La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 98 sur 115

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La montée aux enfers

L’amitié des Femmes

 

Je descendrai le fleuve au son des instruments Sans voir les caïmans et les hippopotames,

Les marais vénéneux où rôdent les flamants,

Sur ce bateau de fleurs qu’est l’amitié des femmes.

Je ne m’entretiendrai que de subtilités,

Aspirant les fraîcheurs sous le mât qui s’allonge Et, nourri de sorbets et de vapeurs de thé,

Les bambous bruissant me donneront des songes.

La lanterne du pont sera de papier peint

Et ne reflétera qu’une clarté trop vague,

Pour qu’on voit la tribu se partager le pain

Et la pirogue et son rameur aux mains sans bagues.

Le lit sera suave et les manceniliers

Rouleront leurs parfums sous la tente de soie. Je poserai mon front sur des seins familiers,

Me plongerai parmi des cheveux qui châtoient.

Et quand j’arriverai dans l’éternelle mer,

J’aurai pour affronter le sel et la bruine,

Sous la lune trop vive et le vent trop amer,

L’éventail, le sachet, la rose et les pralines...