La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 20 sur 115

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La montée aux enfers

L’après-Midi du Faune

 

Imprudente, tu vas sous l’épaisseur des branches,

Dans le parc merveilleux par l’automne doré,

Sans savoir qu’à l’odeur que laisse ta chair blanche,

Moi, le monstre velu te suis dans les fourrés.

A plat ventre, enfonçant mon sexe dans les herbes,

J’ai scruté bien souvent sous le tissu léger

Tes deux jambes en fleurs, vigoureuses, superbes,

Et ta grâce de vierge ignorant le danger.

Et ta nubilité précieuse et vivante,

Cette pudeur sentant le duvet et la peau,

Se confondait pour moi aux odeurs enivrantes

Des vieux buis, des genévriers et des sureaux.

Or, l’automne en chaleur décompose les feuilles,

Du feu sort en vapeurs de l’humus craquelé,

Les marronniers brûlants en gouttes d’or s’effeuillent,

Et je danse en pensant à ton corps violé.

Je pourrais tout à coup te tirer par la tresse

Et te faire tomber d’un geste, sur le dos.

J’étoufferais tes cris de ma forte caresse,

T’immobiliserais du poids de mon fardeau.

Non, je veux te forcer comme on force une bête,

Te faire revenir à l’animalité

Par la peur, te montrant subitement ma tête

Affreuse, et mon corps nu de désir dévasté.

A la course! Pour fuir tu lèveras ta robe,

Mon souffle d’animal te chauffera les reins.

Les arbousiers avec l’œil rouge de leur globe

En passant de leur suc t’humecteront les seins.

Tu heurteras les troncs, glisseras sur les gommes, La ronce à chaque pas te déshabillera,

Plus fortes que les fleurs, des odeurs mâles d’hommes, En effluves épais entoureront tes pas.

Tu fuiras jusqu’aux lieux où le parc est sauvage, Où la racine à vif perce le sol en rut,

Où le pourrissement des bois et des feuillages Fait un lit séminal aux grands arbres membrus.

Je te culbuterai parmi les fondrières,

Je te déchirerai, je te ravagerai,

Je te ferai sentir tout l’amour de la terre

Dans un élan que rien ne pourra modérer.

Et dans le rythme immense où tu seras plongée, Tu percevras, tes mains fouillant le terreau noir, Le baiser des fourmis, l’amour des scarabées, Des étreintes de mandibule et de suçoir.

Et tu sauras combien est beau le crépuscule,

En sentant sous ton dos broyé par mon poitrail, Les insectes amants, les couples minuscules

Et tout le grouillement de la terre en travail.

Et, boueuse et sanglante, au sein de la nature, Tu renieras l’orgueil de ta virginité

Dans ce lit de la vie et de la pourriture

Dont j’aurai fait jaillir l’éternelle beauté.