Le Jeu des tricheurs
Chapitre 6 - Trouble érectile et film d'horreur
CHAPITRE 6
Trouble érectile et film d’horreur
BELLE
J’assiste au jeu de ping-pong qui prend place.
— J’ai été l’épouse parfaite ! crie Colyne.
— Une épouse digne des plus grands films d’horreur, oui !
— Peut-être que si tu baisais mieux, j’aurais été plus gentille ! Si je jouais dans un film d’horreur, toi tu étais le héros d’un mauvais porno ! Dans lequel le mec souffrirait de trouble érectile !
J’observe Colyne et Parker se hurler littéralement dessus. J’ai eu beau tenter de calmer le jeu plusieurs fois, j’ai l’impression d’être transparente.
Je pousse un soupir presque dépité. Je suppose que toute tentative de médiation sera vaine.
Et pendant tout ce temps, cet enfoiré de Priam est resté silencieux. Insensible à leur engueulade, il a passé son temps assis sur sa chaise, les bras croisés sur son torse à m’observer sans discrétion.
— Bon, continué-je ensuite, la situation ne mène effectivement à rien.
Je me redresse derrière mon bureau et tente d’attirer leur attention.
— Nous allons donc écourter le rendez-vous.
Mais Parker et Colyne m’ignorent toujours. Debout de chaque côté du bureau, ils se pointent du doigt l’un l’autre tout en se balançant saloperie sur saloperie.
— Peut-être que si t’avais voulu tester autre chose que le missionnaire, on n’en serait pas là ! s’exclame à son tour Parker.
Super. Vraiment super.
À deux doigts de les frapper l’un après l’autre, et sentant ma patience disparaître, je cherche Priam du regard. Je fais un mouvement de la tête histoire qu’il comprenne que lui aussi est censé intervenir pour calmer son putain de client.
La seule chose qu’il fait est de jeter un œil à sa montre hors de prix. Je reconnais le modèle Omega. J’observe ensuite le costume sur mesure qu’il porte. Il est pété de tunes, sexy à mourir et il le sait. Petit plus non négligeable, son ego bouffe toute la pièce à cet instant.
— Interviens, je marmonne dans sa direction.
Il hausse les épaules, imperturbable. Les époux ne font plus du tout attention à nous désormais.
— Quoi ? reprend-il ensuite, Parker a raison. Le missionnaire ? Quel ennui.
J’inspire profondément en me demandant s’il vient bien de me dire ça. C’est ça, la seule chose qu’il a retenue ?
Je me racle la gorge et m’exclame ensuite :
— STOP !
Un silence s’abat dans mon bureau. Chacun des époux se tait instantanément avant de se tourner vers moi.
— Si vous continuez d’hurler dans mon bureau, je vous fais sortir par la sécurité, OK ?
Ils hochent tous deux la tête. Heureusement qu’ils se calment, parce que nous n’avons en réalité aucune sécurité.
— Bien. Puisque aucune conciliation n’est envisageable, je…
— Non, aucune, s’exclame Parker.
— C’est clair, crache ensuite Colyne. Je veux divorcer.
— Je serai le premier à divorcer et à te plumer !
Priam abat sa main sur la table, les réduisant de nouveau au silence. J’ignore son geste et continue :
— Nous allons donc écourter ici le rendez-vous. Je vous propose de nous retrouver dans quelques jours une fois que les esprits seront calmés.
Mon plan est déjà clair dans ma tête. Faire piéger le mari afin d’invoquer une faute de sa part et avoir un prononcé du divorce entièrement à ses torts.
Sauf que, quand je croise de nouveau le regard de Priam, je vois les idées tourner à toute allure sur son visage. Son air calculateur se renforce. Et je comprends vite une chose : la lecture du contrat de mariage a dû le pousser à la même conclusion que moi. Il a donc le même plan que moi contre ma cliente.
C’est hors de question.
Ma cliente sort de mon bureau, furieuse. Parker la suit de près, et j’entends leurs insultes dans le couloir.
Priam se redresse ensuite d’un mouvement souple.
— Bella, il me salue avec un air crâneur.
— C’est Belle. C’est pas trop dur de vivre en étant toujours aussi con ?
Il ne s’énerve pas face à mon insulte. Cet enfoiré laisse échapper un rire grave qui résonne dans la pièce.
— Ah, Belle, j’avais oublié à quel point tu aimais rendre coup pour coup.
C’est plus que ça, mon petit pote.
Le feu qui fait rage en moi n’hésitera pas à le brûler pour ne rien laisser de lui si ce n’est des cendres qui elles-mêmes disparaîtront rapidement.
Je contourne mon bureau et m’avance vers ma porte, lui faisant comprendre qu’il est temps de se barrer de là.
— Qu’est-ce que tu fiches ici ? reprend-il dans mon dos.
Je l’ignore et il continue :
— Je croyais que Boston n’était pas assez bien pour toi face à Seattle.
Je serre les dents.
— Tu ne sais rien de mon sentiment par rapport à cette ville, alors ferme-la.
— De si vilains mots dans une si jolie bouche.
— Si tu continues à me chercher, Priam, c’est ta bouche que je vais frapper.
Il rigole. Il trouve cette situation parfaitement amusante alors que moi je la déteste, car j’ai l’impression de perdre tout contrôle de moi-même. Et ça, ce n’est pas bon du tout.
— Je viens d’emménager ici et je compte y rester, alors attends-toi à me voir souvent dans cette ville.
Sachant qu’on va se battre l’un contre l’autre dans ce divorce, on va effectivement se croiser souvent.
Il s’avance vers moi sur le seuil de la porte et s’arrête à quelques centimètres, veillant à ne surtout pas me toucher. Je relève mon visage et affronte son regard. Son souffle effleure mon visage tandis que j’observe son nez droit.
— Je sais ce que tu vas faire, il chuchote.
— Ah oui ?
Je penche ma tête sur le côté.
— Oui, Belle. Parce que j’ai pensé comme toi. Je vais faire fauter ta cliente, et mon client va gagner.
Je laisse échapper un rire avant de reculer de plusieurs pas et de traverser le couloir. M’éloigner me fait du bien et m’aide à mieux respirer. Sa proximité soudaine me perturbait plus que de raison.
— Tu te crois si fort, Priam. Tu arrives avec tes grands airs, ton sourire que tu espères charmant et ton ego aussi gros que la pièce.
— Parce que je suis indéniablement le meilleur.
Lorsque nous arrivons devant la réception, je remarque tout de suite que Leila n’est pas là.
— Ça doit être dur de vivre en pétant plus haut que son cul.
— En fait, je le vis plutôt bien.
Sa réponse me fait presque lever les yeux au ciel.
J’appuie sur le bouton de l’ascenseur pour Priam et je le sens s’approcher de moi par-derrière. Lorsque je pivote sur mes talons, il est près. Beaucoup trop près. Mais je reste imperturbable.
— Voyons qui sera le meilleur à ce petit jeu, terminé-je.
Priam passe sa langue sur ses lèvres avant de froncer ses sourcils.
— Ne te dresse pas sur mon chemin, Belle.
Il pénètre dans l’ascenseur, et son épaule frôle la mienne. Son parfum s’impose à moi. Fort et entêtant.
— Tu penses que je vais te laisser agir sans me battre ? Tu es sur mon terrain, mon ange. Je suis le plus gros requin de ce domaine dans cette foutue ville, et il n’y a de place que pour un seul prédateur dans cet océan.
Il retient la porte pour qu’elle ne se ferme pas, et je fixe encore la taille de sa main aux longs doigts.
Il pense sans doute pouvoir me briser d’un simple geste. Mais je ne suis pas une petite chose fragile. Je ne plie pas facilement. Je ne plierai jamais devant lui.
Je ne suis pas une vague dans l’océan. Je suis un tsunami.
— Bats-toi, Priam. Mais attends-toi à perdre. À la fin, ton ego finira par avoir la taille de tes boules. Microscopique.
Il serre les dents. Dans le mille.
Nous avons le même plan mais je ne le laisserai pas gagner cette guerre.
— On va s’affronter, comme autrefois, conclut-il avant de se reculer dans la cabine. Mais cette fois-ci, tous les coups sont permis.
— Je compte bien ne pas me battre à armes égales, mon ange, je rétorque.
La porte de l’ascenseur se referme sur son visage vêtu d’une expression de pure arrogance.
Je laisse échapper un soupir.
Nous étions déjà ennemis dix ans plus tôt. Désormais, nous allons nous affronter sur un tout nouveau champ de bataille.
Et je ne le laisserai pas gagner.
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