Le Jeu des tricheurs

Anita Rigins · Chapitre 50 sur 54

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Le Jeu des tricheurs

Chapitre 48 - La tristesse

CHAPITRE 48

 

 

La tristesse

 

BELLE, plusieurs semaines plus tard

 

Un mois s’est écoulé depuis ta mort, April. La vie tente de reprendre son cours. Mais il n’y a pas un jour sans que je pense à toi. Alors j’observe ton ciel, je t’y cherche. Je regarde la plus brillante des étoiles, et je dis ton nom.

Comment suis-je censée faire semblant d’aller bien ? C’est difficile. C’est douloureux.

J’en ai marre de jouer un rôle. J’en ai marre d’avoir mal. Quand cessera cette foutue douleur, April ? Dis-le-moi. Je t’en supplie.

La colère m’a quittée. Elle a vite été remplacée par la tristesse. Certains soirs sont plus difficiles que d’autres. Parfois, je m’en veux… Je me dis que j’aurais pu me réveiller cette nuit-là. La nuit où tout a basculé. Je sais que je m’autodétruis en pensant ça, mais c’est un réflexe humain.

Peut-être aurais-je pu te sauver ?

Je sais que si tu étais là, tu me secouerais. Tu m’ordonnerais sans doute de me réveiller. Mais tu n’es pas là.

Il n’y a que les regrets.

Mon travail reprend. Mais ce vide ne me quitte pas. Je pensais que l’écoulement du temps et le fait de rester seule m’y aiderait, mais ce n’était apparemment pas la solution.

Priam a tenté de me joindre, une seule fois. Et j’ai refusé son appel. Je ne suis pas prête à entendre sa voix. Mais ne t’inquiète pas, je sais qu’il a récupéré Fatal.

Pour le reste ? Je fuis. Je continue de le fuir, lui.

Même s’il me manque. Mon Dieu qu’il me manque. Il m’a promis qu’il viendrait me chercher, un mois plus tôt.

Mais je ne suis pas encore prête. Mon chapitre ne peut pas encore se clore.

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PRIAM

 

J’observe le sang qui coule sur mon pouce. Quand me suis-je coupé ? Je n’en ai aucune idée. La douleur me traverse et me fait froncer les sourcils. Je suppose que j’avais oublié ce que c’était, de ressentir quelque chose.

Je continue de marcher sur le bord du toit et lève la bouteille de whisky jusqu’à ma bouche. J’avais pourtant réussi à faire semblant. Je me suis plongé dans mon travail, repoussant l’extérieur, ignorant superbement Reyes. J’ai tenté d’oublier Belle, parce qu’elle me rappelait sans cesse le corps sans vie d’April. Un soir, j’ai craqué, et je l’ai appelée. Elle n’a pas décroché. Et si elle l’avait fait, j’aurais sûrement mis fin à l’appel.

Mais j’avais besoin d’elle. Et j’ai encore actuellement besoin d’elle.

Je continue de boire et je pousse un rire en me sentant vaciller au bord du vide. Ce serait si facile de tomber.

— Si facile, je murmure en observant mes pieds.

Je secoue la tête et envoie valser ma bouteille qui s’explose sur le toit de l’immeuble d’en face dans un bruit sourd.

Ma seconde main tient fermement mon téléphone. J’hésite une seconde à le faire tomber dans le vide, juste pour le voir se détruire en contrebas. Peut-être finira-t-il aussi cassé que moi ? Ma vision trouble observe les quelques appels manqués de Reyes mais je les ignore. En revanche, mon index se pose sur un autre prénom.

Belle.

Je n’ai pas tenu ma promesse. Je suis resté loin, comme on se l’était dit. Je l’ai appelée une fois et elle n’a pas décroché. Mais ce soir…

Mon doigt se pose sur son nom. Une sonnerie retentit. Une deuxième. Puis une troisième avant que Belle ne prenne l’appel.

J’ouvre la bouche mais aucun mot n’en sort.

J’entends son souffle à travers le combiné, et moi aussi je respire rapidement sans pouvoir m’en empêcher.

— Belle, je souffle doucement.

Sa respiration s’accélère. Je ne m’attends pas à ce qu’elle me réponde. Pourtant, elle murmure :

— Priam.

Je ferme les yeux en entendant sa voix. C’est toujours douloureux, parce que Belle me fait penser à April. Je revois le corps brisé de ma petite sœur.

Cette douleur partira-t-elle un jour ?

— Attends, me supplie Belle.

Puis elle met fin à l’appel. Je serre le téléphone entre mes doigts et je m’éloigne du bord.

Du vide. Il n’est plus question de sauter ni de tomber. Il est question d’attendre et de laisser passer la douleur. Ensuite, je pourrai de nouveau vivre.

Et je ne serai pas seul.

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