La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 74 sur 115

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La montée aux enfers

Le Fantôme

 

Je revois quelquefois dans les glaces nocturnes, Ton visage, l’éclat de tes yeux taciturnes

Et tes doigts effilés en ivoire malade.

J’entends auprès de moi tes talismans de jade, Le frôlement perdu des robes familières...

O vertu des miroirs dans les nuits solitaires!

Je m’approche et je tends les bras vers ta pensée Et je vois ton image un peu moins effacée,

Dans le clignotement des lampes qui s’endorment. Au bout d’un chemin blanc se précise ta forme. L’air de ma chambre close est plein de ta présence. Le grand mystère ouvre ses portes de silence

Pour me rendre, encadré des colliers et des gemmes Et du peigne d’argent, le sourire que j’aime.

O bouquet de pavots où se cache une rose!

Je suis près du miroir et tendrement j’y pose

Un baiser. Et voilà qu’une vie délicate

Fait trembler les rideaux, brûler les aromates. J’entends le linge mort qui bouge dans l’armoire Et tes bijoux tombant dans la coupelle noire

Et le papier froissé des livres que tu touches.

Je vois ressusciter tes petites babouches,

Ton peignoir noir et or aux nuances passées... Mais le baiser finit... Mes lèvres sont glacées... Voilà la chambre morne où l’air est moins fluide... Miroir terni! Peignoir défunt! Babouches vides!...