L'agonie

Jean Lombard · Chapitre 49 sur 66

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L'agonie

Chapitre VI

Ah ! l’efflorescence du Sentiment se poussait en Madeh, mais avec des contradictions terribles de son organisme, à la fois mâle et femelle, et l’obombrait abominablement de fleurs noires, aux pétales noirs, dont il eût voulu couper les inextricables tiges de Mort. Jadis, il répudia Atillius, et maintenant lui revenait son souvenir mêlé à celui d’Atillia, comme si entre le Frère et la Sœur un combat se fût fait de sa possession. Et il ne savait qui choisir, en l’obscurité de son âme, d’Atillia ou d’Atillius, les trouvant, oui, les trouvant égaux pour sa faible sexualité, surtout pour un besoin d’aimer morbide qui le travaillait en dedans ! C’est que la Nature en lui se doublait, grâce à une naissante Androgynité qui poussait timidement, en organes aux racines épanouissantes, à peine décelées.

Et son cœur se surprenait à des bégaiements de Passion à la fois pour Atillia et Atillius non de chair, tel qu’il les connut, mais d’Idée pure. Tous deux se déformaient, en un éloignement intérieur, au point que, hormis les traits généraux, ce n’étaient plus eux, mais un homme, mais une femme, même l’un et l’autre en un seul, qui était l’Androgyne du primicérius.

Très sensitif parce que très maladif, Madeh se frappait des moindres mouvements de foule, des moindres rumeurs du Tibre, des moindres déplacements de nuages au ciel. Il se sentait malheureux et, triste, il enviait sourdement la quiétude de Ghéel, la confiance mutuelle de Zal et de Severa, même l’ardeur à vaticiner de Maglo et à bavarder de Scebahous. Rien de très clair ne se présentait à lui, pas une femme, pas un homme, pas un nouveau genre de vie qui l’eût refait entièrement.

Il eut le hasardeux vouloir du Baptême. Ces chrétiens si heureux, Kreistos ne les faisait-il point tels par l’Imposition des Mains et le Don des Eaux ? Il s’en ouvrit à Zal, qui le serra tendrement sur son cœur :

— Chrétien, tu l’étais avec Atillius, sans t’en douter, alors qu’en toi il recherchait l’Androgyne. Tu es même un martyrisé du dieu qui a les deux sexes, parce qu’il est le seul tout puissant. Vous vous êtes trompés tous deux, mais les tentatives d’Atillius pour la reconstruction de l’Unité, qui est Kreistos, t’ont sauvé sans t’en douter.

Grandement mystique, il s’expliquait à double sens. Madeh insista :

— Les Eaux lavent les souillures du corps et, malgré tout, mon corps est souillé.

— Oh ! non, oh ! non, répliqua Zal. La véritable souillure est d’âme et non de corps. Cette distinction nous sépare des autres chrétiens qui condamnent la chair pour laisser l’âme à ses impuretés. Nous, nous lavons celle-ci : la chair se sanctifie par la Grâce de Kreistos, par la Foi en Kreistos.

Madeh eût voulu dire à Zal : Hé ! quoi, tu donnes toute rémission à la chair, et tu n’uses pas de Severa qu’on dit pure avec toi ! — Effectivement, c’était ce qu’il avait entendu souvent parmi les chrétiens qui ne s’en occupaient autrement. Mais, comme si Zal l’eût deviné :

— Oui ! mais nos deux corps n’éprouveront jamais les jouissances de nos âmes ; celles-ci sont supérieures à la terre. Nous ne voulons pas déchoir. Nous ne nous aimerions plus. Nous ne nous sommes jamais avoué cela, il est vrai, mais cela est en nous, en instinct. Comprends bien que si la chair se satisfait en nous, nous redescendrions la Perfection. Et puis, nous n’y pensons pas, nous n’en voulons pas, nous nous y refuserions !

Il s’expliquait longuement, sûr de lui et de Severa, avec une grande sincérité et une grande simplicité confinant à de la divination. Revenant au Baptême, il ajouta, en un vague éclair de raisonnement qui laissa tout songeur Madeh :

— Reçois ou non les Eaux, tu es digne de Kreistos parce que tu es une créature de Kreistos, qui du Péché veut aller à la Perfection. Les Eaux ne te conduiront pas sans les Œuvres. Aie la Foi et la Grâce : le reste viendra !

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