Le Jeu des tricheurs
Chapitre 36 - Le cœur s'essouffle
CHAPITRE 36
Le cœur s’essouffle
BELLE
J’inspire brusquement et tente de paraître sereine, alors qu’intérieurement je suis effondrée.
— Non. Tu ne vas pas mourir, j’affirme avec force. Parce que je viendrai te chercher, April. Et par les cheveux.
Un rire sans joie lui échappe et elle secoue la tête. Elle se met ensuite à tousser, et ça me fait mal, tellement mal de la voir comme ça.
— Tu sais bien que si, elle reprend ensuite. Quand ? Je ne sais pas. Mais je sens que… Le nouveau traitement sera lui aussi inefficace. Je ne suis pas une héroïne de BD, Belle. Je vais mourir.
— Tu es l’héroïne de MA BD, April. Et tu vas vivre. T’entends ? Je la dessinerai pour toi s’il le faut, cette foutue BD.
— Tu ne sais pas dessiner, elle murmure avec un sourire triste.
— Tu vas vivre, je martèle, car je refuse d’admettre le contraire.
N’y tenant plus, je m’approche d’elle.
— Tu ne vas pas mourir, April. Pas maintenant. Ton nouveau traitement va fonctionner.
J’espère que l’espoir apparaît sur mon visage et qu’elle me croit. C’est la seule possibilité que j’accepte.
Je m’assieds au bord de son lit et serre ses doigts entre les miens. Sa peau est froide et sèche. Je frotte doucement ses doigts pour tenter de les réchauffer comme je peux.
— Mon cœur va mourir. Il va cesser de battre. Il va cesser de se battre.
— Alors je te donnerai le mien. Parce que sans toi, il ne me servira plus, April. Prends-le, prends le mien. Fais-en ce que tu veux, putain ! Mais reste en vie.
Les larmes débordent de ses yeux et je me penche lentement vers elle, en larmes moi aussi. Ma main libre dégage des mèches de cheveux de son front.
Son espérance de vie est encore grande, je le sais ! Je le sens.
— Je suis désolée de ne t’avoir rien dit. Tu… tu étais à Seattle. Tu vivais ta vie, Belle. Je ne voulais pas t’en parler comme ça.
Mais dès mon arrivée ici, une partie de moi a su que quelque chose n’allait pas. Sauf qu’April continuait de me rassurer et je l’ai crue.
— Tu m’en veux ? elle murmure en serrant ma main.
— Oui. Atrocement. Ça fait mal. Terriblement mal.
Elle inspire brusquement en hochant plusieurs fois la tête. Priam lui en veut aussi. Il doit se sentir trahi, je le sais. Finalement, je m’allonge aussi doucement que possible contre April. Elle ferme les yeux en collant son visage au mien. Nous restons silencieuses pendant de longues minutes, nos souffles se mélangeant pour ne faire qu’un.
Mes doigts caressent son visage, effleurent sa peau. Ses yeux s’ouvrent et son regard accroche le mien. Le sien est fatigué. Mais rempli d’amour.
Puis je lui demande dans un chuchotement :
— Pourquoi les cœurs doivent-ils battre ?
— Pour que l’on puisse vivre. Aimer. Pour qu’on puisse tomber amoureux.
Ma lèvre inférieure me trahit en se mettant à trembler.
— Le mien ne battra plus si le tien s’arrête, April.
Elle fronce son petit nez en se pressant un peu plus contre moi.
— Ne sois pas idiote, Belle. Le tien doit battre deux fois plus. Une fois pour continuer à m’aimer quoi qu’il arrive. Et une seconde fois pour aimer Priam.
— Je…
Mais je ne trouve pas mes mots. Aucun mensonge. Je ne sais pas exactement ce que je ressens pour lui. Mais je tiens à Priam. Beaucoup trop. Envolée ma détermination à protéger mon cœur.
Je ne mets pas de mot dessus, mais je le sens. Mon propre cœur est en train de battre pour cet idiot. Il n’y a plus de jeu. Plus de triche.
Vous voulez la vérité ? J’ai peur.
Parce que rien ne se brise plus qu’un cœur amoureux.
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