La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 50 sur 115

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La montée aux enfers

La Tresse Coupée

 

Sur le seuil d’or du magasin d’antiquités

L’enfant se fait coiffer par l’ancienne beauté.

La marchande aux yeux peints admire, palpe et flatte L’éblouissante peau, les lèvres écarlates

Et la tresse qui tomberait jusqu’aux talons

Si ses doigts secs ne la tordaient sur le cou blond. Quelquefois le miroir ornant la devanture

Lui montre son visage avec des bouffissures,

Ses lèvres retombant, son teint parcheminé...

Le parfum de la mort sort des meubles fanés.

L’enfant que le soleil de la rue illumine

Suit des oiseaux en cage aux boutiques voisines... Mais soudain au moment de nouer les cheveux, La femme, la poussant parmi les objets vieux

Du magasin, les oripeaux, les ors des frusques, Tranche avec ses ciseaux la natte d’un coup brusque, La suspend à son cou comme un souple serpent Et danse, geai flétri, sous ces plumes de paon

Pendant que les ciseaux font un bruit métallique Et que de tous côtés, sur le seuil des boutiques, Des commères tapent leur ventre en s’esclaffant De voir le beau visage abîmé de l’enfant.