La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 35 sur 115

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La montée aux enfers

Les Voluptueux

 

Les laquais ont servi les sorbets à la rose

Et les voluptueux ont pris de tendres poses

Pour écouter l’orchestre invisible à travers

Les tentures de soie étrange aux tons de chair. On voit le parc charmant par les portes vitrées Et l’air tiède est rempli d’une ambre évaporée Mêlée artistement aux aromes des fleurs...

Avec son voile vert dépouillant ses pudeurs

La jeune fille au corps parfait s’est mise nue

Pour que les jeunes gens et les femmes venues Pour la beauté, parmi les bouquets et les ors,

Jouissent par l’esprit des lignes de son corps.

Ils n’ont pas entendu les pas dans les arbustes. Ils n’ont pas vu surgir les faces et les bustes

Du peuple, des affreux escaladant les murs

Pour profaner le parc où fleurit l’art impur.

La foule est là, obèse, extravagante, énorme... Et le dégénéré à tête un peu difforme,

Au cou trop long, aux yeux rougis d’avoir trop lu, Qui sait des joueurs grecs les secrets disparus, Prend la lyre et, chétif, devant l’horrible horde, Fait merveilleusement résonner les sept cordes. Le peuple grimaçant grogne, grince des dents Et n’ayant pas compris s’éloigne cependant.

Mais les voluptueux à peine une seconde

Dérangés par le bruit qu’a fait la vie immonde, Se recouchent dans l’épaisseur des coussins d’or, Savourant les sorbets, les vers et les beaux corps.