu injuries grossièrement et les amants de ces dames qui tiennent les journaux.

Et s’il répondait par hasard ? s’il se réveillait ? s’il faisait rien qu’une chanson qui te couvrît de ridicule ? Rappelle-toi la malheureuse histoire du couteau, et combien cela t’a nui ! – Il faut bien te dire toutes ces choses, quoique à l’heure qu’il est, je doive en être rouge ! Mais tu ne profites de rien ! Tu prends le monde à rebours ! Et tu fais des confusions perpé-tuelles de la vie et de l’art, de tes passions et de ton imagina-tion, qui nuisent à l’un et à l’autre.

Sois sûre que ce que je pense d’autres le pensent et n’osent te le dire .

Supplie Babinet ou Delisle, ou plutôt tous les deux, de lire chez eux ton poème (ne leur donne pas mon commen-taire, si tu veux) et de te dire ensuite bien franchement, et sur leur honneur, ce qu’ils en pensent sous le rapport de la convenance et de l’exécution. Fais cela sincèrement, et sans quêter d’éloges : tu verras ce qu’ils répondront. – Et qu’ils me remercieront ensuite pour t’avoir donné ce conseil.

Voici ce que je ferais à ta place :

 

– 686 –

Comme il y a dans La Servante des choses très bonnes, excellentes même, des endroits de génie, qu’il ne faut pas je-ter au néant, je reprendrais tout pas à pas. Je supprimerais les longueurs, je changerais le caractère de Lionel de façon qu’il ne ressemblât pas à Musset, et pour cela j’en ferais un poète catholique. – J’aurais soin de faire progresser les carac-tères de Lionel et de Mariette. Car c’est là un défaut capital, et d’où vient la monotonie du livre. La situation y est tou-jours la même ! Et je raccourcirais, je raccourcirais ! Songe donc ce que c’est qu’un poème de 2 mille vers ! Il faut re-penser cela d’un bout à l’autre.

***

J’ai maintenant rempli mon devoir. Comprends-tu qu’il m’ait été pénible ? Rappelle-toi avec quelle joie j’ai salué La Paysanne, pour me pardonner et pour comprendre ces 40 pages que je t’envoie.

Adieu. Mille tristes tendresses.

À toi, ton G.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] vendredi soir, 1 h[eure].

[13 janvier 1854.]

Tu ne me parles pas dans ton petit mot de ce matin, chère Louise, de la résolution que tu as prise relativement à

– 687 –

La Servante. J’attendais pourtant ta réponse avec anxiété. Voici pourquoi : c’est que, quoique ayant bien réfléchi avant de t’écrire une aussi dure lettre, j’ai encore réfléchi après, et j’ai presque balancé à te l’envoyer. Je me demandais : « Me suis-je trompé ? Cela se peut ? » Non, non, pourtant. Je crois que mes notes et ma lettre ont été dictées par le bon sens le plus grossier qui ait jamais arrangé des mots. Et au risque de te blesser (il y avait de quoi), j’ai cru faire mon devoir, de toutes façons, en te déclarant ces choses. – Si ton avis est autre que le mien, nous n’avons pas besoin d’y revenir. Nous ne nous convaincrons pas. Dans le cas contraire, je ne pour-rai que t’admirer du sacrifice. Mais je voudrais que tu com-prisses bien mes raisons. Elles sont bonnes, je crois. En tout cas, s’il te reste quelque doute, d’une manière ou d’une autre, ne t’en rapporte ni à toi, ni à moi, ni à Bouilhet. – Consulte Leconte, Babinet, Antony Deschamps, etc., et ex-pose-leur mes motifs.

Tu me pries, dans le billet de ce matin, de répondre à ta lettre de vendredi dernier. Je viens de la relire. Elle est là tout ouverte sur ma table. Comment veux-tu que j’y ré-ponde ? Tu dois me connaître aussi bien que moi-même, et tu me parles de choses que nous avons traitées cent fois et qui n’en sont pas plus avancées, pour cela. Tu me reproches, comme bizarres, jusqu’aux mots de tendresse que je t’envoie dans mes lettres (il me semble pourtant que je ne fais pas grand abus de sentimentalités). Je m’en priverai donc encore davantage, puisque « cela te serre la gorge ». – Revenons ; recommençons. Je vais être catégorique, explicite.

1° De ma mère. Eh bien, oui ! c’est cela. Tu l’as deviné. C’est parce que j’ai la persuasion que, si elle te voyait, elle serait très froide avec toi, peu convenable, comme tu dis,

– 688 – que je ne veux pas que vous vous voyiez. D’ailleurs, je n’aime pas cette confusion, cette alliance de deux affections d’une source différente (quant à elle, tu peux t’imaginer la femme d’après ce trait. Elle n’irait pas sans invitation chez son fils aîné). Et puis, d’ailleurs, à quel titre irait-elle chez toi ? Quand je t’avais dit qu’elle y viendrait, j’avais surmonté pour te plaire un grand obstacle, et parlementé pendant plu-sieurs jours. – Tu n’en as tenu compte, et tu es venue, sans propos, réentamer une chose irritante, une chose qui m’est antipathique, qui m’avait demandé de la peine. – C’est toi, la première, qui as rompu. Tant pis. – Et puis, je t’en supplie encore une fois, ne te mêle pas de cela. Quand le temps et l’opportunité se présenteront, je saurai ce que j’aurai à faire. – Je trouve ta persistance, dans cette question, étrange. Me demander toujours à connaître ma mère, à me [sic] présenter chez elle, à ce qu’elle vienne chez toi, me paraît aussi drôle que si celle-ci voulait à son tour que je n’allasse pas chez toi, que je cessasse de te fréquenter, parce que, parce que, etc. Et je te jure bien que si elle s’avisait, elle, d’ouvrir la bouche sur ces matières, elle ne serait pas longue à la refermer, sa bouche. Autre question : à savoir la financière. Je ne boude pas du tout, je ne cale pas, je ne cache nullement mes gros sous (quand j’en ai), et il est peu de gens aussi maigrement rentés que moi qui aient l’air si riche (j’ai l’air riche, c’est vrai) – et c’est un malheur, car je peux passer pour avare. Tu sembles me considérer comme un ladre, parce que je n’offre pas, quand on ne me demande pas. Mais quand est-ce que j’ai refusé ? (On ne sait pas quelquefois tous les embêtements que j’ai subis, pour obliger les autres !) Je n’ai pas ces « élans de générosité qu’on aurait soi-même », dis-tu ? Eh bien, moi, je dis que ce n’est pas vrai, et que j’en suis ca-pable. – Mais je m’illusionne étrangement, sans doute ? Du

 

– 689 –

Camp n’affirmait-il pas, aussi, que j’avais les cordons de la bourse rouillés ?

Je me résume. Je t’ai dit : que je t’obligerais toujours, puis je répète que je n’ai pas le sou. Cela te semble louche. Mais je ne nie rien, et je répète encore en m’expliquant : c’est vrai, je n’ai pas le liard (ainsi, pour aller jusqu’au mois de février, j’ai 20 fr[ancs]. Crois-tu que, si je pouvais, je n’achèterais pas 100 ex[emplaires] du vol[ume] de Leconte, etc. ?). Mais il faut avant tout payer ses dettes. Or, sur 2 mille fr[ancs] que j’ai à toucher cette année, j’en dois déjà près de 1 200. – Compte en plus les voyages à Paris ! L’année prochaine, pour habiter Paris, j’entamerai largement mon capital. Il le faudra. Je me suis fixé une somme. – Une fois cette somme mangée, il me faudra re-vivre comme maintenant, à moins que je ne gagne quelque chose, suppo-sition qui me paraît absurde.

Mais, mais ! note bien ce mais, s’il t’en fallait, je t’en trouverais tout de même, dussé-je mettre l’argenterie de la maison au Mont-de-Piété. Comprends-tu maintenant ?

Continuer : partie 17 sur 30