La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 36 sur 115

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La montée aux enfers

Le Dernier Spasme

 

Comme ils avaient compris le sens de la comète,

De l’épaisseur de l’air et du trouble des eaux

Les jeunes gens, hantés de luxures secrètes,

Entrèrent en courant dans le parc du château.

Déjà des craquements sortaient du creux des arbres,

Les lévriers pâmés hurlaient sur les gazons...

La chaleur partageait les vasques et les marbres

Et la mort répandait sa forte exhalaison...

Ils sautèrent soudain sur les trois jeunes filles,

Ils les prirent contre eux avec de fortes mains

Et foulant le parterre et franchissant la grille

Bondirent à cheval en les tenant aux reins.

L’horreur embellissait les trois nobles visages,

La lutte dessinait la ligne des corps purs.

Sur les portes, des gens criaient à leur passage...

Mais déjà des éclairs zébraient d’or les azurs...

La cavalcade alla jusqu’aux forêts prochaines.

Là, les déshabillant, leur broyant les genoux,

Les hommes en fureur sous les ombres des chênes

Prirent les trois enfants aux corps minces et doux.

Car ils ne voulaient pas entrer dans le silence

Sans percer de leur cri de plaisir les cieux lourds.

Ils désiraient connaître en mourant la puissance

De la vie, éclater de jeunesse et d’amour.

Mais déjà les oiseaux tombaient comme des pierres,

Les chevaux étaient morts debout, tous les tocsins

Hurlaient dans la soirée aux verdâtres lumières...

Eux, pensaient seulement à la forme des seins...

Ils apprenaient le rythme essentiel du monde. Le plaisir à présent devenait mutuel

Et la terre en cassant ses vertèbres profondes

Leur donnait un nouvel aliment sexuel.

Les jeunes filles par l’étreinte ravagées

Gémissaient et serraient les hommes sur leurs flancs. Les dents marquaient les cous et les lèvres mangées Entre elles se buvaient intarissablement.

La mer se souleva, les montagnes flambèrent

Le ventre de la terre eut des bruits de canon... Sortis des profondeurs des monstres émergèrent Les peuples affolés devinrent des charbons...

De hauts vaisseaux lancés par des ras de marée Allèrent s’enfoncer au milieu des labours...

Le fleuve fou roula sur la ville égarée...

Les amants demeuraient l’un sur l’autre toujours...

La lune se fendit dans le ciel de désastre...

Des geysers de feu par milliers jaillissaient...

Mais sous la lave en flamme et sous les morceaux d’astre, Les amants enlacés toujours se possédaient...

Et plus haut que le jet des volcans gigantesques, Dans le chaos et les éthers carbonisés,

Arrêtant les soleils dans leur folle arabesque

Monta le dernier spasme et le dernier baiser...