La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 38 sur 115

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La montée aux enfers

Les Rencontres dans le Port Vieux

LES RENCONTRES DANS LE PORT

VIEUX

LE LONG DU PORT VIEUX

Le long du port vieux on fait des rencontres,

Un bateau pourrit auprès d’un fanal.

Près du parapet, un noyé se montre,

Et dans la ruelle, au bord du canal

La misère est là comme un vaste étal.

Le long du port vieux on voit des fenêtres

Qui semblent pleurer les morts qu’on aimait.

Le long du port vieux on croise des êtres

Comme nulle part on n’en vit jamais,

Et les uns sont bons, les autres mauvais.

Le long du port vieux, l’on boit et l’on chante, Et la chair est faible et le lit affreux.

Là, des égarés et des repentantes

Parfois voudraient fuir le long du port vieux.

Mais le couteau luit, la vie est méchante.

Est-ce ici, seigneur, que trinquent des frères?

Pourrais-je m’asseoir, je viens de si loin!

Et m’aimera-t-on, j’en ai tant besoin!

A tous les carreaux meurent les lumières.

C’est un peu plus loin... C’est toujours plus loin...

Le long du port vieux, la boue est fétide.

Parmi les filets je fais des détours,

Heurtant des anneaux, des barriques vides,

Sans trouver jamais une ombre d’amour,

Le long du port vieux, je marche toujours.

Le long du port vieux, que de formes bougent, Que de chants d’ivrogne et de cris de faim!

Le long du port vieux où je vais en vain

Avec ton seuil noir et tes carreaux rouges,

Maison de pitié, te verrai-je enfin?