La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 10 sur 115

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La montée aux enfers

Le Chatiment du Luxurieux

 

Il est dans un boudoir aux tentures vivantes

Et touche sans cesser, de la chair et des yeux.

Tous les objets sont des poitrines languissantes. Il s’enfonce dans un divan gélatineux.

Il hume à pleins poumons l’odeur des sexes fades Dont l’écœurant bouquet obscurcit son cerveau. Il les voit par milliers dans les miroirs malades, Il est illuminé par ces flasques flambeaux.

Lourde et belle, une femme avec des dents pourries, Se penche sur sa bouche et la baise et la mord. Dans sa salive et son haleine de carie

Elle verse à la fois le désir et la mort.

Elle se colle à lui, le parcourt et le presse

Et lui donne un plaisir plus cruel qu’un tourment. Elle le serre avec une telle caresse

Que sa sève s’écoule intarissablement.

Il décroît, s’aplatit, se vide comme une outre,

Mais pour renaître avec un corps qui s’est gâté, Une chair tachetée et par endroits dissoute

Avec des plaques parsemant sa nudité.

On dirait qu’une mouche énorme et verte pompe Ses cellules et les substances de son sang

Et qu’une tentacule inlassable, une trompe

De bête, le dévore et tour à tour le rend.

Plus son désir grandit, plus il se décompose

Dans la sueur d’amour du salon corporel.

Il devient dans l’excès des odeurs et des roses Une tombe vivante, un charnier sensuel.

Les meubles hoquetant autour de lui s’accolent, Il est enveloppé par d’invisibles mains,

Par l’aspiration de mille bouches molles,

Un peuple jaillissant de jambes et de seins.

Des démons caressants et velus le renversent, Ses nerfs vibrent jusqu’aux racines des cheveux Et des doigts en forme de fourche le transpercent, Il se sent pénétré par des langues de feu.

«Seigneur, dit-il, pitié, mets un sceau sur ma bouche! Je voudrais allonger et reposer mon dos.

Une heure de sommeil seulement dans la couche Dont l’étroitesse ne permet que le repos...»

Mais la femme éternelle à la bouche édentée,

La Parque de la terre et qui file la chair

Lui prodigue toujours son haleine gâtée

Et ses reins réguliers et forts comme la mer.