La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 5 sur 115

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La montée aux enfers

Le Jeune Homme aux Citrons

 

La porte était de bronze, étroite, ornementée...

Elle s’ouvrait au fond d’une rue écartée.

Tout de suite une odeur de rose et de jasmin

M’enivra, je suivis une petite main

Qui dans l’ombre sortait d’une manche vert pâle.

Un portique, une salle, un jet d’eau sur des dalles,

Des coussins noirs et des lanternes au plafond

Et de lourds citronniers tout chargés de citrons...

Avec trois fruits d’or clair un jeune homme nu jongle

Il vient de se baigner; l’eau fait briller ses ongles.

Il lance les citrons dans l’air et quelquefois

Une goutte d’argent vole aussi de ses doigts.

Derrière, à pas de loup, marche une jeune fille.

On comprend à ses bras levés, ses yeux qui brillent

Qu’elle va pour jouer le surprendre, baisant

Ses lèvres, étouffant son rire entre ses dents.

Mais je passe... Et c’est une chambre cramoisie

Avec une statue aux hanches amincies

D’une vierge peut-être ou d’un adolescent

Et du marbre du cœur coule un filet de sang,

Car un stylet d’acier traverse son sein gauche.

Et dans l’ombre, une forme à genoux, toute proche.

Fait le geste des mains pour recueillir le sang.

Mais je passe... Le bruit des gonds, le seuil glissant,

Les quartiers morts dormant au bleu des lunes mortes...

—Depuis, j’erre le soir pour retrouver la porte

De bronze et le parfum de rose et de jasmin.

Je gravis des perrons, je touche avec la main

Des heurtoirs et je cherche en les serrures vides

Le jongleur de citrons au visage splendide,

Les gouttes d’eau, la femme et son rire muet,

L’être au sexe inconnu dont le marbre saignait...