L'ombre

Franck Ollivier · Chapitre 70 sur 85

Pages du PDF

L'ombre

Chapitre 67

67

 

Après avoir alerté le département Homicide de Stockton du meurtre de Farrell et sa famille, Ventura avait attendu leur arrivée puis avait roulé jusqu’à l’aéroport d’Oakland où elle avait pris un avion du Bureau qui avait atterri à l’aéroport de Burbank, environ cinquante minutes plus tard.

Un van du FBI l’attendait. Le temps pressait. Il fallait lancer les avis de recherche, mais avant, elle devait clarifier l’identité de sa cible.

Depuis l’aéroport d’Oakland, elle avait contacté en urgence un spécialiste des codes du Bureau pour connaître la signification de ces lettres X et L entremêlées qui étaient le symbole d’Elixir of Life.

À son arrivée à Westwood, l’expert lui donna le résultat de ses investigations.

Le symbole n’était pas un code, c’était un signe linguistique, un phonème d’un dialecte lointain. Une langue ancienne parlée par un groupe ethnique du nord de l’île de Sulawesi, en Indonésie, le peuple Minahasa.

La langue était le bugis.

Le mot signifiait « Fidélité au maître ».

Le titre de la préface du recueil des sermons de Patrick Hollmann.

Elle comprit alors pourquoi le dénommé Onyx avait échappé à la descente chez ses coreligionnaires de Lompoc. Il y avait une raison fondamentale pour qu’il fût l’inspirateur d’Elixir of Life. Elle remontait à des années. À sa rencontre avec Patrick Hollmann dans la petite église de Bantaeng.

Ventura l’avait noté dans sa liste de recherches, au milieu de tout le reste, dès le meurtre de San Bernardino : l’Indonésie.

Elle consulta la liste des demandes de visa en provenance du district de Bantaeng, Indonésie que l’USCIS, US Citizenship and Immigration Services, avait fini par lui envoyer. Deux émanaient de Sondakh Pratiwi. Un visa de touriste en 1997. Puis un visa d’immigrant en 2003. Il avait une offre d’emploi officielle de la part d’une société viticole de Californie. Son garant se nommait Amy Hollmann, née Ribak.

Elle découvrit qu’il avait fait une première déposition auprès du bureau du procureur du Wisconsin en 1997, restée sans suite.

Ventura comprit pourquoi l’existence de Wakhar Dinipos ne remontait pas avant 2012. Farrell lui avait créé une identité pour le protéger mais il n’était pas un agent infiltré. C’était même le contraire.

Wakhar Dinipos était l’anagramme de Sondakh Pratiwi. Son véritable nom.

Sondakh était devenu un témoin que Farrell avait fait disparaître sous ce faux patronyme dans le Witness Protection Program, le Programme de protection des témoins du FBI, en échange de son témoignage contre Nicholas Foster.

L’ancien aide d’Hollmann avait enfin réussi son coup.

C’était lui qui avait pointé la responsabilité de Foster dans le quadruple meurtre. Foster, leur dit-il, avait fait un pacte avec le tueur. Il leur décrivit avec une précision unique comment Patrick Hollmann avait fait de Foster son héritier. L’intelligence du prêtre l’avait converti à ses théories : tuer rendait libre.

Sondakh savait de quoi il parlait.

Il n’avait pas battu le système, il l’avait berné.

Elle vit son portable vibrer sur son bureau. Un nom. Foster. Il l’appelait alors même qu’il savait qu’elle était certainement sur écoute. Elle décrocha.

– Je sais qui est le tueur, dit Foster.

Elle aussi. Et elle avait même une idée précise d’où il se planquait.

OceanofPDF.com