La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 40 sur 115

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La montée aux enfers

L’arbre de Chair

 

Je suis l’arbre de chair qui pourrit dans la nuit, Je cache des poisons dans le suc de mes fruits Et sous le rougeoiment de feu des soirs de paie, Comme une bête en rut l’homme boit à mes plaies. Il ne me parle pas, il n’a pas de pitié,

Il déchire mes draps des clous de ses souliers, Il se vautre à loisir, il me possède, il crie

Et retourne aussitôt à l’ombre de sa vie.

Ainsi que les forçats je porte un numéro.

Le malheur dans mon lit comme dans un terreau Malsain s’épanouit sur ceux qui me besognent, Sur des sommeils de pauvre et des réveils d’ivrogne. Mes amours sont toujours précédés d’un débat Sur le prix, pour adieux je reçois des crachats. Je vois se refléter dans ma glace ternie

L’image de l’horreur et de l’ignominie

Et pourtant comme un mort dressé hors du cercueil, Je me tiens droite sur ma porte avec orgueil.

Si, de ses bons travaux il faut faire la somme, Mon apport vaudra bien celui des autres hommes. J’offrirai comme un feu d’amour, comme une fleur, Mon sexe fatigué d’innombrables labeurs.

Parmi les êtres purs j’élèverai ma face,

Où l’alcool et la maladie ont mis leurs traces, Mon front chauve où l’on voit le crâne blanchissant Sous la peau et branlant ma mâchoire sans dents Je montrerai mon mal, ses trous, ses boursouflures, Disant: je l’ai transmis à mille créatures!

S’il est un châtiment, je l’ai connu déjà.

Et s’il est un pardon, qui me le donnera?