L'ombre

Franck Ollivier · Chapitre 63 sur 85

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L'ombre

Chapitre 60

60

 

 

Ventura avait poursuivi son chemin, s’efforçant de garder le regard droit devant elle, comme si elle ne l’avait pas remarqué.

Netter, lui, forcément, l’avait repérée. Ça ne pouvait pas être Foster qu’il suivait, d’où l’aurait-il accroché ? C’était elle. Que voulait-il ? S’attendait-il à ce qu’elle le conduise jusqu’à Foster ? Où, tout simplement, avait-il deviné qu’elle était sur ses traces et, comme il l’avait fait pour Gina Bartoli, était-il là pour la liquider ?

Elle sentait le poids rassurant de son Glock sous son aisselle.

La foule devenait de plus en plus dense devant les boutiques. Des files d’attente se formaient devant les restaurants. Des badauds. Des familles. Des lycéens.

Le moindre échange de coups de feu ferait un carnage.

Elle avança dans sa direction sans ciller, jusqu’au moment où leurs épaules se frôlèrent. Ni l’un ni l’autre ne changea d’attitude. Elle eut juste le temps de scruter ses traits pour s’assurer que c’était bien l’homme qu’elle recherchait. Sa tête était baissée, son expression, dans l’ombre de la capuche de son hoodie, était tendue. Elle reconnut l’ancien condamné à mort. Était-il son homme sans visage ? Ce n’était pas le moment de douter. Une hésitation d’un quart de seconde pouvait lui coûter la vie…

Elle espéra que McAllister l’avait fait suivre, avant de comprendre, quasiment certaine du contraire, qu’elle allait devoir agir seule.

Ne voulant pas prendre le risque de se retourner, elle fit un tour complet de la statue, comme si elle cherchait quelque chose, ou quelqu’un. Il savait qu’elle était sur les traces de Foster, il fallait qu’elle continue d’en donner l’illusion. Elle passa en revue la foule ; Netter n’était plus là. Où était-il allé ?

Elle était partagée entre deux sentiments, celui de sauver sa peau et rater une occasion unique de serrer son homme sans visage. Il fallait qu’elle agisse. C’était maintenant.

Elle se mit à crier.

– Arrêtez-le ! Il m’a volé mon sac !

Ce qu’elle espérait se produisit : Netter, se croyant repéré, se mit à courir. Ventura le prit en chasse. Elle priait pour qu’il ne sorte pas une arme et fasse feu. Elle criait :

– À terre ! Poussez-vous !

Il s’enfuyait en balançant ses bras de droite et de gauche pour s’ouvrir le chemin. Il coupa devant la fontaine et fonça en direction de l’immeuble des parkings.

Ventura eut le temps de le voir se jeter dans l’escalier métallique menant aux étages. Elle bouscula un groupe qui sortait d’un ascenseur et fonça à son tour dans l’escalier. D’où elle était, elle pouvait apercevoir le fugitif. Il était déjà au deuxième, mais elle était plus jeune, plus entraînée, et l’écart entre eux se réduisait. Elle tenta de défaire la sécurité de son holster sous sa veste tout en courant. Mais, au moment de saisir la crosse de son Glock, son pied buta sur une marche, elle trébucha et l’arme lui échappa.

Malgré le bruit retentissant de l’acier contre l’acier, Netter ne se retourna pas.

Ventura se baissa pour ramasser son Glock mais, quand elle releva la tête, Netter avait disparu.

Elle se pencha vers le centre de la cage d’escalier pour avoir une meilleure vue. En vain. Netter était entré dans le parking. Elle avait le choix entre le cinquième et le sixième étage.

Elle releva le cran de sûreté de son pistolet et, main fermée sur la crosse, reprit sa marche vers le haut. Plus lentement. Prudemment. Elle poussa la porte métallique du cinquième étage. Observa l’intérieur du parking. Il était à moitié rempli de véhicules. Elle resta sans bouger. S’il était planqué là, Netter ne fit aucun mouvement. Elle referma doucement et monta d’un étage. Elle poussa la porte du sixième, eut juste le temps de voir un pick-up démarrer et, dans un crissement de pneus, se lancer dans le chemin en spirale qui descendait vers la sortie.

Elle hésita, puis se dit qu’il lui restait encore une chance. Elle était garée au troisième. Tout près de la sortie.

Elle avait encore le temps de l’intercepter.

Elle rangea son Glock dans son holster, referma le clapet et dévala l’escalier à toute allure. Tout en descendant, elle essayait de se remémorer la géographie du parking. Une fois à son étage elle courut vers l’allée où elle pensait avoir garé sa voiture. Elle la trouva sans hésitation. Elle chercha ses clés pour ouvrir sa portière, prête à monter et à démarrer pour prendre le fugitif en filature.

Elle s’immobilisa.

Un pick-up était arrêté dans l’allée. Devant elle.

Il lui barrait la route, lui faisant face tel un monstre menaçant. Les phares étaient allumés. Le moteur tournait, mais elle ne distinguait personne derrière le volant.

Elle sentit alors un violent choc dans son dos, au niveau de l’omoplate droite, et fut immédiatement projetée vers l’avant avec une force stupéfiante. Au moment où elle entendait la détonation. 9 mm. Elle avait reconnu le son.

Elle tomba lourdement contre le capot de sa voiture, puis s’étala le long de l’aile avant. Sa main glissa sous son aisselle, fit sauter la sécurité et saisit le Glock avant de le relâcher. Son bras droit, paralysé par le choc, ne pouvait tenir fermement l’arme. Elle fut obligée de la saisir de la main gauche.

Elle aperçut les boots de Netter par-dessous sa voiture, rampa à l’opposé puis, arrivant au niveau du coffre, s’agrippa à la poignée pour se soulever.

Le temps qu’elle se remette sur pied, il était en face d’elle. Le bras tendu. Arme au poing. C’était bien un 9 mm. Un Sig Sauer P320 M17. Elle reconnut sa forme, sa couleur beige. Elle vit la haine sur le visage du tueur. Comme quoi, il n’était pas totalement sans expression.

– Sale pute ! cria-t-il. Je te hais, salope !

Elle vit le feu sortir du canon.

Elle reçut une première balle au niveau du plexus, une seconde sous la clavicule droite.

S’il avait visé la gauche, elle était morte. Elle aurait été incapable d’utiliser son arme.

Elle souleva sa main gauche et fit feu trois fois.

Poitrine. Cou. Tête.

Comme à l’entraînement.

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