La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 111 sur 115

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La montée aux enfers

L’agneau Désespéré

 

L’agneau sur le rocher semblait un bloc de laine. A côté les torrents descendaient vers les plaines Et les forêts roulaient leurs vagues vers les monts. Et je vis l’hippogriffe à tête de lion

Qui bondissait dans la lumière violette...

Et l’agneau se dressa, divin, devant la bête,

Il la prit par les reins, la tordit puissamment,

Puis, ayant labouré sa gorge avec ses dents,

Malgré la gueule en flamme et le dard de la queue, Au loin la projeta dans un lac dont l’eau bleue Éclaboussa d’azur les couloirs de rochers.

Mais quand l’agneau neigeux voulut se recoucher Il tachait les cailloux de sa laine sanglante.

Il courut vainement parmi les jeunes plantes,

Les traces ne faisaient que s’étendre, le sang

Était sur lui plus clair et plus éblouissant.

Et dans le soir qui devenait couleur de soufre, Je vis sur l’horizon, courant au bord des gouffres, Franchissant les lacs morts et les puits de granit Comme pour se baigner aux ondes de la nuit,

L’agneau rouge, l’agneau dément, l’agneau de flamme, L’agneau désespéré par le sang, ô mon âme!