L'ombre

Franck Ollivier · Chapitre 58 sur 85

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L'ombre

Chapitre 55

55

 

– Un jour, Jack les niquera tous, avait-il dit à Valdes.

Ce jour était-il venu ? McAllister avait mis plusieurs années pour développer son programme dans l’attente que son idée soit rattrapée par les progrès de la technologie et la puissance des calculateurs. C’était le cas maintenant. Enfin.

Jack n’en était qu’à la phase de test et son utilisation n’était pas encore généralisée, car illégale. Il y avait eu des rumeurs, mais seuls les membres d’un tout petit cercle étaient au courant. McAllister ne voulait pas se faire doubler par une société privée qui, dotée de moyens financiers démesurés, genre Google, Apple ou Facebook, leur grillerait la politesse. Mais déjà les résultats théoriques étaient exceptionnels.

L’idée était simple : comme dans le crime, l’inconscient s’exprimait dans l’écrit d’une façon qui échappait toujours à son auteur. Mais il n’échapperait pas au programme « Jack ».

Dans un premier temps, sur une période de plusieurs années, Jack avait stocké, répertorié, classifié et analysé des milliers d’écrits qui, à l’image de ceux de Jack Unterweger, avaient été commis par des tueurs. Afin d’y trouver quelque chose de commun. Pas seulement dans leur contenu, ce qui aurait été trop simple, mais aussi dans la forme. Le rythme. La structure. La syntaxe. Les mots.

Ces écrits avaient été séquencés comme un ADN afin d’y identifier des « patterns  », des séquences, invisibles pour le lecteur mais pas pour Jack, qui constituaient des gènes communs.

Des gènes qui, selon la théorie de McAllister, étaient révélateurs d’un inconscient criminel.

Les gènes du crime.

Jack avait la capacité de détecter ces « patterns » criminogènes dans n’importe quel texte, article, commentaire, livre. Pour peu, évidemment, qu’il soit assez élaboré. Le résultat donnait, sous la forme d’un pourcentage prévisionnel, une probabilité du passage à l’acte criminel de son auteur.

S’il réussissait à vendre son idée, tout ce qui était publié aux États-Unis serait bientôt lu par Jack. Tous les livres. Tous les articles. Tout. Et peut-être un jour toutes les publications qui pullulaient sur ces nouveaux médias sans contrôle qu’on appelait les réseaux sociaux. De là viendrait la véritable pertinence du programme car tout le monde ou presque écrivait en ligne. Des e-mails. Des commentaires sur des articles. Des avis. Le contenu de ces écrits serait comparé à la base de données de Jack.

C’était la grande révolution voulue par McAllister. En comparant ses écrits à la base de données, on pourrait dire à l’avance dans quel pourcentage un individu était enclin à commettre à meurtre. Sur le plan pratique, il permettrait de détecter un tueur en amont, de surveiller ses faits et gestes, et de l’arrêter au moment de son passage à l’acte, juste avant qu’il ne commette son crime.

C’était un outil unique dans la résolution mais également dans la prévention du crime.

Jusqu’à présent, le programme, en phase de test, n’avait été utilisé qu’à rebours, pour confirmer des cas. Mais il avait démontré sa fiabilité. Jack avait analysé en aveugle les écrits de centaines de criminels condamnés ces trente dernières années et ne s’était jamais trompé.

Jamais.

Comme pour toute technologie nouvelle qui introduisait une fracture, McAllister attendait qu’une opportunité se présente pour que le Bureau validât l’utilisation projective de Jack. Puis il en demanderait la légalisation et sa mise en pratique systématique.

L’outil, il en était certain, était tellement performant que la justice suivrait. Certes, il y aurait toujours de bonnes âmes pour crier au complot, dénoncer Big Brother, mais il était convaincu que l’immense majorité de la population adhérerait à l’idée. Pour cela, il fallait qu’il fasse un coup. Il lui fallait une réussite incontestable qui le propulserait sur le devant de la scène médiatique et ferait taire par avance les critiques bien-pensantes.

Ce coup, il l’avait trouvé. Pour ne pas dire monté.

Foster.

McAllister avait passé nombre de ses écrits au crible de Jack. Et l’analyse était ressortie positive. Le PCP, pourcentage criminogène prédictif, était de 95 %.

Foster était un tueur en puissance, ses livres le clamaient. Les quatre meurtres qui lui étaient attribués le prouveraient.

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