La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 69 sur 115

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La montée aux enfers

Elle Sentait le Thym...

 

Elle sentait le thym, la fraise et la jeunesse...

Elle était si sensible à la moindre caresse!

Elle s’abandonnait pour un bouquet de fleurs.

Elle sentait l’épi, la grappe et le bonheur...

Les effluves du soir lui rougissaient la bouche.

Elle faisait voler sa jupe et ses babouches

Pour un brin printanier de jeune volupté

Et la chaleur des yeux la faisait palpiter.

Elle avait de l’orgueil à n’être pas fidèle,

Hors des draps émergeait son torse de modèle

Et ses reins dont l’élan a ravagé nos nuits.

L’absence de plaisir était son seul ennui.

Elle sentait les prés, la fougère et la vie...

Créature charnelle et jamais assouvie,

Elle criait d’amour quand on lui faisait mal

Et vous mordait la peau de ses dents d’animal.

Elle sentait le buis, le sureau, la pistache...

Il fallait alterner le sucre et la cravache

Pour posséder ce corps qui n’aimait qu’être nu.

Elle riait, tendant ses seins d’enfant menu.

Dans sa bouche on buvait la saveur des fruits aigres...

Avec ses cheveux courts, ses hanches un peu maigres,

Elle offrait quelquefois des grâces de garçon,

Elle se renversait avec de grands frissons.

A présent, je suis loin, on l’a prise peut-être,

Ainsi qu’un bijou rare et savamment poli,

Ainsi qu’un chien enrubanné qui cherche un maître,

Une bête de luxe à jeter sur un lit...