La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 76 sur 115

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La montée aux enfers

Femme aux Bijoux

 

Un piano bleuté

Couleur de nuit d’été,

Des tentures mauves

En velours byzantin,

Des bijoux, des écrins,

Sur des peaux de fauves,

Du feu, des miroirs froids,

De vieux panneaux chinois,

Des cuivres, des laques...

Dans un vase en cristal

Se mêlent le santal

Et la sandaraque...

Les rideaux sont épais,

Le jour ne luit jamais,

C’est le lieu que j’aime...

Et sur ton ventre impur

Tu fais couler l’azur,

Le grenat des gemmes.

Ah! laisse à tes genoux

Ce ruisseau de bijoux,

Ce torrent de bagues,

Car il n’est de saphir

Qui vaille un souvenir

Dans tes grands yeux vagues.

Je préfère aux anneaux

Sculptés dans les métaux,

Aux splendides chaînes,

Aux perles par milliers,

L’invisible collier

Tressé de mes peines.

Sa forme et sa beauté,

Ni ce qu’il m’a coûté

Afin qu’il existe,

Tu ne sais pas cela.

Tes yeux ont plus d’éclat

Lorsque je suis triste.

Voir tes yeux noirs verdir

Est mon plus cher plaisir

Et tous les topazes

Semblent moins orangés

Que ton corps allongé

Sans turban, ni gaze.

Aussi voici ce soir

Le collier aux grains noirs

Que seuls mes yeux voient.

Des perles de mes pleurs,

Du fil de mes douleurs,

Tu feras ta joie.