La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 61 sur 115

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La montée aux enfers

Le Vase Imparfait

 

Je ne puis m’empêcher de penser à leur corps. La jambe est-elle longue avec un duvet d’or,

Le ventre a-t-il un pli et le sein est-il ferme?

Quelles sont les beautés que les robes enferment Et quels sont les plaisirs en puissance, dormant Sous le zaimph quotidien que sont les vêtements? Comment, quand on le prend, ce corps doit-il se tordre? Quelle force ont ces dents sous ces lèvres pour mordre? Et quel étirement doivent avoir ces bras

Lorsque la volupté s’apaise dans les draps.

Le mystère de chair plus que celui de l’âme

Est profond, douloureux, chargé de sang, de flamme. On le voit dans les nœuds des mains, les tons bistrés Des paupières, cet air tendre et désespéré

Qu’ont les fronts féminins pliant sous le silence, Le souvenir amer et la vaine espérance.

O forme, vase pur dont une anse a toujours

Un défaut, versant l’eau des terrestres amours, Eternelle statue émanant sous le voile

Une clarté comme n’en donne aucune étoile,

Marbre changeant, fragile et toujours imparfait, Sans cesse je t’étreins et je ne t’ai jamais.