Le Jeu des tricheurs
Chapitre 42 - « Regarde ton ciel, April »
CHAPITRE 42
« Regarde ton ciel, April »
BELLE
J’ai froid.
C’est la première chose qui me réveille ce matin.
La pluie qui continue de s’abattre contre la fenêtre me sort définitivement du sommeil.
Je réprime un frisson en battant des cils. Je suis glacée.
Le jour se lève peu à peu dans la chambre d’amis, dans laquelle April et moi nous sommes endormies.
J’ai froid, et j’ai faim. J’ai envie de gaufres avec plein de chantilly. Et je sais que Priam et April partageront mon avis. Personne ne peut dire non à un peu de sucre. Je m’étire doucement et tourne la tête vers April. Elle est toujours pressée contre moi, son corps blotti contre le mien.
Et elle sourit, dans son sommeil.
Mais quelque chose ne va pas.
Parce que j’ai froid. Et elle, elle est glacée.
Je fronce les sourcils en me redressant sur un coude. Ma main se pose sur sa joue.
— April ?
Mais April ne répond pas et aucun souffle ne sort de sa bouche.
Sa peau reste définitivement glacée, tout comme ses paupières restent closes. Son regard vert n’apparaît pas. Je suis seule.
Je m’assieds et me penche sur elle, sentant l’affolement m’envahir tandis que ma gorge se serre douloureusement.
— April ?!
Je l’appelle une deuxième fois.
Puis une troisième fois.
Et une quatrième fois.
Encore. Encore. Et encore.
Et chacune de mes suppliques reste sans réponse. Mes paroles se transforment alors en hurlements. Mais mes cris restent sans réponse.
— Priam ! je hurle en tournant mon visage vers la porte. Priam ! Viens vite !
Ma voix se déchire sur ce dernier mot, mais ce n’est rien par rapport à ce que je ressens à cet instant.
April ne bouge pas tandis que je la secoue. Elle demeure immobile. Sa poitrine ne se soulève pas. Je colle mon visage contre le sien, presse ma joue contre la sienne.
Et alors, je commence à pleurer.
— Non. Ne fais pas ça, je gémis. Ne me laisse pas, April. T’as pas le droit ! Tu… tu es forte !
Je veux qu’elle ouvre les paupières. Je la supplie une nouvelle fois, sans réponse. Un sanglot me secoue quand la porte s’ouvre dans mon dos.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? s’exclame Priam.
Je me tourne vers lui, le visage baigné de larmes. Il comprend aussitôt. Il comprend que quelque chose ne va pas.
— April ne respire plus, je murmure.
Il s’approche de nous en titubant.
Priam se penche vers April. Vers sa petite sœur, immobile au milieu du lit.
— April ? il l’appelle aussi doucement que possible en touchant son front.
Comme si en parlant trop fort elle risquait de s’envoler.
Mais April vole déjà loin de nous.
— April, réveille-toi.
La main de Priam touche la joue d’April. Et je vois les larmes envahir ses yeux. Alors il se penche encore plus et la soulève. Il la prend contre lui comme si c’était le trésor le plus précieux qui soit, et il se laisse tomber contre le matelas. Un cri déchire sa poitrine. Et je sais…
Je sais ce qu’il se passe.
April… April est morte.
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