La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 68 sur 115

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La montée aux enfers

La Bète

 

La bête est quelque part dans mon appartement. Je ne fais pas de bruit, je marche doucement;

Si je pouvais dormir avant qu’elle s’éveille!

Mais je sens qu’elle est proche et qu’elle me surveille. En vain entre mes draps je cherche à me tapir, Tout à coup, d’un seul bond, elle vient s’accroupir Sur ma poitrine, elle la fouille de son ongle,

Avec ma peur, avec ma douleur elle jongle

Et son mufle heurtant mon cœur comme un marteau, Dans sa patte de marbre elle tient mon cerveau. O bête! Jalousie affreuse aux cent visages!

Tu m’écorches par le supplice des images...

Je vois la bien-aimée entre des bras, pliant,

Se renversant pâmée avec des yeux brillants

Et le torse éperdu lancé de tous ses muscles

Dans l’élan de l’amour que coupent des cris brusques. Toute la nuit la bête est là qui me fait voir

La bien-aimée au fond des obscènes miroirs

Avec tous les détails délicats de sa forme.

Dormir! pouvoir chasser la vérité difforme,

La bête aux visions, le monstre aux ongles clairs! Mais elle est toujours là dans les minuits amers, Elle souffle une haleine infecte, elle renâcle

Et toujours ses yeux verts reflètent le spectacle, La scène, sur le lit d’hystérie et d’horreur.

Il faut, pour que la bête apaise sa fureur,

Que le matin naissant dans les carreaux jaunisse Et je m’endors enfin, brisé par le supplice.