Le Jeu des tricheurs
Chapitre 16 - Spectacle et jalousie
CHAPITRE 16
Spectacle et jalousie
BELLE
Deux jours se sont écoulés depuis que je me suis retrouvée tête à tête avec Priam de façon imprévue. Mon but à ce moment-là était de piéger son client, Parker Pesky, le futur ex-mari de ma cliente Colyne Pesky.
Sauf que mon plan est tombé à l’eau.
Et que j’ai fini par enchaîner les gorgées de vin sous le regard intense de Priam qui n’a pas quitté ma foutue tête depuis. Si on m’avait dit un jour que je resterais assise en face de lui pendant une demi-heure sans lui lancer d’insultes… Non, vraiment, je n’avais pas prévu ça.
Je n’avais pas non plus prévu l’attraction qui naîtrait entre nous. Parce que c’en est une. Une putain d’attraction.
Je suis faible. Mon corps l’est face à lui. Je le reconnais, je l’avoue. Mais je ne l’assume nullement. Parce que ce serait une erreur – une énorme erreur – de craquer pour un homme tel que Priam. Détestable. L’homme qui veut me faire tomber dans notre affaire.
Néanmoins, un type qui m’a fait m’embraser tout entière quand je me suis retrouvée collée à lui.
Super. Vraiment super.
Vous savez le pire, dans cette histoire ? Ce truc entre nous, cette alchimie qui a décidé de pointer le bout de son nez, j’ai senti qu’il la sentait aussi. Et ça, ça craint encore plus.
Enfin, passons. Je ne dois pas penser à ça. Je dois me concentrer sur mon dossier, sur ma cliente, et sur l’idée de faire tomber Priam et son client. Il le faut.
Donc, ce soir, je prends les choses en main. Mon plan est simple. Cette fois-ci, il ne fera pas intervenir Priam. Parce que ce type est trop fort pour déjouer mes pièges et tenter de les refermer sur moi. Donc je vais agir discrètement, dans son dos.
Et c’est lui qui sera piégé.
Je garde la carte dressée devant mon visage.
J’ai déjà commandé mon plat, un steak saignant, mais j’ai demandé au serveur de conserver la carte. Officiellement, c’est pour consulter les desserts qui sont proposés ici. Officieusement, c’est pour observer Parker qui dîne à trois tables de moi.
Il l’ignore, mais je décortique ses moindres faits et gestes tandis qu’il savoure son verre d’alcool et pianote sur son téléphone. Je me demande à qui il est en train de parler et s’il imagine ce qui l’attend.
Colyne m’a donné l’information : son enfoiré d’époux dîne ici tous les jeudis soir. Seul.
Bientôt, il ne le sera plus. Je m’en suis assurée.
Serena va m’y aider. Quand j’ai appris hier qu’April avait une très bonne amie escort, j’ai pris contact avec cette Serena, et je lui ai demandé un petit coup de main très simple. Colyne a tout de suite accepté de la rémunérer pour ses services. Serena nous a confié que ce n’est pas la première fois qu’on lui demande ce genre de chose, bien au contraire. Bon nombre d’époux ou d’épouses l’engagent en vue de tester leur couple.
Le plan est clair. Tandis que Parker dîne, seul, Serena va arriver. La jeune femme, d’origine italienne, est incroyable. Elle l’approchera, l’abordera et lui proposera ses services. Le but n’est pas qu’elle le séduise vraiment. Il suffit juste que je les voie partir ensemble, que je les surprenne, mon téléphone en mode photo.
Parker sera fait comme un rat. Et Colyne récoltera le pactole.
C’est l’heure. Serena pénètre dans les lieux, vêtue d’une robe blanche qui la rend encore plus attirante. Le restaurant se situe au troisième étage d’un immeuble, la nuit tombe et les lumières de la ville éclairent la pièce, rendant l’atmosphère presque intime.
La plupart des regards se tournent dans la direction de Serena tandis qu’elle franchit l’entrée, devant l’ascenseur chromé. Elle ignore le serveur, observe attentivement les gens qui dînent et repère finalement Parker un peu plus loin. Même moi j’en bave presque !
Son visage prend une expression féline, elle passe sa langue sur ses lèvres carmin et s’avance vers lui, les hanches se balançant doucement de gauche à droite. Sentant une présence près de lui, Parker lève la tête, et sa mâchoire manque de se décrocher lorsqu’il découvre la femme sublime qui se trouve devant lui. Elle lui lance un petit sourire charmeur et indique la chaise libre de sa main. Bien vite, il panique, hoche la tête et laisse Serena s’asseoir près de lui.
Et voilà, cela ne pouvait pas être plus facile.
Un quart d’heure s’écoule bien vite pendant que je les observe. Je ne note rien d’important et finis par pousser un soupir d’impatience. Rien ni personne ne pourra venir me perturber dans mon observation de la scène.
— Champagne, madame ?
Mon cœur loupe un battement, et je me pétrifie en entendant la personne qui s’adresse à moi.
Je relève mon visage et découvre, debout près de moi, Priam.
— Qu’est-ce que…
Qu’est-ce qu’il fait là ?
Ses traits sont détendus. Il est ravi de son petit effet de surprise. Chargé d’une bouteille de champagne qui semble hors de prix, il s’installe en face de moi. Cette scène ne me rappelle que trop bien celle qui s’est déroulée quelques jours plus tôt.
Toujours muette, je le regarde s’installer. Cette fois, il est vêtu d’un simple polo gris et d’un jean foncé. Il est tard, la nuit est tombée, et il est apparemment venu rapidement sans prendre la peine d’enfiler un costume.
Cette tenue le rend d’autant plus attirant. Je gigote sur ma chaise, sentant d’autres parties de moi se réveiller. Elles ont faim et plantent leurs griffes en moi, voulant me rendre dingue.
Ça suffit !
Priam reste silencieux et remplit une coupe de champagne qu’il pousse dans ma direction.
— Pour que tu observes le futur spectacle, m’indique-t-il.
Je ne fais pas un geste en direction du verre. Je ne m’attendais pas à ce qu’il vienne. De nombreuses questions me viennent à l’esprit.
— Comment as-tu su que j’étais là ?
Ma voix est calme alors qu’à l’intérieur c’est la tempête qui se prépare.
Priam incline la tête sur le côté, tout en m’observant attentivement. Ses yeux verts caressent ma peau métisse, mon visage, mes cheveux et le haut de mon corps moulé dans un top blanc assorti à la jupe que je porte.
J’ai envie de lui ordonner de détourner le regard. Parce qu’il me brûle. Il me heurte de plein fouet et me perturbe comme ce n’est pas permis.
Ses sourcils se relèvent ensuite.
— Comment j’ai su ? Parker t’a remarquée il y a une vingtaine de minutes. Il m’a aussitôt envoyé un message.
Punaise. Je n’étais donc pas aussi discrète que je le pensais. Ça craint. Mon nez se fronce tandis que je me tourne vers le client de Priam.
Parker est en grande conversation avec Serena. Il lui sourit gentiment avant de tourner son regard vers moi et de me saluer de la main.
— Tu es ingénieuse, reprend Priam.
Je reporte mon attention sur lui, déçue.
— Parker va fauter.
Priam bascule la tête en arrière et pousse un petit rire grave. Sa pomme d’Adam bouge alors sous la peau tendre de sa gorge. Finalement, il me tend une nouvelle fois ma coupe de champagne pleine.
— Peut-être. Mais en attendant, je vais te rendre la monnaie de ta pièce.
Il se relève sans attendre, son corps imposant me dominant aisément.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Il s’éloigne à reculons, un air joueur sur le visage.
— Je triche, annonce-t-il. Tu es prête pour le vrai spectacle, mon ange ?
Je me redresse sur ma chaise, captivée malgré moi. Mais l’inquiétude me prend aux tripes.
— Quel spectacle, Priam ?
Nous échangeons un dernier regard. Une nouvelle lutte entre nous. Qui gagnera, cette fois ?
— Le mien.
Puis il se détourne. Il s’avance vers Parker et Serena. Elle le bouffe du regard dès qu’elle le repère. Elle semble le trouver parfaitement à son goût.
Putain.
Je serre les poings, la respiration rapide. Mon cœur bat sourdement, j’entends presque le bruit des palpitations à mes oreilles.
Priam tourne ensuite son visage dans ma direction, un sourire taquin sur le visage.
Et il tend sa main à Serena, la draguant ouvertement. Je n’entends pas les paroles, mais je sais, je vois qu’elle est complètement sous son charme. Il me prend à mon propre piège en séduisant celle qui devait séduire Parker.
Serena finit par glisser sa main dans la large paume de Priam. Il serre ses doigts et la relève d’un mouvement souple.
Puis il s’éloigne vers la sortie, sans la lâcher.
Je reste immobile, le cœur au bord des lèvres. Quelque chose de mauvais remue dans mon bas-ventre et ça ne me plaît pas du tout.
Ce soir, j’ai perdu. Mais surtout, un sentiment insupportable monte en moi quand je repense à leurs mains entrelacées.
Pourquoi ai-je eu si mal en les regardant partir ? Pourquoi ai-je eu envie de lui hurler de s’éloigner d’elle ? C’est un combat entre lui et moi, une tempête entre nous deux. Ce jeu n’appelle la participation d’aucun autre joueur. J’ignorais qu’ajouter une personne à cette équation me rendrait complètement… jalouse.
Parce que je le suis, malgré tous mes efforts pour ne pas me l’avouer. Je le suis, et atrocement. Douloureusement.
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