Le Jeu des tricheurs
Chapitre 33 - Laisser son nom
CHAPITRE 33
Laisser son nom
BELLE
— Est-ce que tu te souviens, le jour où tu t’étais déguisée en Dame blanche pendant que je dormais ?
Allongée sur le sol, j’observe le plafond tout en écoutant en souriant ce que me raconte Priam. Oh oui, je m’en souviens.
— Bien sûr. C’était incroyable.
— Incroyable, tu dis ?
Le corps bouillant de Priam se colle à moi. Nous sommes nus, allongés sur le sol de mon salon, nos vêtements éparpillés nous servant de couverture d’appoint.
J’avoue qu’on aurait pu finir dans mon lit après notre « super » séance de yoga. Sauf qu’à peine la porte de mon appartement fermée, nous nous sommes transformés en démons. Et je ne plaisante pas. J’ai des traces de morsures sur le corps, et lui des traces de griffures.
Le visage de Priam disparaît dans mon cou, et je sens ses dents mordiller ma peau. Je frissonne doucement tout en fermant les yeux.
— Bien sûr, incroyable, je reprends dans un souffle. Tu t’es réveillé en hurlant le nom de ta mère.
Un gloussement m’échappe à ce souvenir. Priam se redresse sur un coude près de moi, les sourcils froncés.
— Je n’ai pas crié le nom de ma mère.
Je tourne mon visage vers lui, souriant davantage.
— Bien sûr que si, remballe ton ego de mâle alpha, et reconnecte tes souvenirs, chéri. Tu hurlais aussi « au secours, au secours » !
Il lève les yeux au ciel avant de se laisser tomber sur le sol et de fixer le plafond à son tour. La pointe de mes seins se dresse parce que mon corps commence enfin à baisser en température.
Puis il lâche un petit rire.
— Est-ce que tu viens de m’appeler « chéri » ?
Ma bouche s’ouvre, mais je reste muette. Est-ce que je lui ai donné ce petit surnom ? Apparemment, oui.
— Bien sûr que non, rétorqué-je.
— Bien sûr que oui.
Je pousse un soupir tout en étirant les bras au-dessus de ma tête.
— Tu devrais consulter, tu sembles avoir un souci d’audition.
— C’est ça.
Son bras se glisse entre nous et Priam attire mon corps à lui. Je me redresse et m’allonge sur lui. Mes deux coudes s’enfoncent dans son torse tandis que je relève le haut de mon corps au-dessus du sien.
— Tu étais sacrément emmerdante, continue Priam.
— Je le suis toujours. Ça fait partie de mon charme.
Je papillonne innocemment des yeux. Ses deux mains caressent mon dos dans un long mouvement séducteur.
— C’est vrai. Mais tu étais aussi intrigante.
Je relève un sourcil.
— Est-ce que j’ai bien entendu, maître Brings ?
Ses doigts se posent sur mes fesses et les pressent doucement. Je fixe ses lèvres tout en sentant son érection grandir sous moi.
Arriverai-je un jour à me rassasier de lui ? Je ne crois pas.
— Je crois que je t’aimais bien.
Oubliée mon envie de lui sauter dessus. Je m’écrie, le souffle coupé :
— Quoi ?
Priam se contente de me regarder comme s’il ne venait pas de lâcher une putain de bombe.
Je m’éloigne de lui, et il pousse un grognement quand nos corps ne sont plus en contact.
— Répète, je lui ordonne en m’asseyant sur lui sans me soucier de ma nudité.
J’ai toujours cru qu’il n’avait que de la haine pour moi. Enfin, pas vraiment, je mens. Parfois, je sentais autre chose entre nous, de la complicité, de l’affection. Mais ça disparaissait rapidement pour laisser place à nos sales caractères d’adolescents en guerre.
Priam contemple mes seins, en se léchant la lèvre inférieure.
— Répète, je lui demande encore, ou je fais la grève du sexe.
Ma stupide menace l’amuse. Lui comme moi savons que je mens. Je frappe son épaule et il reprend finalement :
— J’étais un ado relou qui ne comprenait rien à ce qu’il ressentait, mais dans le fond, bien sûr que je t’aimais beaucoup, Belle. Quand tu n’étais pas une ado insupportable.
Incroyable !
Donc, l’affection que je ressentais pour lui, il l’éprouvait également ? Je ne devenais donc pas folle ?
— Et maintenant ?
— Maintenant quoi ? dit-il.
Je n’ajoute rien. Priam s’assied, moi toujours sur lui. Mes cuisses s’enroulent autour de sa taille. Ma poitrine est collée à son torse, et il observe longuement mon visage. Son index caresse le haut de ma pommette, comme si je risquais de me casser à tout moment.
Sa bouche embrasse mon menton et il chuchote contre ma peau :
— Tu es toujours aussi chiante.
Ses lèvres remontent sur mon visage et embrassent ma joue droite.
— Tu es toujours aussi têtue.
Je me colle un peu plus à lui, son érection entre nos deux corps. Mes mains se posent sur ses épaules, et je n’ai qu’une envie, qu’il me possède de nouveau. Mais Priam se contente d’embrasser le bout de mon nez :
— Et tu es toujours sacrément intrigante. Tu me plais, beaucoup. D’une toute autre manière. Ce n’est pas que de l’affection, mon ange. C’est plus, beaucoup plus que ça. Tu me fais ressentir de sacrés trucs.
Je sais exactement de quoi il parle, parce que j’éprouve la même chose. Ça me fait peur, mais c’est aussi grisant et excitant. On saute dans le vide sans trop savoir si on va s’écraser ou non. L’envol n’est pas nécessaire. La chute n’en est que meilleure.
Au moment où il va m’embrasser, Priam reprend :
— Tu sais que le jour de ton départ, quand j’ai caché tes foutues BD au fond de ton jardin, j’avais laissé mon nom dans l’une d’elles.
— Quoi ?!
Il se moque de moi, je l’aurais forcément vu. Fier de sa révélation, il hoche plusieurs fois la tête.
— Dans QUELLE BD ?
— Hum, je ne me souviens plus du nom. Elle semblait vieille. Il y avait un chat sur la couverture, il fumait une cigarette.
Un chat qui fumait une cigarette ? Ça me dit quelque chose. Un chat qui fume. Je me creuse les méninges et, comprenant de quelle BD il parle, je me relève d’un bond, surexcitée.
— Blacksad ? Tu avais laissé ton nom dans ma BD de Blacksad sans que je m’en aperçoive ?
— Ah, c’est bien ce nom, oui !
Comment est-ce que j’ai pu ne pas le voir ? D’accord, ce n’est pas un ouvrage que j’ai lu et relu, mais quand même !
Je m’avance vers mon immense bibliothèque, rejointe très vite par Priam.
— Tu ne vas pas me dire que tu l’as encore ?
— Bien sûr que je l’ai encore.
J’ai encore TOUTES mes BD. Mes trésors.
— Tu ne veux pas laisser tomber cette information et qu’on recommence ce qu’on a fait tout à l’heure ?
— Chut ! Laisse-moi réfléchir.
Priam rigole dans mon dos. Mes yeux scannent mes étagères, et quand je trouve l’objet de mes désirs, j’attrape la vieille BD sur l’étagère de gauche. Tout de suite, j’avise le chat avec une cigarette dans la gueule.
— Bingo, je m’exclame.
J’ouvre l’ouvrage et observe chaque détail des premières pages. Et effectivement, je le trouve. Le prénom de Priam est inscrit en bas de la première page.
Mon index effleure le papier jauni tandis que Priam se colle à mon dos. Ses mains se posent sur mes hanches et il embrasse mon omoplate droite.
— Pourquoi ?
— Pour que tu ne m’oublies jamais.
Je me tourne vers lui, le cœur serré.
— Je n’aurais jamais pu t’oublier, Priam.
Qui aurait cru que la vie allait de nouveau le placer sur mon chemin ?
Peut-être que c’est pour une bonne raison. Et peut-être… peut-être est-il destiné à y rester.
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