La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 33 sur 115

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La montée aux enfers

Le Parc Masqué

Un orchestre étouffé s’échappe du château.

Le soleil jaune et bas fait pâmer les roseaux

De l’étang, et le bal que je vois de l’allée

A l’air bizarre et lent par les portes vitrées

Comme si l’air humide endormait les danseurs... Il flotte à ras de terre une épaisse chaleur...

Le jet d’eau fatigué s’accroupit sur la vasque. Dans les arbustes gras je vois passer des masques... Leurs pieds plongent parmi les feuilles pourrissant Et l’air semble rouiller leurs manteaux languissants. Deux pierrettes s’en vont tendrement enlacées. Leur culotte et leur collerette sont froissées.

Et sous les loups de soie émeraude, je vois

Leurs deux bouches de sang qui s’étreignent parfois. Elles viennent s’asseoir sur mon banc et m’entraînent, En riant, en dansant, vers les voûtes lointaines Que font les sureaux blancs de leurs branches de lait. Le soir met sa buée en leurs yeux violets.

Leur rire sonne bas et leur danse est très lente. Elles mêlent encor leurs deux bouches sanglantes Mais longuement contre mes lèvres et je sens Le goût des deux baisers fade comme du sang. Et puis devant une statue elles me laissent.

En étendant les mains je tâte des mollesses

De pétales... L’orchestre au loin berce le parc... Je vais, par la moiteur brûlante du brouillard

Dans l’allée un peu plus obscure, entre deux files De dominos fluets, argentés, immobiles.

Je vois les dominos des acacias tremblants,

Les masques gris des pins, les lis aux masques blancs, Un bal mystérieux s’éveille dans les choses

Et frôlé des sureaux, caressé par les roses,

Je cherche le château, les masques du vrai bal, Sous l’œil malade et bleu du soleil automnal...