La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 88 sur 115

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La montée aux enfers

L’horreur Tentatrice

 

La tendre, la fidèle et la chaste était là...

C’était la peau de rêve au transparent éclat,

Le long cou délicat sur la gorge pudique.

D’un balcon bleu tombait une étrange musique.

Sur une soie indienne et des voiles rayés,

Elle se renversait avec les yeux noyés.

C’était elle! Et la jambe au dessin impeccable

Émergeait de la robe aux plis insoulevables.

Le pur mystère aimé de sa forme s’offrait.

O seigneur! Une main nonchalante serrait

La cheville et montait et s’arrêtait et, glauque,

Une bague y brillait comme un œil équivoque.

Deux hommes qui fumaient se penchaient pour mieux voir

Les lampes du souper flambaient dans les miroirs.

Elle cambrait son buste et soudain une face

Dont je ne distinguais que les deux lèvres grasses,

Prit ses lèvres, les écrasa, les savoura.

La tension des seins et le geste des bras

Indiquaient le plaisir qui consent et désire.

On entendait un bruit de verres et de rires...

Des fleurs au pistil noir s’effeuillaient à côté.

Une autre main plongeait dans le décolleté

Du corsage, arrachait les rubans et, pâmée,

Se dévoilait à tous la forme bien-aimée.

Pitié! Chassez au loin l’obscène vision!

La scène était plus proche et plus nette aux rayons

Des lampes qui tournaient comme des soleils ivres...

Je voyais le ruisseau de ses cheveux en cuivre

Couler parmi les arabesques du tapis.

Les murs prenaient de fantastiques coloris

Tachés en violet par des têtes lubriques...

Crucifiée, extasiée et magnifique,

Celle que j’adorais se tordait an milieu

De ces hommes dans un désordre radieux Sous les bouquets penchant de lis, de balsamines Qui lui tendaient de sexuelles étamines...

Et puis un grand silence arriva, tout se tut.

Une ombre s’étendit et je n’entendis plus

Que son rire, mais déformé, rauque, cynique,

Un rire de plaisir, un grand rire hystérique...