La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 48 sur 115

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La montée aux enfers

Le Voile Froissé

 

Voilà ce que je vis au fond du quartier vieux...

La jeune fille en deuil s’avançait au milieu

Des sordides bazars et des marchands d’oranges.

Le soir resplendissait dans les loques étranges,

Les haillons bigarrés aux fenêtres pendus.

Sa robe frémissait comme un songe perdu

Parmi le peuple affreux grouillant dans la ruelle.

Elle m’apparaissait tendre, rêveuse et frêle

Et je souffrais sentant combien les bruits, l’odeur,

Les visages devaient déchirer sa pudeur.

Je vis un torse épais, une chemise rouge...

Des voix d’homme sortaient du demi-jour d’un bouge

Et deux yeux d’assassin guettaient dans un couloir...

Et là, vint s’engouffrer soudain le voile noir

Le visage pudique et pur sous la voilette.

La nuit appesantit ses ombres violettes

Sur les fruits, les ruisseaux, les bars du quartier vieux.

Je voyais une lampe à des volets lépreux...

Plus tard on l’éteignit... Un pas léger dans l’ombre...

Le sang du bec de gaz... Pâle en sa robe sombre,

Elle passe et je vois que le voile est froissé,

Je comprends que des mains dans sa jupe ont passé,

On a mordu son cou, sa bouche a des empreintes,

Je sens qu’elle a tremblé sous une forte étreinte...

Elle va, les yeux clos, pudiquement, sans voir

Et deux yeux d’assassin la suivent du couloir...