Le Jeu des tricheurs

Anita Rigins · Chapitre 25 sur 54

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Le Jeu des tricheurs

Chapitre 22 - Bienvenue dans le paradis des excès

CHAPITRE 22

 

Bienvenue dans le paradis des excès

 

BELLE

 

J’ai toujours eu envie de faire un saut à Miami. Libre. Moderne. Complètement délurée par endroits… Ouais, je m’imaginais bien sur l’une des plages de la ville à bronzer, seins nus, sans me soucier du reste du monde.

Et même si je ne suis pas venue ici pour des vacances, je compte bien en prendre plein les yeux. À commencer par l’hôtel dans lequel séjournent Colyne et ses deux meilleures amies, dont la future mariée. Le Nobu Hotel se situe sur Collins Avenue et je vous jure que je suis à deux doigts de pousser des petits cris ridicules alors que je descends du taxi.

Je pénètre dans le hall de l’hôtel, m’attendant presque à y trouver Priam. Il n’a pas répondu à ma question dans l’avion, mais je ne suis pas bête. Bien sûr qu’il doit être pas loin. Je tourne sur moi-même et laisse échapper un sifflement impressionné. Le plafond est si élevé ! Et la décoration !

Le sol carrelé brille de mille feux. De larges colonnes marron prennent place dans le centre de la réception. J’ai l’impression de m’être mariée avec moi-même et d’être en lune de miel. Et voilà, j’ai la solution en tant que spécialiste des divorces. Le meilleur moyen de ne pas divorcer ? Se marier à soi-même.

Je m’avance vers la sublime réceptionniste. Sa peau bronzée et son sourire avenant me font oublier que je suis là pour surveiller Colyne, selon sa propre demande.

C’est parti !

Dix minutes plus tard, je suis installée dans l’une des chambres du deuxième étage. Une chambre qui fait pour ainsi dire la taille de mon salon. Eh oui…

On aurait très bien pu me laisser dans le couloir avec le long tapis ultra moelleux, je vous jure que mes fesses s’en seraient contentées. Mais maintenant que je suis dans cette pièce… je ne la quitterai jamais.

C’est mort. Que Paul aille au diable, il faudra me faire quitter la ville de force !

L’homme de service derrière moi s’éclaircit la voix. Il agite la carte magnétique dans ma direction.

— Il faut placer votre carte dans le lecteur de ce côté-ci de la porte pour la verrouiller quand vous êtes à l’intérieur.

— D’accord, merci !

Laisser la carte dans le lecteur tant que je suis dans ma chambre, je note. Parfait !

Je ne remarque même pas que le type disparaît, je suis trop attirée par la vue. Je ne m’attarde pas non plus sur le grand lit blanc qui semble super confortable. Je ne vois que l’océan au loin. Il n’en finit pas. Comme si ma fenêtre permettait d’accéder directement à une image de carte postale.

— Achevez-moi, murmuré-je.

Je suis au paradis !

Pour travailler ! Être auprès de Colyne au moindre souci ou à la moindre demande de sa part, c’est vrai. En parlant de ma cliente, il faudrait peut-être que je lui annonce mon arrivée.

Trente minutes plus tard, je monte au dernier étage, suivant les consignes que Colyne m’a envoyées par SMS. Elles sont dans une suite, et j’ignore si elles vont sortir pour se mettre la tête à l’envers. Le seul truc que j’espère, c’est qu’elle ne sautera pas sur un inconnu. Pas si elle veut gagner toute la fortune de son mari, en tout cas.

Je frappe contre la lourde porte au fond du couloir. J’entends la musique à travers les murs. Et des rires féminins aussi !

D’abord on ne me répond pas, et j’en profite pour jeter un œil à ma tenue. Hors de question que je reste en jean avec cette chaleur. Alors j’ai gardé mon top blanc, mais j’ai remplacé mon jean par une simple jupe blanche également. J’aime le contraste que ça fait avec ma peau.

J’étais à deux doigts de sortir pieds nus afin de tester le tapis du couloir, mais finalement j’ai enfilé des sandales plates.

La porte s’ouvre à la volée.

Une femme en fin de trentaine se tient sur le seuil, un immense sourire collé sur le visage.

— Ouiiiiii ???

Vu son regard brillant et sa silhouette titubante, je comprends que cette inconnue n’est plus vraiment sobre. Elle porte un voile de mariée de travers sur son crâne.

— Bonsoir ! Je suis Belle Murray, est-ce que…

Je n’ai pas le temps de poser ma question et de demander où se trouve Colyne. La future mariée me saute presque dessus. D’une main, elle agrippe mon poignet, en agitant de l’autre une bouteille de champagne.

— Entreeee ! hurle-t-elle.

Quoi ?

Elle tire fort sur mon bras et j’entre pour l’empêcher de tomber.

— Je cherche simplement Colyne, est-ce que…

Je suis une nouvelle fois interrompue. Ma cliente crie mon nom en traversant la chambre :

— Belle ! Belle ! Belleeee !

Elle s’approche, vêtue d’un combishort entièrement constitué de plumes orange. C’est à cet instant que je me rends compte que la future mariée a la même tenue, mais en rose, et la dernière femme en bleu. Honnêtement, je dois avouer que c’est plutôt stylé.

— Je venais simplement vous dire que je suis bien installée dans ma chambre. Je suis là si vous avez besoin de quoi que ce soit.

Elle s’arrête devant moi en secouant la tête, et me prenant au dépourvu, elle me serre dans ses bras comme si j’étais une vieille amie. Aussitôt une odeur d’alcool me parvient, et je reste immobile, les bras ballants.

— On ne parle pas travail ! s’exclame-t-elle en me relâchant.

— Parker n’est pas là, dis-je néanmoins, mais Priam, son avocat, si.

La troisième femme explose de rire tout en dansant sur elle-même avec la mariée.

— J’ai dit, pas de travail, pas de mari, et surtout pas de divorce ! glousse Colyne. Allez, venez avec nous.

J’écarquille les yeux.

— Oh, non, non, c’est gentil mais je vais vous laisser à vos célébrations.

Elle prend une nouvelle fois sa moue de chien battu et continue de se tenir devant moi.

— Vous n’allez quand même pas passer votre soirée dans votre chambre d’hôtel et nous laisser seules ?

Oh, je doute qu’elles aient besoin de moi pour s’amuser. Et Colyne demeure ma cliente.

Elle récupère une bouteille posée à même le sol et la brandit dans ma direction :

— Restez. Juste une minute. Maria serait ravie que vous vous joigniez à nous pour sa première soirée d’enterrement de vie de jeune fille. Ce soir, vous n’êtes plus mon avocate.

J’inspire doucement avant de hocher la tête. Je suppose que ça ne peut pas me faire de mal de rester un peu.

— Juste une minute, alors.

Colyne lève les bras en signe de victoire, avant de danser à son tour sur place, sa silhouette fluette se déhanchant doucement.

— Si jamais je divorce, je viendrai vous voir ! s’exclame la dénommée Maria avant de boire une nouvelle gorgée de champagne.

— Eh bien, on ne va pas partir sur cette voie alors que votre mariage n’a pas encore été célébré.

Elle ne m’entend même pas, continuant de boire. Je m’installe près d’elle sur le long et immense canapé. Maria rigole avant de récupérer un morceau de saumon cru et de le mâcher bruyamment. Il y a plusieurs plateaux de sushis posés près de nous et je retiens une grimace.

Je déteste le poisson cru.

Ma cliente me donne une coupe de champagne, et je suis obligée de la saisir si je ne veux pas que le verre s’explose sur le carrelage.

— Vous n’avez pas le droit de refuser un verre à un enterrement de vie de jeune fille. Ça porte malheur, proclame Colyne avec un sourire complice.

Bizarre, je n’ai jamais entendu une pareille superstition.

— C’est vrai ! s’exclame la troisième femme en mangeant un bout de thon cru, il paraît que ça porte la poisse.

Les trois amies échangent des regards complices. Je finis par porter la coupe à mes lèvres.

— Si c’est de mauvais augure, évitons.

Je m’installe un peu plus confortablement dans le canapé près d’elles. Si Paul me voyait, il me mettrait un coup de pied aux fesses. Mais il n’est pas là et mon but est de rester près de Colyne, alors…

— Vous ne sortez pas ce soir ? Pas de club de strip-tease ou autre ?

La future mariée secoue sa tête.

— Ça, c’est prévu pour demain soir.

Tant mieux. J’imagine sans peine que Priam est en train de zoner dans le hall, pensant voir apparaître Colyne d’un moment à l’autre. Eh bien…

Je bois une nouvelle gorgée d’alcool, secrètement ravie.

— Alors ? reprend Colyne, répondez à une question.

— Quelle question ? réponds-je d’un air sceptique.

— Pourquoi être devenue avocate ?

Je hausse mes épaules, ne sachant pas réellement quoi répondre. Bien sûr, c’est une question que l’on m’a déjà posée, surtout mes parents. Disons simplement que cette voie m’a paru être la plus attirante. Et je ne regrette pas mon choix. Je n’ai pas formulé ma réponse à haute voix que la future mariée pousse Colyne du coude.

— Nouvelle règle : On ne parle pas boulot ! Parlons plutôt cul !

Je retiens un sourire. Elles sont dans un sacré état. Et moi, je sens déjà l’alcool commencer à délier mes muscles noués. Plus qu’une gorgée, promis.

— Est-ce que vous avez vu l’homme du personnel d’étage ? ajoute Colyne, mamma mia, j’en ferais mon quatre heures.

— Attendez d’être divorcée, rétorqué-je avec un clin d’œil.

Mais elle ne m’écoute pas, commençant à raconter une anecdote sexuelle dans les moindres détails. Je me sens de trop dans cette relation amicale. Pourtant, quand j’essaye de me relever une minute plus tard, les trois amies me supplient une nouvelle fois de rester. Mon verre de champagne est de nouveau rempli, et je commence à me livrer à mon tour pendant la demi-heure qui suit, totalement désinvolte.

 

C’est dingue comme la pièce tangue, tout à coup. Est-ce qu’on est en croisière, et je ne fais que le remarquer maintenant ?

— Attends, il a vraiment léché votre aisselle pendant le missionnaire ? s’exclame Colyne à la fin de mon anecdote.

Je hoche la tête, ne sachant déjà plus ce que je viens de raconter. C’est fou comme ce champagne était bon. Est-ce que je suis déjà à ma quatrième coupe ?

Mais c’est bizarre, j’ai l’impression que mon verre n’est jamais vide. Colyne le remplit encore et je glousse sans aucune raison.

Tu vas te taper une méchante gueule de bois, soupire une petite voix dans ma tête.

Je ne l’écoute pas et me concentre sur notre conversation.

— C’est carrément dégueu ! marmonne la future mariée.

— De quoi on parlait, déjà ? continue la troisième amie dont j’ignore encore le prénom.

Toutes se tournent vers moi mais je me contente de ricaner bêtement en voyant les morceaux de saumon sur le plateau. Bizarrement, je les trouve fascinants à cet instant.

— Aucune idée, termine Colyne en se laissant aller près du canapé.

Elle est assise à même le sol et chante à tue-tête une vieille chanson des années 80. Une seconde plus tard, nous l’imitons toutes.

— Waouh, cette limonade est super forte.

J’agite mon verre vide devant moi. Une goutte de champagne s’échoue sur ma jupe blanche. Je sens que mon corps est brûlant. J’ai chaud, beaucoup trop chaud. Et je parle plus que de raison, ne sachant pas vraiment ce que je suis en train de dire.

— J’devrais y aller, je chuchote ensuite.

Ce n’est vraiment pas professionnel. Enfin, on n’est plus à ça près. Je me relève tant bien que mal en me tenant au dossier du canapé pour ne pas perdre l’équilibre. Les trois amies continuent à manger de nouveaux sushis.

— Vous partez déjà ? s’exclame Colyne avec une moue triste.

Non, non, non ! Oh, oh, oh, cette fois, je ne vais pas me faire avoir par son regard de biche.

— Ouep ! C’est l’heure de quitter le navire.

Je ne voulais pas sortir une blague. Mais la future mariée se met à rire comme si je venais de dire un truc hilarant. Je m’avance vers la porte de la suite au son de leurs rires. Leur soirée est loin d’être terminée. Mais je les quitte ici. Surtout si je ne veux pas finir dans un sale état.

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