L'agonie
Chapitre IV
C’étaient, dans la région Transtévérine, sur la rive droite du Tibre, des maisons aux murs lépreux crépis de jaune ou stuqués, quelques-unes hautes de plusieurs étages, qui surplombaient des étroites rues, ombreuses comme des rues orientales. Des encoignures de carrefours, humides, que bandait quelquefois, pareil à un baudrier d’or, un rayon de soleil tombant des toits de briques ; puis des pans de voies ornés de niches enguirlandées où s’immobilisaient des statuettes de déesses et de dieux. Partout des boutiques basses, présentant leur étal ; des boucheries aux crocs de fer où pendaient des quartiers de viande et d’énormes cœurs de bœufs ; des boulangeries alignant des pains ronds ou bossues ; des fabriques de chaussures de cuir, de bois et de cordelettes ; aussi des fabriques de lampes de cuivre repoussé et de poteries vernissées luisant dans le demi-jour. Et, aux fenêtres étranglées, cachées par des treillis de bois, des étoffes flottantes, des cordes se dévidant aux murailles, un fouillis d’objets claquants.
Dans les terrains vagues bordant le Tibre, une petite maison avec un trou au sommet d’où flosculait une fumée noire, ouvrait un étroit jardinet qu’animaient des héliotropes et des passeroses. Une sorte de hangar s’étalait au bout, obstrué de blocs d’argile et de briques carrées, de vases d’un style étrusque, de lampes à dessin, de brodequins séchant sur des étagères supportées par des chevalets, offrant, plus au fond, en un coin de porte, un trou rond de four agonisant.
Un homme rougeaud, aux cheveux crêpelés, le sayon de laine déchiré, les bras nus jusqu’aux épaules, la poitrine nue, faisait virer un tour de potier. Sur l’étroite planche horizontale, l’argile s’évasait, s’arrondissait, et elle ressortait en vases oblongs, sveltes comme des lis découpés, en plats ronds, en amphores ovales, à base pointue.
Un autre, maigre et brun, sur un escabeau de palmier tressé, bigarrait les vases avec un pinceau trempé dans des pots de couleur. Il les entourait de lignes géométriques noires et rouges, de figures de dieux, d’attitudes de lutteurs à la croupe se tordant, de groupes de quadriges piaffant en des vides d’azur.
Plus loin, un autre adaptait des anses aux vases ou coupait de grands cubes d’argile qu’il jetait au tourneur.
Celui-ci sifflait une sorte de mélopée triste qui s’ourlait au grincement du tour, sans regarder autre chose que son argile s’évadant, vivante, de ses mains.
Rien n’arrêtait l’activité mélancolique des potiers, noyés dans la poussière dansante du soleil, qui faisait paraître comme en un mirage, en perspective jaune de forêts rameuses, les héliotropes et les passeroses aux larges fleurs, aux feuilles tombantes comme des vêtements.
Par la claie de roseaux brûlés séparant l’atelier de la maison, un homme regardait, un vieillard à peine vêtu d’un sayon de bougran serré à la taille, appuyé à un énorme bâton recourbé, et dont la coiffure, de feutre roux, couvrait des cheveux blancs, très longs, s’emmêlant à un flot de barbe rejeté sur les épaules. Il était maigre et haut, avec des yeux cernés de rouge, des lèvres minces, une peau jaune, couturée et plate, sous laquelle des veines faisaient des nodosités, et pieds nus.
Il restait là, muet, attendant.
L’homme rougeaud leva la tête.
— Maglo ! s’écria-t-il. Est-ce pas Maglo que nous attendons tous ?
Et il quitta prestement le tour qui eut un fort sifflement. Les deux autres s’arrêtèrent.
Le potier alla ouvrir au vieillard, qui étendit la main vers tous et marmonna quelques paroles. Ils s’étaient agenouillés, puis ils se relevèrent pendant que Maglo s’asseyait sur un escabeau, soucieux, fatigué.
— Père, tu as mangé ? fit le potier, le regardant émotionnément et l’entourant avec la sollicitude d’un fils. Maglo répliqua :
— Oui ! Oui ! J’ai mangé, je suis repu !...
Ils gardaient tous trois, sans l’interrompre, un respect attendri. Le menton appuyé à son bâton, le vieillard fixait ses yeux à terre :
— Avoir traversé les Gaules et l’Italie, couru sur des fleuves, franchi des monts, risqué ma vieillesse, souffert de la faim, du froid, de la chaleur, des coups, des injures, des railleries, pour voir Rome, et tomber dans son fumier. C’est dur, dur !
Il se redressait, la taille haute, le geste anguleux, le bâton pointant vers Rome :
— Je le prédis, je le prédis ! Si nul ne la détruit, la prostituée qui se livre aux fils de l’Orient, c’en est fait. Sa pourriture s’étendra sur la terre, et malheur, malheur à tous !
Les autres tressaillaient. Mais Ghéel serrait doucement le poing du vieillard, le forçait à s’asseoir, et, volubile :
— Oui, nous la détruirons, père. Nos frères deviennent de plus en plus nombreux, mais il nous faut du temps, pour activer le feu qui la consommera tout à fait !
Et il riait tranquillement, et les autres faisaient chorus, comme s’ils eussent voulu tranquilliser le nouveau venu, qui reprenait :
— Qu’est ce quartier où des prostituées appellent les passants ? J’ai vu un homme mettre en nudité une femme. J’ai vu des adolescents caresser des libertins et se polluer avec. J’ai vu de vieilles femmes partager leur couche avec des impubères. C’est la fin des fins, de quoi faire se voiler la face du soleil.
— Tu as traversé la Voie Suburane ? dit timidement le potier.
— Cette Voie est la voie de perdition, reprit vivement Maglo. Mettez le feu à cet afflux de pourriture qui gangrènera les nations !
— La catéchisation se poursuit, Père, assura Ghéel après un silence, pour mettre un peu d’apaisement dans l’âme du vieillard, dont les colères commençaient à l’interloquer. Nous sommes nombreux, à Rome, qui voulons l’avènement de l’Agneau et augurons beaucoup du nouvel empire, né en Orient, qui va préparer les cœurs à Kreistos.
— L’Orient, l’Orient, s’exclama Maglo, est-ce pas Babylone ?
— Et Babylone, c’est Rome, répondit Ghéel en reprenant son sourire. Nous avons des pauvres et des prostituées qui sont misérables.
Le vieillard sursauta.
— On me l’avait bien dit, on me l’avait bien dit, gémit-il. Vous autres, de Rome, vous vous ouvrez aux fruits gâtés qui vous pourriront.
— Nous prenons la semence où elle se trouve, qu’importe, dit Ghéel. Vois mes ouvriers : Lixio est un Phrygien, condamné à la crucifixion pour meurtre de son maître ; Gangus est un Campanien que le procurateur recherche pour vol. Ils se sont échappés des magistrats et je les ai gardés : ils n’ont rien à craindre ici. Ce sont des Frères.
Maglo regardait fixement Lixio et Gangus. Ghéel reprit, à la fois humble et assuré :
— Et moi-même, né en Syrie, n’ai-je pas été plus loin que l’Euphrate, séparé de mon frère Madeh, mort ou esclave, qui sait, et ne suis-je pas sous le pouvoir des lois de l’Empire pour avoir incendié une ville ?...
— Hélas ! hélas ! fit alors Maglo qui se tut.
En lui revenaient des rêves de pureté qui le traversèrent clairement dans sa caverne des Alpes, devant le décor neigeux des montagnes, les horizons bleus, les froides eaux s’égouttant des ravins où l’arbouse saigne son fruit rugueux, où l’airelle recouvre des nichées de prestes lézards. Sa vieillesse l’avait gardé vierge, avec, sous les yeux, une image puissante de la Maya, figée en son cerveau par une transmission héréditaire d’Helvètes scandinaves, ses ancêtres, et, au-dessus, la face pâle de l’Homme Divin, du pied écrasant les sept têtes du Péché : la luxure, la fornication, le viol, la bestialité, la sodomie, l’adultère et le stupre. La renommée de sa sainteté avait descendu le Rhône par Lyon, traversé la mer et frappé aux portes de Rome, d’où les sectateurs de Kreistos l’appelaient. Et, recommandé à Ghéel par un fidèle de là-bas, il était venu, désireux de ne pas mourir sans voir Rome, pour que plus vive encore fût sa foi. Mais quelle désillusion depuis.
— Tu resteras ici, disait Ghéel, avec un sourire heureux. Je vais faire préparer ta couche, car tu es chez les tiens.
À ce moment, la porte de claie s’ouvrit. Maglo s’écria :
— Elle ! perdition. Elle que j’ai vue ce matin.
Roide et farouche, il voulut s’en aller, quand une petite main enveloppante s’empara de la sienne, la baisa tendrement.
— Oui, je sais, c’est toi qui passa devant ma porte et que j’appelai. Mais qu’importe ! Ghéel me dit que je suis pardonnée.
Maglo se troublait, dégelé ; il traça machinalement le signe du crucifiement sur la tête de celle qui se jetait à lui : une jeune femme, coiffée d’une courte mitra, les cheveux tirés vers les tempes, les sourcils rapprochés par un trait noir, des anneaux de bronze aux oreilles, les seins ballants sous une subucula de toile jaune clair, une ceinture haute, des sandales lacées au milieu du mollet découvert, et qui avait aux joues une couche de blanc crayeux. Une fibule d’argent — une tête de Méduse — fixait à son épaule une palla simplement ouverte sous l’aisselle gauche.
— Assez, assez, Cordula, cria sévèrement Ghéel qui s’aperçut de l’embarras de Maglo.
Et Cordula, confuse, se leva, non sans approcher du nez de Ghéel un sachet carré d’étoffe.
— Odore ! C’est un homme qui me l’a donné. On dirait du myrrhe et de la verveine.
Et elle s’enfuit, laissant comme la trace d’une apparition jaune d’or dans un subtil parfum de verveine et de lupanar.
Ghéel était devenu tout rouge et il balbutiait :
— Est-ce qu’on peut retenir ces femmes ? Il leur faut être bon et indulgent, car elles vous aiment, et Kreistos n’est pas ennemi de l’amour.
— Et tu les aimes, tu aimes leur chair, dit Maglo, n’osant éclater.
Des voix mêlées bruirent. Et une douzaine d’hommes et de femmes pénétrèrent dans la poterie, qui se prirent la main et se baisèrent cérémonialement sur une joue. Ils venaient pour Maglo, qu’ils savaient devoir arriver ce jour-là chez Ghéel, où ils se réunissaient souvent, étant tous des chrétiens qu’une même communion solidarisait dans une exquise fraternité, cependant parfois troublée par des discussions divergentes de dogmes.
Lixio et Gangus avaient arrêté leur labeur : Ghéel fit asseoir les religionnaires sur des escabeaux bas, tressés avec de l’osier du Tibre voisin, au milieu des blocs d’argile et des vases, où du soleil poudroyait en une descente d’or immatérialisée. Comme, après l’avoir baisé sur ses joues de parchemin sec, ils le suppliaient de parler, Maglo, lentement, les yeux rouges, la voix encore pleinement sonore, les entretint des églises chrétiennes de la Gaule, par lui visitées après son départ de l’Helvétie. Mais si, là-bas, la propagation était très épineuse, grâce à certaines populations hostiles à l’Agneau, combien Rome le scandalisait, avec ses lupanars ouverts à tous, les vices de ses habitants, qui se répandaient en ondes puantes, en ténèbres d’esprits sur le monde, hélas ! contaminé. Et il pleura, frappa le sol de son bâton, puis, le pétase à larges bords en arrière, un poing tendu, la main verticale, le ventre en cercle et ses gros pieds nus en avant, il se leva. Rome passa dans ses paroles violentes comme une image de bête mauvaise, à la croupe pleine de péchés, et terriblement il la voulait pourchasser, pour l’assommer de son bâton et l’ensevelir ensuite dans la fange visqueuse où, d’habitude, elle se vautrait, quand un des chrétiens l’interrompit : jeune, à attitude fière, col dégagé, tête nue et cheveux ras, face ovale, fine, intelligente, où deux yeux noirs mettaient des plaques mobiles de beauté transsudante de trente ans, de beauté d’âme qui vivait au-dessous, d’extraordinaire animation, avec une barbe court-pointue complétant une physionomie d’apôtre tout exaltante d’humanité. Et pauvre, vêtu d’une tunique de laine simple, rapiécée proprement, chaussé de sandales de bois, les jambes nues. Il s’appelait Zal. Il fit :
— L’Agneau ne veut pas que le centre de l’univers, siège de sa gloire future, soit pollué par les injures de notre Frère d’Helvétie. C’est du fumier de Rome que naîtra la divine fleur de Kreistos !
Les autres regardèrent Maglo qui, un moment abasourdi, répliqua :
— Rome, Rome est une pourriture !
Il répétait cela sourdement, comme si la vision des lupanars de la Voie Suburane lui fût restée aux yeux, et encore sous un coup d’étonnement de l’interruption de Zal, qui, victorieux, défendit Rome, sans plus de souci de la sainteté de Maglo, se sentant déborder et même faiblir dans son ancienne foi en la pureté isolée de Kreistos. Alors une voix fit :
— La majesté de Kreistos plane sur tout, peut naître de tout !
Les chrétiens s’inclinèrent devant celle-là qui avait prononcé ces paroles, une femme de vingt-cinq ans, expressive et ardente en chacun de ses mouvements, au grand air de patricienne ascétique, sans joyaux, sans fard de minium ou de céruse, austèrement vêtue d’une stola blanche à plis droits et d’une palla recouvrant des épaules frémissantes sur lesquelles des torsades de cheveux noirs, échappés aux bandelettes de la tête légèrement inclinée, apparaissaient, vibrants, vivants. Un autre avança :
— Notre sœur Severa a raison. Mais cette majesté est incorporelle, un pur esprit, comme celui dont elle émane !
Celui-là, qui était grand, maigre et d’âge de maturité — quarante ans — avait une tunique noire, les cheveux mal coupés, la face rasée d’un homme travaillé de secrètes passions. La voix coupante, il dominait généralement un certain monde de chrétiens auxquels il parlait dogmatiquement, les yeux fermés, le menton haut sur un col roide, jusqu’à présent assez dédaigneux de ce que d’autres religionnaires pensaient et disaient de lui. Car, si ceux-là l’affirmaient savant dans l’Apologétique et homme de pensées larges, ils ne craignaient pas d’amener parfois au jour une tare de christianisation qui faisait d’Atta — ainsi le nommait-on — en dehors des assemblées et des réunions intimes des fidèles, une sorte de misérable et besoigneux parasite flattant les grands, vendant la Foi pour quelques auréus et même quelques bouchées de pain et de sardines. Cependant, il se gardait de ces accusations, non encore formulées brutalement, et, pour mieux se défendre, se montrait partisan de l’église officielle des chrétiens politiques, riches, adroits, ne s’entremettant que de loin, sous le regard de l’évêque de Rome, Calliste, et, avant Calliste, Zéphirinus, avec les églises plus humbles, modestes, attendries, fraternisantes dans lesquelles se comptaient ceux qui étaient chez Ghéel et Ghéel lui-même.
Ces églises se mouvaient en une sorte d’indécision de la Doctrine, une très libre et élastique allure qui les faisait pratiquer certains rites du polythéisme ou du moins accepter certaines idées encore polythéistes en la force divine, résumée pour elles en Kreistos. Beaucoup s’agrégeaient par nations, et c’était justement ce qui les différenciait des communautés politiques au caractère plus prononcé d’internationalité. À part Severa, épouse romaine d’un patricien qui, depuis de longues années, s’était séparée de l’empire et des empereurs, et qu’un attrait, disait-on ingénument, poussait vers Zal par Kreistos ; à part Atta, de haute lutte s’imposant parmi eux dans un but peut-être d’intime domination, ceux que la présence de Maglo réunissait chez Ghéel étaient Orientaux, de la Perse et de la Phrygie, du Pont et de la Chaldée, et, tels ressentaient des affinités encore inavouées, mais tangibles, pour le nouvel Empire, dont le jeune et prestigieux chef allait, le lendemain, faire son entrée à Rome. Et c’est ce dont ils causèrent tous. Zal, surtout, prétendait préférer Elagabalus et ses corruptions, la Pierre-Noire dont l’ombre se levait sur l’horizon romain, et ses prêtres, aux empereurs polythéistes qui, à son grand souci, ne dissolvaient pas assez le monde. Kreistos naîtrait de la pourriture d’Elagabalus et non de la saine et robuste vie des dieux des autres ! Il disait cela ardemment, hardiment, les yeux sur lui attachés de Severa, pendant que Maglo branlait du chef, assis, son gros bâton entre les jambes, et qu’Atta promenait un air inquiet, circulaire de Ghéel aux autres chrétiens, et par instant regardait sévèrement Zal maintenant noyé dans du soleil.
Venu de trop loin pour être rapidement au courant des théories de Zal, Maglo dévia la discussion par une affirmation de la substance du Fils de l’homme, idée qui lui paraissait très chère. Une controverse éclata. Les uns voulaient que le Kreistos fut un être incorporel comme l’homme ; d’autres en faisaient un pur esprit : Ghéel avança timidement que le Kreistos et son Père étaient la synthèse irréductible de tous les dieux. Mais Maglo se boucha les oreilles et se leva, dominant encore les tuniques pauvres des chrétiens, tournées vers lui :
— Blasphème ! L’Agneau, séparé de son Père, est son égal en puissance. Je l’ai bien vu, moi, Maglo, avec ses sept plaies saignantes, le Père, maître du tonnerre et des biens à sa droite, et l’Esprit à sa gauche.
Atta lui répondit, de son air rogue, de sa voix supérieure qui semblait dédaigner d’obscurs auditeurs :
— Tout doit se résorber en la seule divinité de Kreistos. L’idée trinitaire, glorifiée par Maglo, est dangereuse en ce qu’elle rappelle le culte des faux dieux de l’Égypte.
Et comme Maglo, touché dans sa sainteté, prenait une apparence pitoyable, il avança que les questions de dogme devaient être laissées aux dignitaires des églises assemblées. Mais Zal se révolta, n’acceptant point que la direction des esprits fût livrée à des dignitaires dont la foi était peu sûre :
— L’Esprit souffle où il peut. L’homme est faillible ; nous ne pouvons permettre d’abandonner ces discussions au gré de ses passions.
Il rejetait toute autorité, en une brutalité visant ostensiblement Atta, qui, méprisant et hypocrite, lui décocha une flèche vénéneuse.
— Prends garde, Zal, que cet esprit ne soit le Démon !
Zal bondit et lui montra le poing :
— Le Démon est en toi, en toi l’impur, qui caches ta bassesse sous une fausse sainteté.
Et il semblait vouloir le frapper, indigné, mâchonnant ce qui se disait d’Atta depuis longtemps, son parasitisme, ses vices secrets, ses fréquentations suspectes avec les Gentils. Mais on se leva tumultueusement ; on les sépara. Atta était blême :
— Je te ferai retrancher des Fidèles !
— Je dénoncerai ton hypocrisie à tous !
Furieux, Atta sortit, non sans jeter ces mots à Zal, vers qui Severa s’était portée, en une émotion qui rosit tout à coup sa face aux lignes droites :
— Malheur, malheur, malheur à toi !
Chacun frémissait encore de la scène qui avait si brusquement mis fin à la controverse soulevée par Maglo. Zal ne disait plus rien. Maglo promenait ses mains maigres dans sa barbe fluctuante et, inquiètement, regardait les Fidèles. Mais ceux-ci, Zal et Severa avec, s’en allèrent. Il ne resta que Ghéel, ses ouvriers et Maglo, muets.
OceanofPDF.com