La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 113 sur 115

Pages du PDF

La montée aux enfers

La Montagne des Bêtes

 

De partout, près de moi, sur les monts fabuleux, Les loups pelés montaient par les rochers galeux. Je voyais sur le bord des crânes plats et chauves Bouger comme du sang la flamme des yeux fauves, Je touchais les poils durs et les dents de métal, Pesant la solitude et la peur et le mal

Et l’amour de la nuit qui possèdent les bêtes.

Sur un tronc dépouillé pleurait une chouette.

Près d’un trou d’eau verdi, dans le creux du ravin, Un crapaud regardait avec ses yeux éteints.

Des scorpions tendaient le crochet de leur queue Et des vers déroulaient leur dos d’écailles bleues. Des milliers de fourmis sortaient des fourmilières. Des vipères posaient leur front triangulaire

Sur mes pieds, des têtards dansaient dans mes cheveux Et des germes sans forme éclataient hors des œufs. «Je veux vivre avec vous, ô frères taciturnes,

Pleurer vos morts, compter vos naissances nocturnes, Participer, moi, l’homme, à l’obscur idéal

Que verse la nature au cœur de l’animal.

Donnez-moi vos chaleurs, vos bontés et les lampes De vos yeux, animaux, peuples de ceux qui rampent, Car venant de plus loin, d’un plus triste chemin, Vous voyez dans la nuit mieux que les yeux humains... Vous êtes le sel noir mais de pure substance

Et la rédemption des choses, le silence

Qui doit parler et la beauté qui doit surgir.

Voici venir le temps, bêtes, de repartir.

Puisque l’homme a failli, vous êtes la jeunesse, Il faut recommencer la course de l’espèce...»