La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 112 sur 115

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La montée aux enfers

La Rencontre du Squelette

 

Sous les figuiers géants, au fond de la vallée,

Parmi les flots de sable et les roches gelées,

Le puits me regardait, glauque et prodigieux,

Ainsi qu’un œil dans un visage de lépreux.

Sur l’antique margelle expirait le soir morne.

On était sous le signe froid du Capricorne.

Par des traces de pas j’avais été conduit

Et ces traces de pas s’arrêtaient à ce puits.

Et je savais qu’au loin mouraient les caravanes... Il n’était ni fagot, ni vase, ni cabane,

Rien d’humain où mon âme aurait mis son espoir Et je posai mon front sur la pierre pour voir...

Alors je vis sortir du puits un long squelette

Qui se tint devant moi, triste, branlant la tête

Et montrant ses os nus comme la vérité.

Il ressemblait un dieu du monde inhabité.

Des herbes lui faisaient une couronne noire,

Et voilà qu’une dent tomba de sa mâchoire,

Les phalanges se détachèrent de la main,

Le fémur se plia sous le poids du bassin,

Il se désagrégea, devint de la poussière...

Et l’ombre vint dans la montagne solitaire.

«Ah! que ne suis-je encor avec mes compagnons! Quelqu’un m’appellerait peut-être par mon nom, J’aurais un peu de vin au fond d’une outre, encore De la chaleur sous un burnous multicolore...

Au moins je serais mort au chant des chameliers!» La nuit morte gelait les branches des figuiers

Et je vis que la trace à peine saisissable

Des pas, allait plus loin dans la nuit, dans le sable...