La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 75 sur 115

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La montée aux enfers

Le Compagnon

 

Il a les pieds feutrés, il est masqué de noir...

Il marche sans lanterne à travers les couloirs...

Il fait le long des murs un bruit de feuilles mortes...

Il gravit l’escalier, il en touche les portes

Et sous les paillassons il ramasse les clefs...

Il entre... Son visage est rougeâtre et pelé,

Il a la jambe grêle et le crâne difforme.

Il se tient, grimaçant, auprès de ceux qui dorment

Ou de ses doigts sans ongle il caresse leurs yeux.

Par son attouchement humide, les cheveux

Se détachent, un mal blanchâtre vient aux bouches,

Une corruption gagne la chair qu’il touche.

C’est pire pour le cœur. Fermez la porte, allez,

Et sous le paillasson ne laissez pas la clef.

C’est toujours lui qui vient, non la visite chère.

Je le sais. C’est pourquoi j’allume les lumières,

Je prépare un souper, je me mets en habit

Et j’attends, solennel, cette hôte de minuit,

Parmi tous les reflets électriques des glaces.

Le monstre vient, ricane et je lui dis: Prends place

Devant moi. Il s’assied. Son œil malade luit.

Il enlève son masque. O seigneur! Et la nuit

Est longue. Nous buvons. Jamais je ne m’écarte

S’il s’approche de moi. Sais-tu jouer aux cartes?

Non. Moi non plus. Lis-tu des livres? Non, jamais.

Surtout ne parle pas de celle que j’aimais...

Nous buvons. As-tu froid? Voici la couverture.

On entend un laitier passer dans sa voiture...

Quand le bonheur s’en va, vois-tu, c’est pour toujours...

Et nous nous endormons tous deux au petit jour...