La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 7 sur 115

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La montée aux enfers

Le Médecin Avorteur

 

Je suis un médecin louche d’avortements.

Le soir, dans un quartier perdu, secrètement,

Mon logis clandestin s’ouvre aux filles enceintes. J’écoute leur histoire éternelle, leurs plaintes, Je tâte le malheur du corps supplicié

Et c’est toujours pareil et j’ai toujours pitié.

Je suis un charlatan aux secrets salutaires

Qui connaît le revers du baiser, la misère

De ces flancs de plaisir qui sont devenus lourds Et je tue au berceau stérile de l’amour

Avant qu’il ait poussé le cri de la naissance,

L’atome au sexe humain dans le germe en puissance. Je suis un médecin béni des malheureux,

Car j’apaise les nerfs et je sèche les yeux

Et fais passer la loi des pauvres créatures,

Avant l’inexorable loi de la nature.

Mais vous, races sans nom, vivants indésirés, Blés corporels qu’aucun soleil n’aura dorés,

Larves aveugles qui mourrez avant de vivre,

Cellules du malheur, c’est moi qui vous délivre De la séduction, des méchants, des ingrats,

Du baiser qui trahit, de l’amour qu’on n’a pas, De l’abandon glaçant les chambres solitaires,

Des peines qui rongeaient celles qui vous portèrent, De tant de maux, de tant de pleurs, en vous jetant Dans le repos de l’ombre et la paix du néant.