Correspondance - Tome II
À Louise Colet ................................................................ 142
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 30 parties.
– 1159 – rail pour lui donner l’extrême-onction, la pauvre fille en fût morte de peur. Heureusement que le prêtre que j’avais fait venir lui épargna cette agonie, car c’était une véritable in-quisition, sans moi, elle eût été torturée. Enfin, elle expira le 17 mai par une belle soirée au crépuscule, j’étais là, on ne l’aurait pas dite malade, ses yeux étaient brillants, son teint animé, elle ne me répondait plus, on me fit sortir, on m’emmena à ma maison de ville, j’y entrai à minuit, il y avait deux ans qu’elle n’avait été habitée, le jardin était abandonné, inculte, là, je retrouvai mille souvenirs de ma mère et d’Agathe, de mon père, de toute ma vie passée, je suis restée là un mois et demi pleurant, lorsque je le pou-vais ; trois semaines après la mort d’Agathe, un de mes pa-rents, un ami d’enfance qui venait de m’écrire, est mort en 5 jours, ce chagrin a ajouté à celui que j’avais déjà. Enfin, une dame qui habitait chez moi depuis huit ans avec son en-fant est partie pour Paris tout à coup, sans amitié, sans re-connaissance, car depuis huit ans, j’avais pourvu à tous ses besoins, à ceux de son fils dont je payais la pension. Elle me jouait une heure de piano de temps en temps, c’est le seul service qu’elle m’ait jamais rendu. Son départ, dans un mo-ment où j’avais tant de chagrins, m’a fait beaucoup de peine. Je suis revenue à la campagne depuis 15 jours, hier seule-ment je suis rentrée dans la chambre d’Agathe, j’ai beaucoup pleuré, son lit vide, sa broderie commencée, elle me disait : demain j’y travaillerai ! demain ! ce lendemain n’est jamais venu ; enfin tous les détails de sa triste vie, moins elle ! J’ai vu par la pensée le cercueil où on l’a emportée de chez moi pour n’y plus revenir. Ma maison me semble déserte, toutes mes habitudes sont changées, elle me suivait comme mon ombre. On m’a dit qu’il fallait faire un inventaire des pauvres hardes d’Agathe, le tout à mes frais ; elle me devait 4 mille fr[anc]s sans compter le médecin et les soins que j’ai géné-
– 1160 – reusement récompensés, des personnes amies seules l’ont veillée et approchée, même après sa mort, de tels services sont impayables. Son père a déclaré qu’il ne voulait rien payer, pas même de petites dettes. Il a deux fois plus de for-tune que moi, j’aurais tout donné pour ma pauvre Agathe. Toute ma demi-année de revenus y a passé, cela m’est égal, je vais emprunter. Agathe a laissé un testament, elle donnait tout à M. Rousseau, je lui remettrai les objets qu’elle possé-dait, dussé-je les racheter, je le lui avais promis. Après sa mort, on a ôté les lettres et les portraits de M. Rousseau, se-lon son désir. J’ai trouvé dans ses livres de piété des notes et un mémoire qui prouvent combien elle était malheureuse. Pour moi, j’ai été si frappée, qu’il m’a semblé que je n’aimais plus rien sur la terre, que tout ce que j’avais aimé n’était qu’illusion, un songe, et que n’aimant rien, je ne devais rien retrouver de ceux que j’avais aimés au-delà. Enfin, j’ai été insensible à l’affection de ceux que j’avais le plus aimés et rien encore ne m’avait autant désespérée. On m’offre à Paris une maison meublée aux Champs-Élysées pour 900 fr[anc]s par mois, des amis m’invitent à y aller, j’ai choisi Nantes, c’est plus près, mais je n’ai pas encore de maison et n’en trouve pas où je voudrais. Je n’ai ni désir, ni volonté, tout m’est égal. Je ne puis écrire, ni travailler. Avez-vous reçu La Légende de Pâquerette que je vous avais adressée avant votre départ à Paris pour mettre dans La Presse ?
Adieu, mon cher correspondant, ne m’oubliez pas. Votre amie dévouée
M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.
– 1161 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset, 31 juillet 1858.]
Chère Carolo,
J’espère avoir demain une lettre de toi ou de ta bonne maman un peu plus claire que celle qui m’arrive, car je ne sais pas si vous arrivez demain à la Bouille, oui ou non, ni à quelle heure. Et je suis fort embarrassé, ayant peur de faire un voyage inutile, ou bien d’aller là-bas et de ne trouver per-sonne. En cas de silence je n’irai point et je ne vous atten-drai que lundi. Mais écrivez-moi l’heure où il faut que mon individu soit planté sur le quai, prêt à vous recevoir.
Zélie Croix-Marre et sa sœur arrivent à l’instant pour déjeuner, et affamées.
Adieu, mon pauvre bibi. Tu m’as écrit l’autre jour une gentille lettre à laquelle je ne réponds pas trop bien. N’importe, il me reste encore le temps de te bécoter.
Ton vieux.
À EUGÈNE DELATTRE
[Croisset,] 1er août [1858].
Grand Juriste !
– 1162 –
J’ai reçu les numéros de L’Audience et je me délecte dans les Voyageurs et expéditeurs en chemin de fer. J’admire surtout le bourgeois qui avait fait du cadavre de sa femme un colis !!! Mais dans la liste des objets que M. *** emporte en va-cances, tu aurais dû mettre parmi les objets de première né-cessité plusieurs g… pour ses cousines, et parmi les bons au-teurs, de Sade, Delattre, etc.
Plaisanterie à part, c’est instructif et amusant ; utile dulci me paraît être ta devise. J’attends la suite, ou plutôt le vo-lume entier pour juger de l’ensemble. Ne crains pas de faire revenir Prudhomme et soigne-le ! il a de bonnes choses à dire à propos des accidents ; il doit croire qu’en cas d’explosion, on serait moins exposé aux premières qu’aux secondes, etc. !
J’ai trouvé ici, à mon retour, une mirifique épître de ta Seigneurie (qui m’a été je crois renvoyée de Tunis). Je t’en remercie bien. Elle était ornée de la signature de Foulongne. Serre-lui les pattes de ma part.
Si tu pouvais me trouver le Code civil des Carthaginois, tu serais bien aimable. C’est là ce qui me manque ; et puis bien d’autres choses, encore !
Adieu, mon vieux, porte-toi bien, amuse-toi bien ! Tu vas sans doute aller dans ta patrie, te reposer de tes travaux judiciaires, déposer un peu ta toque pour le panama et dé-pouiller la robe noire de l’orateur pour endosser la veste en velours du Nemrod départemental. Eh bien, sème partout les bons principes ! éduque la province, nom de Dieu ! Élève ton voyage à la hauteur d’une mission sociale ! Terrifie les bour-geois par tes extravagances, et désole ta famille par tes dis-
– 1163 – cours ! Si on t’invite à dîner en ville, empiffre-toi ! et rote au dessert ! On se fâchera peut-être ? N’importe ! Tu répon-dras ; « C’est le genre de Paris. » Caresse les servantes, prends le c… aux dames, excite les adolescents […] et les villageois à la bestialité ! En un mot, sois canaille, c’est le moyen de plaire !
Sur ce, on se donne rendez-vous au mois de novembre, à Hélène Peyron.
À toi.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] lundi, 4 h[eures].
[9 août 1858.]
Qu’est-ce que ça veut dire ? es-tu malade ? as-tu reçu ma lettre ?
Je t’avais écrit, mercredi dernier, de la part de ma mère pour te dire que : elle vous attendait l’un et l’autre et vous réitérait son invitation. N’était-ce pas une chose convenue ? Qu’y a-t-il donc ? – Il fait beau, maintenant. Arrivez !
Si samedi prochain, au plus tard, je n’ai pas, chez moi, M. et Mme Feydeau à dîner, je prends un pseudonyme et je déblatère contre Fanny et son auteur dans les feuilles.
En attendant, je t’embrasse, mon cher neveu.
– 1164 –
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] mercredi matin. [11 août 1858.]
Mon bon,
Voici l’heure des trains. Lequel prendrez-vous ? Dis-le-moi afin que je sois là à mon petit poste, à vous attendre.
Enfin ! nom d’un petit bonhomme, nous allons nous voir !
Ton billet de ce matin nous a rassurés. Mais c’était de ma faute, j’en conviens. Ma mère avait peur que Mme Feydeau ne fût malade.
À samedi, chère épouse !
Votre oncle.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] samedi soir. [28 août 1858.]
Mon vieux Brrrrûlant,
Si je ne t’ai pas écrit, c’est que je n’avais absolument rien à te dire.
– 1165 –
Je travaille comme quinze bœufs. J’ai bientôt, depuis que je ne t’ai vu, fait un chapitre, ce qui est énorme pour moi. Mais que j’ai de mal ! Me saura-t-on gré de tout ce que je mets là-dedans ? J’en doute, car le bouquin ne sera pas divertissant, et il faudra que le lecteur ait un fier tempéra-ment pour subir 400 pages (au moins) d’une pareille archi-tecture.
Au milieu de tout cela, je ne suis pas gai. J’ai une mau-vaise humeur continue. Mon âme, quand je me penche des-sus, m’envoie des bouffées nauséabondes. Je me sens quel-quefois triste à crever. Voilà !
Ce qui n’empêche pas de hurler du matin au soir à me casser la poitrine. Puis le lendemain, quand je relis ma be-sogne, souvent j’efface tout et je recommence ! Et ainsi de suite ! L’avenir ne me présente qu’une série indéfinie de ra-tures, horizon peu facétieux.
Tu féliciteras de ma part ce bon Théo sur sa croix d’officier ; je ne lui ai pas écrit par bêtise ; et tu lui diras que je pense souvent à lui et que je m’ennuie de ne pas le voir. Ce qui est vrai.
Tu m’envoies des nouvelles des arts, je vais en revanche t’envoyer des nouvelles de la campagne.
Le boulanger de Croisset a pour l’aider dans la confec-tion de ses pains un garçon de forte corpulence. Or le maître et le domestique s’… Ils se pétrissent à la chaleur du four. Mais (et ici le beau commence) le susdit boulanger possède une épouse et ces deux messieurs non contents de se…, fou-tent des piles à la malheureuse femme. On bûche dessus par
– 1166 – partie de plaisir et en haine du c… (système Jérôme) si bien que la dame en reste quelquefois plusieurs jours couchée. Hier cependant, elle a commencé à leur riposter à coups de couteau et ils ont aux bras des effilades effroyables. Telles sont les mœurs des bonnes gens de la campagne. C’est ex-trêmement joli.
Répète-moi ce que la Présidente t’a dit sur mon compte, je tiens à le savoir.
J’ai reçu l’article de La Presse, il y avait mieux à dire. Si je ne connais guère de livre qui me plaise, il en est de même des critiques. Comme tout est bête, miséricorde !
Tu me demandes ce que je fais : j’ai lu depuis quinze jours, sans interrompre mon travail et pour lui, six mémoires de l’Académie des Inscriptions, deux volumes de Ritter, le Chanaan de Samuel Bochart et divers passages dans Dio-dore. Mais il est impossible que j’aie fini avant deux ans au plus tôt, et encore on se foutra de moi, n’importe ! Je crois que ce sera une tentative élevée et, comme nous valons plus par nos aspirations que par nos œuvres, et par nos désirs que par nos actions, j’aurai peut-être beaucoup de mérite ; qui sait ?
– 1167 –
À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
[Croisset, 4 septembre 1858.]
Vous devez me trouver bien oublieux, chère Demoiselle. Excusez-moi, je travaille en ce moment-ci énormément. Je me couche tous les soirs exténué comme un manœuvre qui a cassé du caillou sur les grandes routes. Voilà trois mois que je n’ai bougé de mon fauteuil que pour me plonger dans la Seine, quand il faisait chaud. Et le résultat de tout cela consiste en un chapitre ! pas plus ! Encore n’est-il pas fini. J’en ai encore au moins une dizaine à faire, je ne sais rien du dehors et ne lis rien d’étranger à mon travail. Il est même probable que je n’irai guère à Paris cet hiver. Je laisserai ma mère y aller seule. Il faudra pourtant que je m’absente au mois de novembre une quinzaine de jours, à cause des répé-titions d’Hélène Peyron, un nouveau drame de mon ami Bouilhet, qui sera joué à l’Odéon. À propos de mes amis, avez-vous lu Fanny, par E. Feydeau ? Je serais curieux de savoir ce que vous en pensez.
Maintenant que j’ai parlé de moi, parlons de vous.
Vous m’avez envoyé une bien belle lettre la dernière fois. L’histoire de Mlle Agathe m’a navré ! Pauvre âme ! comme elle a dû souffrir ! Vous devriez écrire cela, vous qui cherchez des sujets de travail. Vous verriez quel soulage-ment se ferait en votre cœur, si vous tâchiez de peindre celui des autres.
Le conte que j’ai reçu de vous au mois d’avril n’a pas été remis à La Presse, parce qu’il m’est arrivé la veille ou l’avant-veille de mon départ. Il est resté à Paris dans mon tiroir ; je
– 1168 – sais d’ailleurs qu’on le refuserait à cause du sujet, qui ne con-vient pas aux exigences du journal. J’essayerai, cependant.
Pourquoi ne travaillez-vous pas davantage ? Le seul moyen de supporter l’existence, c’est de s’étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle. Le vin de l’Art cause une longue ivresse et il est inépuisable. C’est de pen-ser à soi qui rend malheureux.
J’ai été bien impressionné par le massacre de Djedda et je le suis encore par tout ce qui [se] passe en Orient. Cela me paraît extrêmement grave. C’est le commencement de la guerre religieuse. Car il faut que cette question se vide ; on la passe sous silence et au fond c’est la seule dont on se soucie. La philosophie ne peut pas continuer à se taire ou à faire des périphrases. Tout cela se videra par l’épée, vous verrez.
Il me semble que les gouvernements sont idiots en cette matière. On va envoyer contre les musulmans des soldats et du canon. C’est un Voltaire qu’il leur faudrait ! Et l’on criera de plus belle au fanatisme ! À qui la faute ? Et puis, tout dou-cement, la lutte va venir en Europe. Dans cent ans d’ici, elle ne contiendra plus que deux peuples, les catholiques d’un côté et les philosophes de l’autre.
Vous êtes comme elle, vous, comme l’Europe, – déchi-rée par deux principes contradictoires, et c’est pour cela que vous êtes malade.
– 1169 –
MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
À GUSTAVE FLAUBERT
[Angers,] ce 5 septembre 1858.
Il y a bien longtemps, mon cher correspondant, que je n’ai reçu un mot de souvenir, de votre part. Je pense que vous êtes si occupé de votre roman, que je me reprocherais de vous faire perdre un instant à m’écrire, malgré tout le dé-sir que j’ai d’avoir de vos nouvelles. Pour moi, je ne vous oublie point, ma pensée se reporte sur vous bien souvent dans mes peines et dans mes angoisses. Tout semble com-biné pour me faire du mal, j’ai vu mourir encore l’enfant de mon filleul, c’était celui (le filleul) de ma pauvre Agathe ; cet enfant avait 5 mois déjà, je l’aimais, il me souriait et com-mençait déjà à me connaître. Le désespoir de la mère et du père m’a fait bien de la peine. Je ne puis accepter la vie dans un monde où il faut souffrir et mourir ; on a beau dire que la souffrance et la mort sont un bien, conformément aux lois générales, ces deux choses me semblent un acte de cruauté, qui ferait douter de la bonté de Dieu. Je suis plus que jamais incertaine et tourmentée de vertiges, relativement aux ob-servances du catholicisme. Je puis à peine prier, je me sens morte de cœur et d’âme, insensible à tout, sans désir, sans volonté, indifférente envers ceux que j’aimais le mieux. Je suis malade aussi de corps. Je ne sais plus ce qui pourrait me secourir, je ne l’espère plus. J’ai commencé l’Essai sur l’entendement humain de Leibnitz, cela m’intéresse beau-coup, mais souvent je ne le comprends pas. Je veux lire sa Théodicée. J’ai là L’Oiseau et L’insecte, ces deux livres ont toute ma sympathie. Quand lirai-je quelque chose de vous ? et quand vous verrai-je ? J’ai reçu une lettre de M. Rousseau-Lagrave qui est aux États-Unis, il paraît regret-
– 1170 – ter beaucoup ma pauvre Agathe, j’ai bien pleuré en lisant l’expression de ses regrets. Le père d’Agathe ne lui a survécu qu’un mois ; si Agathe eut hérité, 24 heures après son testa-ment, M. Rousseau héritait d’elle de 150 mille francs. Avez-vous reçu La Légende de Pâquerette ? que je vous avais adressée d’après l’offre obligeante que vous m’aviez faite de publier cette légende ?
Adieu, mon cher correspondant et ami, votre dévouée
M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.
MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
À GUSTAVE FLAUBERT
[Angers,] dimanche 12 septembre 1858.
Vous n’avez pas besoin d’excuses auprès de moi, cher Monsieur, votre silence est sans doute une privation pour moi, mais jamais je ne songerai à vous faire un reproche. Votre temps est trop précieux pour que je veuille en distraire quelque peu à mon profit. Vous avez raison, se plonger dans la littérature, c’est la vie, car c’est une de ces passions inno-centes qui peuvent tourmenter, mais qui, du moins, ne lais-sent jamais de remords. Je me fais une fête de lire votre œuvre si Dieu me prête vie, je crains que ce ne soit bien long à paraître, vous êtes trop difficile, laissez votre inspiration [sic], et ce sera beau et bon. Je ne puis oublier Madame Bo-vary, elle a laissé dans mon âme une ineffaçable empreinte, la vérité seule peut causer de telles impressions. Nos lettres
– 1171 – se sont croisées. Vous me dites d’écrire, c’est bien, mais il me faut un but. Je ne puis travailler sans avoir le débit de mon travail. Je voudrais avoir un journal littéraire qui prît au moins chaque mois un de mes articles. J’écris pour de mal-heureux petits journaux de mode, cela ne me convient point. J’avais fait pour un concours historique un précis de la Guerre de Trente Ans très court et qui devait être inséré au Journal, le concours n’a pas eu lieu, le journal a été vendu, le nouveau directeur m’a demandé de nouveau ma collabora-tion, il a inséré une de mes biographies, mais il a refusé ma Guerre de Trente Ans comme travail trop sérieux et cela m’avait donné tant de peines et coûté tant de recherches ! Jugez de mon ennui ! Vous croyez que La Légende de Pâque-rette ne convient point à La Presse, mais souvent j’y lis de pe-tites nouvelles qui ne valent pas mieux et même moins que ma légende. Au reste, je ne tiens pas plus à La Presse qu’à un autre journal. Je préférerais un journal littéraire. Puisque vous avez été assez bon pour vouloir me rendre service en me plaçant quelques articles, dites-moi si vous pouvez me placer la légende que je vous ai envoyée à une feuille quel-conque, autrement je la placerai ailleurs. Si vous croyez qu’une nouvelle ou roman de 72 pages que j’ai en ce mo-ment puisse se placer, je vous l’enverrai, ou même mon pré-cis historique. Je sais qu’on ne vous refusera rien, votre nom est un sûr garant de toute acceptation ; quand on a votre ta-lent, votre célébrité, tout est possible. Cependant, je vou-drais être certaine d’une insertion prompte et savoir que je n’éprouverais pas de refus, cela me serait très désagréable, je préférerais m’abstenir. Je viens de demander Fanny, nos libraires ne l’ont point encore. Je le lirai et vous dirai mes impressions après cette lecture. Je lis toujours Leibnitz, j’ai là L’Oiseau et L’Insecte de Michelet, c’est charmant. J’écris d’inspiration, mais ne puis prendre un sujet qui me touche
– 1172 – de près. La souffrance, la mort, cela peut s’accepter idéalisé, mais lorsqu’on arrive à la réalité, c’est horrible, c’est af-freux ! Ma pauvre Agathe, je la vois toujours, chaque matin j’ouvre sa chambre, j’y fais ma prière, je pense à ma mère morte aussi dans cette même chambre, il me semble que quelque chose d’elles deux me parle intérieurement. Elles m’aimaient trop pour ne pas m’aimer et me secourir encore, et moi je les aime trop pour ne pas encore communiquer de cœur et d’âme avec elles. Je ne crois pas non seulement à une séparation éternelle, mais je pense qu’elle ne peut être absolue, même quand la transformation de notre être semble nous séparer et nous sépare sur cette terre. Je soigne les fleurs du jardin à ma pauvre Agathe, je mets à manger aux oiseaux qu’elle nourrissait sur sa fenêtre, comme si elle était là. Les hirondelles sont parties, elle les avait vues arriver, moi je vois leur départ, les verrai-je revenir ? Les feuilles des tilleuls qui ombragent sa fenêtre étaient en bourgeons lors-qu’elle entrait pour n’en plus sortir dans cette chambre mor-tuaire, elles vont tomber et mourir, ses fleurs lui ont survé-cu ! Je vois par la pensée le cercueil l’emportant de chez moi pour jamais ! Ah, cela est bien triste ! Je suis restée sans dé-sir, sans volonté, j’ai perdu la puissance d’aimer, de m’intéresser à quoi que ce soit. La pauvre Agathe est morte avec ses illusions, elle aimait avec une foi inébranlable, sans douter un instant ni d’elle, ni des autres ! j’envie son sort. Comme vous, je crois aux guerres de religion ! et je les ab-horre, je crois que le catholicisme se transformera, il ne peut rester ce qu’il est, je crois à une religion nouvelle, à l’évangile en action, là seulement ma conscience serait tran-quille. Je réprouve la peine de mort, et je ne puis, ni ne veux croire aux peines éternelles, cela m’est impossible, mais je crois que le sentiment de la culpabilité est un enfer, si j’en juge par moi-même ; la confession, la présence réelle dans la
– 1173 – communion, me causent un effroi invincible ; lorsque je doute si j’ai rempli toutes les conditions voulues à cet égard, cela me désespère, il me semble que je suis à jamais séparée de Dieu ou trop coupable pour aller à lui, cette pensée est horrible. J’admire, j’aime l’idée religieuse, et je crois qu’elle existe à un plus haut degré de vérité chez les philosophes que chez certains catholiques. Je n’aime pas les dévots, mais les cœurs vraiment religieux. Je suis toujours à la même place, mon médecin veut m’envoyer à Nantes, c’est le plus près. J’attends depuis deux mois une réponse pour une mai-son d’habitation ; je ne sais si je l’aurai, cela m’est égal, je suis si souffrante, si malade, que j’aimerais mieux ne pas me déplacer.
Adieu, cher Monsieur, je compte sur votre amitié, c’est un bien précieux pour moi qui vous estime et vous aime pro-fondément. Votre dévouée
M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.
À JULES DUPLAN
[Croisset, 15 (?) septembre 1858.]
Que deviens-tu, immonde Cardoville ? tu es parti à Lyon, je suis sûr, à Lyon !…
Réponds-moi si j’aurai l’honneur de te voir bientôt. Si tu ne peux me procurer la volupté de recevoir ta personne, dis-moi comment tu veux que je te fasse parvenir les 300 francs que tu m’as prêtés au mois de juin dernier. Comme je déses-
– 1174 – père de pouvoir te les remettre en mains propres, je te les envoie. – ? –
Je bûche mon Carthage comme un nègre ! J’ai un mal de chien ! N’importe, ça commence à m’amuser.
Me voilà au milieu de mon second chapitre qui sera peut-être le premier ? Je l’aurai fini dans un mois, et j’espère avant de rentrer à Paris avoir écrit le 3e.
Le sieur Bouilhet est toujours à Mantes où il compose une comédie-farce en prose.
Voilà, mon vieux, toutes les nouvelles, et puis je t’embrasse très fort.
Ton.
Mercredi soir.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset, première quinzaine
d’octobre 1858.]
Ne crois pas que je t’oublie ; si je ne t’écris point c’est au contraire par amitié pour toi et pour ne pas te salir avec le dégobillage de mon embêtement.
– 1175 –
Carthage ne va pas raide. Je suis d’ailleurs pris d’idées noires. Je finirai enragé d’ennui, l’existence me pèse déme-surément.
Les lectures auxquelles je me livre ne sont pas faites pour me distraire : Mosander, l’empereur Léon, Végèce et Juste-Lipse.
Je n’ai absolument rien à te dire.
Tu me verras à Paris dans le courant du mois de no-vembre, époque à laquelle on jouera la pièce de Bouilhet dont les répétitions commencent.
Comment va Daniel ? Fanny s’est lu à Mantes, beau-coup, ce qui est un fier signe. Quand un livre est connu à six lieues de Paris il a déjà fait le tour du monde.
Pour moi la littérature commence à m’être désagréable fortement. Je trouve cela tout bonnement impossible et comme avec l’âge le goût augmente et que l’imagination dé-croît, c’est atroce. À mesure qu’on perd de ses plumes on veut voler plus haut.
Adieu, tâche d’être plus gai que moi.
– 1176 –
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset, milieu d’octobre 1858.]
Tu es bien gentil de songer à moi, et si je ne t’écris point, c’est pour ne point t’ennuyer de mes plaintes. J’ai été tous ces temps-ci assez malade, physiquement ; il me prend des douleurs d’estomac atroces. Je suis obligé de me cou-cher et j’éprouve en même temps des courbatures dans tous les membres, avec des pincements au cervelet. C’est le ré-sultat des agréables pensées qui embellissent mon existence.
À quoi bon t’embêter avec tout cela ? Ayons la pudeur des animaux blessés. Ils se f… dans un coin et se taisent. Le monde est plein de gens qui gueulent contre la Providence ; il faut (ne serait-ce que par bonne manière) ne pas faire comme eux. Bref, j’ai la maladie noire. Je l’ai déjà eue, au plus fort de ma jeunesse, pendant dix-huit mois, et j’ai man-qué en crever ; elle s’est passée, elle se passera, espérons-le.
J’ai à peu près écrit trois chapitres de Carthage, j’en ai encore une dizaine, tu vois où j’en suis. Il est vrai que le commencement était le plus rude. Mais il faut que j’en aie encore fait deux pour que je voie la mine que ça aura. Ça peut être bien beau, mais ça peut être aussi très bête. Depuis que la littérature existe, on n’a pas entrepris quelque chose d’aussi insensé. C’est une œuvre hérissée de difficultés. Donner aux gens un langage dans lequel ils n’ont pas pensé ! On ne sait rien de Carthage. (Mes conjectures sont je crois sensées, et j’en suis même sûr d’après deux ou trois choses que j’ai vues.) N’importe, il faudra que ça réponde à une cer-taine idée vague que l’on s’en fait. Il faut que je trouve le mi-lieu entre la boursouflure et le réel. Si je crève dessus, ce se-
– 1177 – ra au moins une mort. Et je suis convaincu que les bons livres ne se font pas de cette façon. Celui-là ne sera pas un bon livre. Qu’importe, s’il fait rêver à de grandes choses ! Nous valons plus par nos aspirations que par nos œuvres.
J’ai eu, néanmoins, et j’ai encore un fier poids de moins sur la conscience, depuis que je sais que le sieur Charles-Edmond n’est plus à La Presse. L’idée de la publicité me pa-ralyse et il est certain que mon livre serait maintenant fini, si je n’avais eu la bêtise d’en parler.
Dans quinze jours, tu me verras tout prêt à dévorer Da-niel de mes deux oreilles. Je te consacrerai une ou deux nuits si tu veux, car, pour mes journées, elles seront prises par la pièce de Bouilhet qui doit être jouée le 12 novembre.
Pourquoi tiens-tu à avoir fini pour la fin de cette année ? Qui te presse ? Tu as tort, mon bon. On fait clair, quand on fait vite.
Adieu, mon vieux, je t’embrasse et à bientôt.
À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
[Croisset, 31 octobre 1858.]
Vous devez me croire mort, chère Demoiselle. J’ai été, il est vrai, si souffrant tous ces temps-ci, que je remettais de jour en jour à vous écrire. La maladie noire m’avait repris ; j’éprouvais des maux d’estomac atroces qui m’ôtaient toute
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énergie ; c’est ce maudit Carthage qui en était cause. Enfin, à force d’y songer et de me désespérer, je commence à entre-voir le vrai, et j’ai maintenant bon espoir, jusqu’à un décou-ragement nouveau. Personne, depuis qu’il existe des plumes, n’a tant souffert que moi par elles. Quels poignards ! et comme on se laboure le cœur avec ces petits outils-là !
J’ai eu une fausse joie. J’avais cru que Charles-Edmond, le directeur du feuilleton de La Presse, nommé bibliothécaire du ministère de l’Algérie, était sorti du journal ; je me regar-dais comme dégagé de ma parole, et la publication indéfini-ment ajournée ; car l’idée de l’impression m’est odieuse et me paralyse. Pour que je travaille bien, il faut que personne ne me regarde ; du moment que je pense au public, je suis per-du. La littérature m’a amusé, m’a charmé, tant que j’en ai fait pour moi seul.
Je m’en vais à Paris à la fin de cette semaine pour la pièce de mon ami Bouilhet, Hélène Peyron. J’y resterai une quinzaine ; je m’occuperai de votre Légende ; mais je suis sûr, à peu près, qu’on la refusera. Je vous dis franchement les choses, parce que ce genre-là (comprenez-vous) est vieux et que la chose en elle-même n’a rien de bien neuf. Enfin je ferai tout mon possible.
Vous ignorez complètement la presse parisienne, si vous croyez qu’on y fait ce qu’on veut et qu’on y écoute quelqu’un. On a des amis très dévoués, tant qu’on ne leur demande rien du tout, voilà. Depuis un an je sollicite, à La Presse, l’insertion d’un chef-d’œuvre (il n’est pas de moi), une chose extrêmement originale intitulée Le Cœur à droite. On me leurra de belles paroles, mais je suis convaincu que ja-
– 1179 – mais aucun journal ne l’imprimera. Qu’y voulez-vous faire ? Tout cela est trouvé très bien par certaines gens.
Parlez-moi de vous ; moi, j’ai été dans des états déplo-rables, physiquement, moralement et intellectuellement par-lant. À quoi bon vous ennuyer avec le récit de tout cela ? Chacun a sa croix ; il est inutile d’en surcharger les autres ; mais quelle chose incomplète que la vie ! et pourtant quelle complication ! Je passe alternativement par de grands abat-tements et par de grands enthousiasmes ; cela est une double folie. Rien ne vaut la peine d’être triste ni d’être joyeux.
Adieu ; mille cordialités et croyez-moi tout à vous.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset, 31 octobre 1858.]
Mon bon,
Tu me verras dans huit jours.
Non ! ne fais pas mettre ton portrait en tête de tes œuvres. Réservons ces chics aux faiseurs de romances.
L’artiste ne doit pas exister. Sa personnalité est nulle. Les œuvres ! les œuvres ! et pas autre chose.
Ça va mieux. Je crois que je vais attraper le ton.
– 1180 –
Adieu. Mille embrassades.
Dimanche matin.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset, 24 novembre 1858.]
Combien je suis peiné de ce que tu m’écris sur Mme Feydeau ! Donne-m’en des nouvelles le plus souvent que tu pourras. Ma mère part après-demain pour Paris, elle se présentera chez toi pour la voir, sera-t-elle reçue ?
Quant à moi, mon cher vieux, me revoilà à Carthage, again on the sea ! Quelle besogne ! quelle besogne ! Tu m’édifies avec le plaisir que tu prends à des sujets difficiles ; moi, je déclare qu’ils m’embêtent. Néanmoins je crois que ça va aller ; j’ai à peu près écrit, depuis mon retour, six pages, ce qui est beaucoup pour ton serviteur.
Rien ne donne une idée plus nette de l’abaissement es-thétique où nous rampons, que les critiques sur Hélène Pey-ron. Le jugement définitif de ces abrutis du lundi est : 1° que les vers sont trop beaux, et 2° qu’il ne faut plus faire de vers. Je trouve cela énorme !
Quand m’enverras-tu le paquet de Daniel ? Attendras-tu que tout soit fini ? c’est peut-être meilleur, je lirai tout d’une haleine et verrai l’ensemble.
– 1181 –
Sais-tu l’époque où le Théo revient ?
Quel polisson de froid ! Je me carbonise les tibias. Il y a loin du paysage qui m’entoure et de la température où je grelotte à ce qui se passait dans la plaine du Rieff, 247 ans avant Notre-Seigneur, et pour remonter là, il faut quelque ef-fort, avec lequel je t’embrasse.
Ton collègue.
À ALFRED BAUDRY
[Croisset,] nuit de vendredi.
[26-27 novembre 1858.]
Mon bon,
Au reçu de la présente vous vous transporterez chez Georges Pouchet et le prierez de vous accompagner à Crois-set dimanche prochain (après-demain) afin d’y déjeuner. N’y manquez pas. Il le faut.
À vous.
Répondez-moi de manière à ce que j’aie un mot de vous samedi matin – ou au matin pour parler françoys.
– 1182 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] samedi soir. [27 novembre 1858.]
Mon pauvre Chat,
Je m’ennuie beaucoup de ta petite personne. Aussi ta lettre m’a fait grand plaisir. Écris-moi le plus souvent que tu pourras. – Et le plus longuement possible. Je te recomman-derai seulement de faire attention à l’orthographe. Tu vous lâches des fautes impardonnables, mon bibi. C’est manque de réflexion, j’en suis sûr. En revanche je te félicite d’avoir quitté ta mauvaise écriture fine.
Dis-moi si l’Anglaise qui te donne des leçons te plaît. Fais-moi son portrait.
Je compte que l’on me régalera à mon arrivée d’un trio piano, violon et cor de chasse. J’aimerais à te voir te débat-tant entre deux musiciens.
Maman t’a-t-elle conduite à une gymnastique ?
Je n’ai aucune nouvelle à t’apprendre, car je ne vois pas un chat. – On a découvert, dans le jardin, un lapin sauvage qui s’est réfugié là. J’ai empêché qu’on ne le tuât.
Voilà quatre jours que Narcisse et Édouard s’occupent à abattre et à fendre du bois. Aussi vais-je avoir un bûcher bien garni.
– 1183 –
Au milieu de ma solitude, j’ai eu, ce matin, un événe-ment bien agréable. À savoir la visite de l’horloger. Il m’a encore parlé du temps – (qu’il trouve toujours beau). Mais comme je dormais encore à moitié, je crois avoir perdu deux ou trois rognonnements de la fin. Quel dommage ! – En voilà maintenant pour quinze jours ! C’est long à attendre.
Je suis bien aise que les Récits mérovingiens t’amusent. Relis-les quand tu auras fini. Apprends des dates, tu as tes programmes. Et passe tous les jours quelque temps à regar-der une carte de géographie.
Ma lettre t’arrivera demain soir au moment où vous vous mettrez à table. – Je boirai, de mon côté, tout seul à votre santé.
Adieu, mon pauvre Karo. Sois bien gentille et pense à ton
Vieux qui t’embrasse.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset, 3 décembre 1858.]
Vieux vésicatoire, distillateur d’impuretés, etc.
L’article Rigault que je viens de lire m’a fait rugir au commencement, puis éclater de rire à la fin. C’est bon, mon vieux, c’est bon, ne t’inquiète de rien. Pioche le Daniel, voilà
– 1184 – tout… et serre, n… de D…, serre ! Sois concis et toujours brûûlhant ! entendè vô ! bhhrrrrrûlant !!!
Comme c’est beau la critique, toujours se f… le doigt dans l’œil et blâmant justement ce qu’il y a de meilleur dans un livre. Au fond le gros Rigault a été peut-être excité ? Je t’assure que cet article-là te fait une très belle balle ! Il en ressort pour le public que tu es un grand homme et que tu dois avoir…, ma parole d’honneur ! ça donne envie de te connaître ! et il n’est pas une marquise qui, en t’abordant, ne te coulera dans le tuyau de l’oreille :
Bien, mon p’tit homme
Tu vas voir comme…, etc.
Quels imbéciles ! Enfin, continuons, mon vieux. Écrivons, nom d’un pétard ! Ficelons nos phrases, serrons-les comme des andouilles et des carottes de tabac. Masturbons le vieil art jusque dans le plus profond de ses jointures. Il faut que tout en pète, monsieur.
Voilà huit jours que je suis complètement seul. Je tra-vaille raide, jusqu’à 4 heures du matin toutes les nuits. Ça commence à marcher, c’est-à-dire à m’amuser, ce qui est bon signe. La solitude me grise comme de l’alcool. Je suis d’une gaieté folle, sans motifs, et je gueule tout seul de par les appartements de mon logis, à me casser la poitrine. Tel est mon caractère.
– 1185 –
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] mercredi. [8 ou 15 décembre 1858.]
Je commence à être inquiet de ce que tu m’écris, mon pauvre vieux. Ma mère s’est présentée chez toi, dimanche, et m’a donné de tristes nouvelles (ta lettre de ce matin les confirme). Samedi matin je saurai ce que Cloquet en pense sérieusement, elle aura dû le voir aujourd’hui. Si tu étais gentil, tu pousserais une pointe jusqu’au boulevard du Temple un de ces soirs.
Nom d’un nom ! ça m’embête. Et je n’ai pu malgré moi m’empêcher d’y songer tout cet après-midi. Envoie-moi un petit mot le plus souvent que tu pourras pour me tenir au courant.
Karth-Adda commence à marcher. Mais quand je pense à la longueur de l’œuvre et à ses difficultés, les bras me tombent de découragement.
Tu ne peux t’imaginer les engueulades et critiques dont on m’accablera. Tu verras que ce sera beau ! Qu’importe ! Il faut chier sur la tête du genre humain – toujours !!!
Adieu, mon vieux, bon courage.
– 1186 –
À ALFRED BAUDRY
[Croisset,] jeudi. [16 décembre 1858.]
Mon cher Petiot,
Pouvez-vous me donner à dîner samedi prochain afin d’aller voir ensemble l’Hélène Peyron ? ça m’arrangerait.
Sera-t-il temps pour avoir des places convenables ? en cas contraire, ayez l’obligeance de m’en retenir demain, car il est trop tard maintenant pour que Narcisse aille en louer. Nous ferions peut-être bien de prendre une loge, qui serait la loge des amis. Nous nous y mettrions, vous, Caudron, etc. ; arrangez tout cela pour le mieux, cher bon.
Si la pièce ne passait que lundi, il va sans dire que l’invitation que je me fais serait remise à lundi.
Je ne pourrai être chez vous qu’à six heures juste ; est-ce trop tard ?
Veuillez me répondre sur tout cela. À vous.
À ALFRED BAUDRY
[Croisset, 17 décembre 1858.]
J’irai au théâtre, mais non dîner chez vous. – À demain soir. Le bateau me presse.
– 1187 –
À vous.
À ERNEST FEYDEAU
Croisset, dimanche. [19 décembre 1858.]
Je commençais à m’embêter de n’avoir pas de nouvelles de ta femme et j’allais t’écrire aujourd’hui. Tant mieux si la maladie traîne. Cela est signe que ce n’est pas très grave. M. Cloquet a également dit à ma mère qu’il trouvait de l’amélioration. Elle a dû aller chez toi hier. Tiens-moi au courant de tout ce qui arrive en bien ou en mal.
Mille compliments, mon cher monsieur, de la manière dont tu as vendu Daniel. Que ne suis-je aussi habile ! La litté-rature, jusqu’à présent, m’a coûté 200 francs. Voilà les gains, et au train dont je vais, il est peu probable que j’en fasse d’autres.
Tu me demandes ce que je deviens ? Voici : je me lève à midi et me couche entre 3 et 4 heures du matin. Je m’endors vers 5. À peine si je vois la lumière des cieux. Chose odieuse en hiver. Aussi je ne sais plus distinguer les jours de la se-maine, ni le jour d’avec la nuit. Je vis d’une façon farouche et extravagante qui me plaît fort, sans un événement, sans un bruit. C’est le néant objectif, complet. Et je ne travaille pas trop mal, pour moi du moins. Depuis dix-huit jours j’ai écrit dix pages, lu en entier La Retraite des Dix Mille, et ana-lysé six traités de Plutarque, le grand hymne à Cérès (dans les Poésies homériques en grec), de plus l’Encomium moriae d’Érasme, et Tabarin le soir, ou plutôt le matin, dans mon lit,
– 1188 – pour me divertir. Voilà. Et dans deux jours j’entame le cha-pitre III. Ce qui ferait le chapitre IV si je garde la préface ; mais non, pas de préface, pas d’explication. Le chapitre 1er m’a occupé deux mois cet été. Je ne balance pas néanmoins à le f… au feu, quoique en soi il me plaise fort.
Je suis dans une venette atroce parce que je vais répéter comme effet, dans le chapitre III, ce qui a été dit dans le chapitre II. Des malins emploieraient des ficelles pour esca-moter la difficulté. Je vais lourdement m’épater tout au mi-lieu, comme un bœuf. Tel est mon système. Mais je vais suer par exemple ! et me désespérer dans la confection dudit pas-sage ! Sérieusement, je crois que jamais on n’a entrepris un sujet aussi difficile de style. À chaque ligne, à chaque mot, la langue me manque et l’insuffisance du vocabulaire est telle, que je suis forcé à changer les détails très souvent. J’y crève-rai, mon vieux, j’y crèverai. N’importe, ça commence à m’amuser bougrement.
Enfin l’érection est arrivée, monsieur, à force de me fouetter et de me manustirper. Espérons qu’il y aura fête.
Je me précipiterai sur le Daniel et te le renverrai le plus promptement possible. J’emploierai à cet examen toute ma critique, n’aie pas peur. Préviens-moi, afin que j’envoie cher-cher le paquet à Rouen.
Mille tendresses.
– 1189 –
À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
[Croisset,] 26 décembre 1858.
J’ai l’air de vous oublier, il n’en est rien ! Souvent ma pensée se porte vers vous et j’adresse au Dieu inconnu, dont parlait saint Paul, des prières pour l’apaisement et la satis-faction de votre cœur. Vous tenez dans mon âme une place très haute et très pure, une large part, car vous ne sauriez croire l’émerveillement sentimental que m’ont causé vos premières lettres. Je vous dois de m’être senti, à cause de vous, à la fois meilleur et plus intelligent. Il faudra pourtant que nous nous serrions la main et que je vous baise au front !
Voici ce qui s’est passé depuis ma dernière lettre :
J’ai été à Paris pendant dix jours, j’ai assisté et coopéré aux dernières répétitions d’Hélène Peyron. C’est à la fois une très belle œuvre et un grand succès. Les visites, les jour-naux, etc., tout cela m’a fort occupé, et je suis revenu ici, comme à mon ordinaire, brisé physiquement ; et quant au moral, dégoûté de toute cette cuisine. Je me suis remis à Sa-lammbô avec fureur.
Ma mère est partie pour Paris, et, depuis un mois, je suis complètement seul. Je commence le troisième chapitre, le livre en aura douze ! Vous voyez ce qui me reste à faire ! J’ai jeté au feu la préface, à laquelle j’avais travaillé pendant deux mois cet été. Je commence enfin à m’amuser dans mon œuvre. Tous les jours je me lève à midi et je me couche à quatre heures du matin. Un ours blanc n’est pas plus soli-taire et un dieu n’est pas plus calme. Il était temps ! Je ne pense plus qu’à Carthage et c’est ce qu’il faut. Un livre n’a
– 1190 – jamais été pour moi qu’une manière de vivre dans un milieu quelconque. Voilà ce qui explique mes hésitations, mes an-goisses et ma lenteur. Je ne retournerai à Paris que vers la fin de février. D’ici là, vous verrez dans la Revue contempo-raine un roman de mon ami Feydeau qui m’est dédié et que je vous engage à lire.
Vous tenez-vous au courant des ouvrages de Renan ? Cela vous intéresserait, ainsi que le nouveau livre de Flou-rens, sur le Siège de l’âme.
Savez-vous ce qui présentement m’occupe ! les maladies des serpents (toujours pour Carthage). Je vais aujourd’hui même écrire à Tunis à ce sujet. Quand on veut faire vrai, il en coûte !
Tout cela est bien puéril et au fond considérablement sot ! Mais à quoi passer la vie, si ce n’est à des rêves !
Adieu. Mille tendresses. Écrivez-moi tant que vous vou-drez et le plus longuement que vous pourrez.
AU COMTE DE SAINT-FOIX
Croisset, près Rouen, 26 décembre [1858].
Mon cher Ami,
Je pense souvent à Tunis et à vous, et vous seriez bien gentil, si vous m’envoyiez un peu de vos nouvelles. Ce
– 1191 – voyage m’a laissé de charmants souvenirs, grâce surtout à votre compagnie. Jamais je n’oublierai les bonnes heures que nous avons passées ensemble.
Or, que devenez-vous ? L’étude de l’arabe avance-t-elle ? La chasse aux pélicans, etc., etc.
Que devient le baron de Krafft ? Est-il enfin parti pour Tombouctou ou Timborctou ? Et le père Cavalier ? Et Du-bois ? Taverne ? Bacquerie ?
Avez-vous revu la splendide Rosemberg ?
Je me suis enfin mis à mon livre sur Carthage, après beaucoup d’hésitations et d’angoisses. C’est une affaire de deux ans. Aussi, pour avancer, je reste seul à la campagne jusqu’au milieu du mois de février. Je vis comme un ours et je travaille comme un nègre.
Rien de neuf à Paris. Cet immense village est toujours embelli par des filles de joie funèbres, par des coquins hono-rables et par des idiots triomphants. On replante les arbres du boulevard et on porte des chapeaux pointus. On s’est ar-raché cet été un livre de mon ami Feydeau intitulé Fanny. On se pousse maintenant à l’Hélène Peyron de Bouilhet et au Roman d’un jeune homme pauvre de Feuillet ; la première est un chef-d’œuvre et le second une platitude. Voilà.
Il fait une pluie atroce, incessante, lugubre. Le soleil de-vient un mythe. Seul, au coin de mon feu, j’écoute le bruit du vent et, tout en fumant et en crachant sur mes cendres, pen-dant que ma lampe brûle, je rêvasse à la fille d’Hamilcar et aux paysages où vous vivez.
– 1192 –
J’ai à vous apprendre que votre ami Grassot n’est plus qu’une ombre et sa voix à peine un soupir. Votre autre ami, Philoxène Boyer, va devenir le père d’un re-enfant.
M. Rousseau s’en va-t-il à Djeddah, comme je l’ai lu dans les journaux ? Présentez mes respects, mes souvenirs et mes amitiés à tout ce monde-là.
Gardez pour vous la meilleure part. Songez à moi quel-quefois. Mille poignées de main très fortes.
Si vous pouviez m’envoyer quelque chose de spécial comme couleur sur les mœurs des Psylles, vous seriez bien aimable. J’aurais besoin de savoir comment ces bonshommes-là s’y prennent pour prendre et éduquer les serpents, et surtout quels remèdes ils leur donnent, lorsque ceux-ci sont malades. Si vous savez d’autres particularités cocasses, je vous en serais très reconnaissant. Dans vos ex-cursions, avez-vous trouvé un endroit pouvant être le défilé de la Hache, à savoir un endroit complètement fermé, au mi-lieu des montagnes et ayant plus ou moins la forme d’une hache ? Voilà surtout ce que je voudrais savoir. Ça doit être aux environs de Tunis, peut-être dans les montagnes de l’Ariana.
Moynier est-il encore à Tunis ?
– 1193 –
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset, 26 décembre 1858.]
Mon bon,
J’ai déjà lu deux cents pages du Daniel. J’aurai fini la lecture complète ce soir. J’en pense beaucoup de bien. Mais je suis révolté très souvent par les redites et les négligences de style qui sont nombreuses. Quel sauvage tu fais ! À côté de choses superbes tu me fourres des vulgarités impardon-nables. La première partie m’a charmé, sans restriction, et toute la moitié de la deuxième (il y a fatigue dans la troi-sième). Je ne te pardonne pas les dialogues calmes ; ton doc-teur m’embête et embêtera. C’est elle seulement qui est à re-travailler. Mais c’est à serrer, crois-moi. J’ai été d’autant plus irrité des fautes que j’avais été empoigné par les beau-tés.
Je vois très bien tes intentions, mais tu me permettras dans ma critique d’avoir toujours en vue l’intention générale, l’effet d’ensemble à produire et non telle petite intention par-ticulière et locale qui souvent y nuit, comprends-tu ? Tout ce qui est essentiellement du livre est irréprochable, caractère, paysages, etc. Mais c’est quand tu veux faire le monsieur que tu me déplais.
Puis-je faire des notes au crayon sur les marges ? tu en serais quitte pour les faire couper, lorsque tu donneras ton manuscrit à l’imprimerie. Réponds-moi là-dessus et ne te presse pas pour la fin. À quoi bon ? Songe que c’est ton se-cond livre, mon vieux, et que l’on te souhaite, généreuse-
– 1194 – ment, un four. Or il faut que ce soit un volcan. C’est facile si tu veux t’en donner la peine.
La IVe partie est superbe, superbe ! comme ça se relève.
Tu es décidément un monsieur sans la moindre intelli-gence, c’est à croire que deux bonshommes ont travaillé à ce roman.
Je le répète, je suis enthousiasmé de la IVe partie. Le grand dialogue de Daniel et de Louise, magnifique. L’épisode de la fermière m’a fait froid dans le dos. Et mon indignation ne fait que se renforcer pour les choses plates et vulgaires. Je commence demain mon travail, j’espère te renvoyer le manuscrit à la fin de la semaine.
Adieu, je t’embrasse très fort.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] mardi matin. [28 décembre 1858.]
Voici l’aurore. Depuis 20 heures je suis sur Daniel et j’ai passé dans sa société vendredi soir, samedi et dimanche en entier.
Tu trouveras une longue note générale sur l’ensemble ; les observations de détail sont aux marges. Je n’ai marqué que le mauvais.
– 1195 –
Je crois avoir été clair ?
Mais fais-moi le plaisir de porter le tout chez le père Sainte-Beuve et de le lui montrer (quand tu seras en désac-cord avec moi ou même sans cela).
Tu m’as l’air d’avoir une envie de publier, tout de suite, que je ne comprends pas. Pourquoi ? Qui te presse ?
***
Quant à mes observations, je n’ai pas besoin de tes rai-sons, comme tu dis. Je ne veux pas les entendre, tes raisons. Es-tu drôle ? Est-ce que les bonnes choses ont besoin d’être défendues ? Sommes-nous en contestation ? Je te dis ce que je pense. Voilà tout. – Seulement pense, toi-même, à ce que je te dis.
Si tu ne comprends pas ce que je t’écris, si quelque chose te paraît obscur dans mes critiques, enfin si tu crois que tu as besoin de venir, viens ! On te recevra et t’embrassera avec plaisir.
Mais je t’assure que j’ai profondément réfléchi à tout ce que je te dis. Rien n’a été mis à la légère. – Si quelqu’un a envie de te voir produire, pour ta seconde publication, un grand livre, sois sûr que c’est moi, et que je t’aime, mes in-jures en sont la preuve.
Il ne faut jamais donner raison aux imbéciles, quand on est dans le vrai ; or, comme ici, tu es dans le Vrai et dans le Beau, les trois quarts du temps, prends la petite peine d’y
– 1196 – entrer complètement. Ne laisse pas une tache sur ton man-teau de pourpre.
Adieu, mon vieux. Je tombe de fatigue. Je t’assure que j’ai travaillé raide depuis trois jours. Il est six heures du ma-tin. – Je suis à ma table depuis hier midi. […]
[Voir la suite de la lettre au Supplément, p. 1522.]
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset, 28 décembre 1858.]
Observations générales sur Daniel :
J’ai marqué en marge les phrases que je trouvais vi-cieuses, les tournures lourdes, les expressions toutes faites et convenues, je n’y reviendrai plus. Mais parlons d’abord des beautés.
Ce qu’on se rappelle, ce qui reste palpitant et net dans l’esprit, après cette lecture, ce sont :
1° Toute la première partie, la demeure de Daniel, sa femme, le grattage de l’hôtel et la scène dans l’hôtel garni. Tout cela est superbe. Le duel est très bien, mais moins rare ;
2° Dans la seconde, l’apparition de la jeune fille sur le rocher, le portrait du vieux comte, les dames sous la tente ;
– 1197 –
Georget, quoique moins décrit, est une figure réussie. Celle de Cabâss est parfaite ;
3° Dans la troisième, l’incendie ;
4° La quatrième partie est (avec la première), la plus forte. Le dialogue de Louise et de Daniel, quand Daniel l’engage à épouser Cabâss, est une chose parfaite et réussie. Très beau ! très beau !
Ce livre-là s’avale d’une haleine. Il y a peut-être un peu de complaisance, de la part de l’auteur, envers les paysages ; ils sont prodigués. Mais, comme ils sont tous bien faits, je m’en moque. Cela est ardent et exalté d’un bout à l’autre. Cependant l’auteur se voit trop sous Daniel ; on ne sent pas la supériorité de l’écrivain sur son héros. Peu importe, puisque c’est le héros qui parle. Il a fallu un grand art pour ne pas rendre Louise insipide, car au fond, c’est l’« Ange ». Quant à Daniel, qui est de la famille des Oberman et des Ro-ger, je lui reproche uniquement de trop parler ; il a des tour-nures de style emphatiques. Il s’adresse au ciel, il crie à tous les vents, il blasphème. Je n’attaque nullement le fond de ce caractère, mais je dis qu’on peut en enlever les côtés connus, en changeant certaines tournures de style qui reviennent sans cesse : « m’écriai-je ! », « ô ciel ! » ; ça lui donne un air théâtral, tandis que c’est un personnage concentré et rêveur.
L’auteur insiste trop sur l’esprit du comte et ne le montre pas assez. Il aurait fallu, puisque c’était un monsieur si spirituel, lui faire dire des mots. Mais j’aimerais mieux re-trancher un peu de ces phrases où on nous répète : « C’était un esprit fin, railleur, etc. » Il est beaucoup question des rail-leries de ce vieux drôle ; or, on n’en voit guère.
– 1198 –
Il y a, suivant moi, une suspension dans l’intérêt et une baisse de style vers la fin de la deuxième partie. Ça se traîne jusqu’à l’incendie ; après l’incendie, ça rebaisse. Quant à la quatrième partie, c’est vigoureux, superbe, intéressant, émouvant, réussi en un mot.
La partie faible de style, c’est le dialogue, quand il n’est pas important de fond. Tu ignores l’art de mettre dans une conversation les choses nécessaires en relief, en passant les-tement sur ce qui les amène. Je trouve cette observation très importante. Un dialogue, dans un livre, ne représente pas plus la vérité vraie (absolue) que tout le reste ; il faut choisir et y mettre des plans successifs, des gradations et des demi-teintes, comme dans une description. Voilà ce qui fait que les belles choses de tes dialogues (et il y en a) sont perdues, ne font pas l’effet qu’elles feront, une fois débarrassées de leur entourage.