Le Jeu des tricheurs

Anita Rigins · Chapitre 40 sur 54

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Le Jeu des tricheurs

Chapitre 37 - Trahison

CHAPITRE 37

 

Trahison

 

BELLE

 

Je me suis endormie contre April sans même m’en rendre compte. Il a suffi de quelques minutes pour que mes paupières se ferment, blottie contre mon amie.

C’est une sensation de chaleur qui me réveille. Je bats des cils et m’éveille dans cette chambre d’hôpital. April dort encore près de moi ; il fait encore nuit donc j’ai dû dormir peu de temps.

La première chose que je remarque ou plutôt que je sens, c’est la couverture qui a été posée sur nous. Une couverture qui n’était pas là lorsque je me suis endormie.

La deuxième chose que je remarque, c’est le gobelet de café vide posé sur la table près du lit. Je n’ai pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir à qui il appartient, qui a déposé cette couverture sur nous.

Priam était là. Je sens encore son parfum qui flotte dans l’air. Il était là. Mais il ne l’est plus. Mon cœur se serre, je sais qu’il souffre, mais il ne pouvait pas rester loin de nous. J’aimerais qu’il soit là, pour partager sa douleur, l’attirer en moi, qu’on se rassure mutuellement.

Je tourne le visage vers April et la regarde dormir pendant plusieurs minutes. Un petit souffle sort de sa bouche et un minuscule sourire étire ses lèvres pendant qu’elle rêve.

Je me blottis une nouvelle fois contre elle, me jurant de la protéger de tout, même de la vie.

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Quelques heures plus tard

 

 

April inspire brusquement après la quinte qui vient une nouvelle fois de la secouer. Ça me tue de la voir comme ça, mais je garde espoir. Son nouveau traitement va l’aider, du moins je l’espère. Le docteur Poke m’a autorisée à la ramener chez elle ce midi après une nouvelle série d’examens.

Ma meilleure amie se laisse tomber sur son canapé tout en cherchant du regard quelque chose qui m’échappe.

— Où est ma fifille ? bougonne-t-elle en se baissant.

— Attends, ne te penche pas comme ça, je lui ordonne en m’avançant vers elle.

Je n’ai qu’une envie, prendre une douche parce que je pue et que mes cheveux sont remplis de nœuds. Mais ça attendra. Heureusement, Paul m’a donné ma journée.

April lève son majeur dans ma direction en se penchant un peu plus de l’autre côté du canapé.

— Ne me traite pas comme une enfant, elle martèle en me jetant un œil noir. Je ne le supporterai pas.

Je reste immobile sans savoir quoi dire. Je suis juste inquiète pour elle. Mais oui, je ne dois pas agir comme sa mère ou elle va finir par m’arracher les yeux.

— Fatal ? Oh ! Te voilà ! s’exclame ensuite April en récupérant sa satanée bestiole.

Je réprime un frisson en voyant l’araignée grimper sur l’avant-bras d’April. Je jurerais que Fatal la reconnaît.

— Que tu es belle, continue April, des étoiles plein les yeux. Beaucoup plus jolie que tata Belle.

Je lève les yeux au ciel tout en retenant un sourire.

— Je t’emmerde.

Elle laisse échapper un petit rire sans la quitter du regard.

— Ça va, Belle, arrête de me regarder comme si j’allais m’envoler. Tu peux rentrer chez toi prendre une douche parce que tu pues.

Je fronce mon nez.

— Tu…

— Non non, ce n’est pas l’heure de me contredire, madame l’avocate. Vraiment, je vais bien.

J’attends plusieurs minutes puis finis par céder. Mes muscles sont noués et je crois que j’ai besoin d’être seule afin de réaliser ce qu’il vient de se passer.

— Je repasse ce soir, j’informe April. Tu es sûre que ça va ?

— Je vais bien, Belle. Promis.

Mais tu m’as déjà menti droit dans les yeux, April.

C’est ce qu’une partie de moi a envie de lui rétorquer. Néanmoins je m’abstiens. Je me contente de hocher la tête avant de faire demi-tour. Je ne prends pas la direction de mon appartement, je hèle le premier taxi disponible et me rends jusque chez Priam sans réfléchir.

Il fuit. Il se dissimule en pensant échapper à la réalité. Je veux lui montrer qu’il n’a pas besoin de se cacher, qu’April a besoin de lui. Et que moi aussi, j’ai besoin de lui.

J’arrive rapidement en bas de son appartement sur Charles Street. Je descends du taxi en observant les immeubles typiques de la ville, entièrement recouverts de briques ocre. L’air est frais, il est à peine midi, et ça me fait du bien d’inspirer une bonne bouffée d’oxygène. Je me moque de mon tee-shirt miteux et du short qui l’accompagne, je ne pense qu’à voir Priam et à lui parler, mettre des mots sur ce qu’il doit ressentir et qui doit lui faire si peur.

La nuit a été dure. Beaucoup de choses se sont passées. Mais ça ira mieux demain, je le sais. Il le faut.

Je monte les quelques étages qui me séparent de la lourde porte de l’appartement de Priam. Que fait-il ? Il s’est coupé de la réalité, je le sais. Ressasse-t-il le passé, ses cauchemars et autres merdes ? Ou peut-être est-il sorti voir des amis pour se vider la tête. En fait, je suis presque sûre qu’il a dû passer sa nuit à bosser en rentrant de l’hôpital.

C’est ce que j’aurais fait : noyer mes émotions et surtout ma peur dans le travail.

Je frappe à la porte de son appartement. Mais j’entends plusieurs voix de l’autre côté du battant et on ne m’a visiblement pas entendue.

— Priam ? répété-je plus fort.

Des bruits de pas se font entendre. La porte s’ouvre à la volée.

Sur une femme nue.

Nue. Une inconnue est à poil devant moi. Sur le seuil de l’appartement de mon désormais petit ami.

Vous vous rappelez, ce que je vous disais ? Rien ne se brise plus qu’un cœur de tricheur, surtout lorsqu’on est amoureux.

Je crois bien que Priam vient de nous le prouver.

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