Parce que c'est nous
Chapitre 45
Cousin Thad avait réservé pour Feron des places côté hublot sur les deux vols. Elle attendait maintenant de voir quelle possibilité importune allait survenir à côté d’elle. Elle s’était changée dans les toilettes de l’aéroport. Une fois assise, elle empreignit son visage du masque « il n’y a personne ici » et s’appliqua à garder les yeux fixés vers la vitre.
Quelqu’un s’arrêtait, plaçait ses affaires dans le coffre au-dessus d’elle. Elle n’eut pas l’impression qu’on la regardait mais aperçut du coin de l’œil la silhouette d’un homme qui se tassait dans son siège et attachait sa ceinture.
Quand l’avion atteignit son altitude de croisière, elle pensa pouvoir sans problème lui faire courtoisement savoir qu’elle était consciente de sa présence mais qu’elle désirait rester sur sa réserve et espérait que lui aussi.
Il ne regardait pas dans sa direction.
Le steward demanda si elle voulait boire quelque chose.
« Oh, un coca avec de la glace et une tranche de citron, si vous en avez.
— Rien, merci », dit son voisin d’un ton poli. Continuant de ne lui prêter aucune attention.
Après quoi il se plongea dans quelque espace intérieur profond comme quelqu’un qui profite du vide qui l’entoure.
Au début des années 1970, avant que Cuervo entre dans sa vie, Feron avait lu un roman récemment sorti de Doris Lessing sur une femme qui avance en âge et prend soudain conscience que les hommes ne la voient plus. Elle tente une expérience, passe devant un chantier telle qu’elle est habituellement, cheveux gris et vêtements ternes, et les ouvriers ne la voient pas. Elle s’en va, noue autour de sa tête une écharpe exotique, enfile une jupe étroite qui moule ses hanches, et repasse devant le chantier. Cette fois ils la voient.
Feron était alors proche du désespoir. Elle n’avait rien publié, son roman sur son mariage était en panne, et elle allait avoir trente-cinq ans, seulement dix de moins que la protagoniste de Doris Lessing.
Elle avait maintenant plus de dix ans de plus qu’elle. Était-ce le début d’une transition vers l’invisibilité ?
Ces vols de retour vers Newark lui rappelaient toujours Will. Durant leur première journée en tant que mari et femme, Will était assis côté hublot et elle ne vit quasiment que son dos. Bien qu’ils se soient éveillés ensemble dans le lit de la chambre d’amis de sa mère, il était maintenant loin d’elle.
(Qu’est-ce que Merry avait dit ? « Perdu là-haut dans l’éther. »)
Il le sera toujours, avait-elle pensé tandis qu’ils s’élevaient dans les nuages, mais au moins maintenant il est mien. Elle ne découvrait pas ce trait de caractère, elle en avait été prévenue, elle s’y attendait, s’en sentait rassurée. Will Avery n’envahirait jamais son territoire, et elle ne devrait jamais envahir le sien.
S’il avait vécu, il aurait aujourd’hui soixante-quatorze ans. Dans quel état serait-il ? Amoindri, comme Jack, ou toujours celui qu’elle avait connu ? Seraient-ils encore mariés ? Elle le croyait. À moins qu’elle n’ait fait quelque chose de vraiment horrible, Will ne l’aurait pas quittée, il se serait retiré plus profondément dans ses pensées. Elle était sûre d’être la seule personne qu’il aurait voulu épouser. Et non sans la cour assidue que sa mère avait eu la sagesse de faire à sa place.
Il aimait ce qu’il appelait sa grâce méfiante. Pour des raisons différentes, tous deux s’étaient toujours tenus sur leurs gardes. Elle, parce qu’elle avait subi l’invasion et ne voulait pas que ses frontières soient de nouveau violées. Lui, parce qu’il s’était consacré, avec la constance d’un moine, à une mystérieuse période de l’histoire au cours de laquelle certains éléments de la population tendaient vers les sentiments les plus élevés que la nature humaine puisse atteindre, et quand, bien que tout près du but, ils avaient échoué, il était resté avec eux, fidèle à son engagement.
Couchés côte à côte, sur le dos. Concordance parfaite de leur souffle. À d’autres moments sur le côté, face à face, mais sans bouger ni se toucher. Qui pouvait comprendre ce long ravissement sans en avoir fait l’expérience ? Une pratique à laquelle ils continuèrent d’avoir recours après l’avoir découverte par nécessité dans la maison de sa mère. Sans négliger le reste. Les premières fois furent des fiascos. Pas de concordance, pas de synchronie, gênant et compliqué. « Nous méritons un zéro pointé tous les deux », dit Will. « Mais n’avons-nous pas droit à quelques points supplémentaires pour les efforts accomplis ? » demanda-t-elle, parodiant Mr. Tribby qui avait ensuite choisi de suivre un autre cours que celui de Will. La maladresse de sa femme ne troublait pas Will, c’était une chose qu’ils partageaient. Ils finirent par s’étreindre dans un accouplement effréné qui les satisfit tous les deux. Mais qui ne dura pas et, quand ce fut terminé, ils eurent l’impression qu’il y manquait quelque chose.
Personne ne disait la vérité sur le sexe. Elle ne pouvait toujours pas se représenter Merry et Jack au lit. Bien qu’elle n’eût jamais posé les yeux sur le mari de Merry, Feron avait fait sienne la description que lui en avait donnée Cousin Thad, celle d’un homme qui ne s’asseyait jamais. Pourtant, ils avaient eu un enfant. Quant à Merry et Thad, si ce qu’elle avait deviné était vrai, elle ne pouvait pas non plus l’imaginer. Cependant, debout devant le lutrin, elle avait vu deux êtres essayant de cacher qu’ils étaient amants.
À Durham, elle et Will habitaient dans une tour médiévale près de la cathédrale. Les nuits effrénées, c’était elle qui sortait du lit et descendait l’escalier de pierre en colimaçon pour enlever le diaphragme, que Blanche appelait capote hollandaise, le laver à l’eau et au savon, et le remettre dans sa boîte. Il fallait aussi prévoir ces étreintes, et mettre la capote hollandaise avant de monter se coucher. Et ne pas oublier de glisser un shilling dans le compteur de gaz pour que la chambre ne soit pas glacée quand elle se relèverait. Étrange, l’idée de ne devoir être « spontanée » qu’en ces moments accompagnés de contraintes sévères.
Dès le début, depuis que Will l’avait plus ou moins demandée en mariage pendant le trajet de retour sur le campus en voulant savoir si elle ne trouvait pas leur différence d’âge trop importante, Feron avait su qu’il s’efforçait continuellement de paraître détendu en sa présence. Elle s’était donné pour but de l’emmener en un lieu où il n’en ressentirait plus la nécessité.
Le paradoxe de sa vie : le seul homme qu’elle ait voulu épouser, elle le devait à celui qu’elle haïssait plus que tout autre pour avoir dévasté son enfance. Car, en ce dimanche fatidique, elle s’était réfugiée à la cafétéria de la fac afin de fuir la chambre où elle ne supportait plus de rester seule avec la rage impuissante qu’avait provoquée en elle l’autoacquittement mensonger de Swain, venu la voir la veille.
Pendant le peu de temps qu’avait duré son mariage, Feron avait pratiqué l’observation. Will était un oiseau rare, il n’avait pas l’habitude d’être jour et nuit en compagnie d’une autre personne. Elle l’avait regardé sans en avoir l’air pendant le vol de Raleigh à Newark (puis dans l’hélicoptère qui à l’époque vous emmenait ensuite jusqu’à ce qu’on appelait Idlewild Airport, maintenant JFK, d’où ils devaient partir vers l’autre côté de l’Atlantique). Pendant pratiquement tout ce voyage, il avait lu en latin le traité d’Aelred sur l’amitié, déclaré que cette traduction était inadéquate et qu’il avait l’intention d’en produire une qui soit digne de ce texte. Ou il avait fixé le dossier devant lui – exactement comme le voisin de Feron le faisait maintenant.
De temps en temps il sursautait, comme s’il se rappelait soudain qu’il était marié, la regardait et la touchait. « Ça va ? » demandait-il. Et ils parlaient de la cérémonie de la veille, de sa mère qui n’avait pas semblé être tout à fait elle-même (et elle ne l’était pas) ; de ce qui les attendait en Angleterre, ni l’un ni l’autre n’avait jamais mis les pieds à l’étranger ; ou d’Aelred, l’abbé de Rievaulx dont la vie offrait à Will l’idée la plus proche de ces sentiments élevés que les gens du Moyen Âge avaient voulu atteindre.
Bientôt ils marcheraient sur l’herbe parmi les ruines de l’abbaye, et Will lui raconterait des histoires sur cet homme qui avait fait de Rievaulx un lieu d’accueil spirituel et de prospérité. Avant que tout cela prenne fin, Feron pensa connaître et apprécier Aelred aussi bien que Will connaissait et appréciait Miss McCorkle.
« Pourquoi ne t’es-tu jamais remariée ? » En réalité, personne dans son souvenir ne le lui avait demandé mais, si cela avait été le cas, elle aurait peut-être répondu : « D’une part, on ne me l’a plus jamais proposé. D’autre part, je crois que je ne le cherchais pas et que ça se voyait. »
Même jeune veuve, elle ne s’était pas mise sur le marché – n’avait pas « présenté » son corps au public, comme le disait la femme qui avance en âge du roman de Doris Lessing. Elle n’avait eu qu’une seule liaison, avec un conseiller en gestion de MacFarlane qu’elle avait aidé à mieux écrire son rapport. Un Canadien français à la voix douce qui semblait savoir intuitivement qui elle était vraiment. Un homme plein de subtilité, basé à Montréal, et le week-end ils se retrouvaient à Albany. Elle savait depuis le début qu’il était marié. Ils avaient fusionné mentalement et physiquement. Puis il avait été transféré en Amérique du Sud et après deux jours enfiévrés à Albany, ils s’étaient séparés à la gare en s’embrassant affectueusement. (Comme avec Merry tout à l’heure.)
Elle n’était pas fière des « rencontres » qui avaient suivi. Elle reculait de plus en plus devant toute intimité. Devenir proche menait aux exigences et à la déception, et, dans le pire des cas, au dégoût. Les séances répétées se firent de plus en plus rares et éloignées les unes des autres, jusqu’à ce qu’elle comprenne que la prochaine étape, si elle devait exister, serait des histoires d’une seule nuit avec un inconnu.
« Certains d’entre nous ne sont simplement pas aptes à entretenir les relations qui suivent la rencontre », avait dit Cuervo.
L’avion roula jusqu’à sa porte et, dès qu’ils en eurent l’autorisation, les passagers détachèrent leur ceinture. Feron entendit cliqueter celle de son voisin, qui revint du lieu lointain où il était resté tout ce temps.
Il lui parlait. « Y a-t-il quelque chose que je peux vous descendre du coffre ?
— Oh, oui, merci. Le sac vert foncé avec les garnitures en cuir. »
Les autres s’avançaient lentement vers la sortie. Il avait posé par terre le sac de Feron, poignée relevée, elle était prête à le précéder dans l’allée.
Il la regardait enfin. Un homme entre soixante et soixante-dix ans, au visage intéressant et à l’attitude agréable. Il dit : « Je tiens à vous remercier de ce vol qui fut le plus réparateur que j’aie jamais connu. »
Elle était tellement surprise qu’elle resta sans réponse. Peut-être cela valait-il mieux.
L’ascenseur de la maison au bord de l’eau était toujours en panne, aussi Feron commença-t-elle à monter les cinq étages à pied, en cognant son bagage derrière elle, marche après marche. À mi-parcours, elle s’accorda une minute de répit et s’assit sur le palier pour reprendre son souffle. Est-ce que ça serait comme ça, ne plus être jeune ? Elle ferma les yeux, s’appuya contre son sac à roulettes, frotta sa joue contre sa toile épaisse. L’espace d’un instant, elle crut qu’elle allait s’évanouir. Ou que ce qui s’était passé devant le lutrin recommençait. Elle finit quand même par arriver en haut, entra chez elle. Referma la porte, abandonna son sac, poignée relevée comme l’homme le lui avait présenté, et alla s’allonger sur le lit de Cuervo, puis, couchée sur le côté, respira et expira plusieurs fois. Si elle mourait, qui la trouverait ? Le dératiseur ? Quelqu’un, Cousin Thad, devrait venir, faire emporter son corps et l’enterrer. Merry pleurerait sans se cacher. (« Je lui ai dit que j’avais toujours peur de ne jamais la revoir, et j’avais raison. »)
Que laisserait-elle derrière elle ?
Pas beaucoup de biens matériels, Thad lui en serait reconnaissant. (« Plus de trente ans à New York, et je peux tout prendre d’un coup, bénie soit-elle. »)
Deux contes de fées modernes qui l’avaient propulsée sur la scène littéraire et un roman qui racontait l’histoire de trois personnes plutôt spéciales dans les années 1960, et qui avait failli avoir un prix.
Dans la vie de qui avait-elle changé quelque chose ? Cuervo ? Oncle Rowan ? Blanche ? Merry ? Will ? La mère de Will (bien qu’elle l’ait lâchement laissée tomber, invoquant son propre désespoir pour que ce soit Oncle Rowan qui se charge de lui téléphoner) ?
Peut-être l’amant de Montréal ? Peut-être Dale Flowers ? L’homme de l’avion ?
Ce qu’il y avait d’intéressant dans ces questions, c’était le soulagement, le plaisir, le côté « réparateur » de la visualisation de sa disparition. Liquidée. Plus là. Fin du film. Poussière retournée à la poussière.
Un jour où ils se promenaient parmi les ruines de l’abbaye de Rievaulx, elle avait demandé à Will : « Est-ce que tu as jamais envisagé de devenir moine ?
— C’est drôle que tu me demandes ça. Oui. Oui, j’y ai pensé. Et ensuite, j’ai réfléchi aux raisons que j’aurais eues de le faire. Je ne suis pas pratiquant, et j’aurais dû renoncer à ma liberté, promettre obéissance à un abbé que je n’aurais peut-être même pas aimé. En plus, cela aurait trop pris sur mon temps de travail. »
Feron dormit. Le bruit de la pluie la réveilla. Elle alla à la fenêtre, souleva le châssis, détacha le store pour pouvoir sortir la tête et lancer un regard vers le fleuve, dont la vue lointaine avait incité Cuervo à appeler cet appartement « maison au bord de l’eau ». Il lui avait dit que certains de ses amis – ou plutôt feu ses amis – avaient surnommé l’Hudson « le dépotoir ».
Tiens, voilà une couleur pour toi. « Le bleu Hudson » sur le dessus, cinq cents tonnes de déchets toxiques balancés là par la General Electric. Quelles couleurs y aurait-il dans ces déchets toxiques ? Gris sale, vert glauque, tortillons de blanc semblables à des lombrics, un peu de rose mortel ?
Elle s’assit devant le bureau de Cuervo et contempla le dessin au pastel de Cervantès rêvant à Don Quichotte réalisé par Grand-Oncle Eugenio. L’écrivain, vêtu d’une chemise aux manches volumineuses et d’un gilet de soie noire e XVII, était vu de profil, son front dégarni légèrement appuyé sur sa main gauche. Il regardait vers le bas, ou de l’autre côté, ou un lieu invisible, comme tout à l’heure l’homme dans l’avion. Les lèvres de Cervantès s’avançaient de façon intense, abstraite.
Derrière la puissance de Cervantès imaginant son personnage, Feron sentait celle du respect qu’exprimait pour lui le geste de l’artiste.
Il fallait faire attention avec le Cuervo de l’au-delà. Elle continuerait à économiser les questions qu’elle lui posait, de peur de les épuiser. Cuervo ne parlait que si elle lui demandait quelque chose. Elle écarta définitivement l’idée de lui faire partager sa rencontre du matin avec Ritchie. Elle savait que l’esprit de Cuervo parlait à travers elle, alors que l’apparition de Ritchie venait de quelque part ailleurs.
« Maestro, que me conseilles-tu de faire maintenant ?
— Tu es déjà assise dans le fauteuil du bureau. Oublie l’ordinateur, pour l’instant. Prends une feuille de papier dans le tiroir et insère-la dans la petite Olivetti. Tape une page, interligne simple, sur ce que tu as en tête. Tu as abandonné la femme qui mentait, évoques-en maintenant une qui dit la vérité.
— Interligne simple, vraiment ?
— Oui.
— Juste une page et j’arrête ?
— Juste une page et tu arrêtes. Pas un mot de plus. »
Page avec interligne simple de Feron
Feu mon mari s’était lancé à la poursuite d’un abbé du Moyen
Âge qui avait écrit un livre sur l’amitié. Avant de m’épouser, il avait été mon professeur. Quand je suis allée le voir pour parler de mon sujet de devoir du trimestre, il m’a invitée à regarder si, dans les livres qu’il avait rangés sur une certaine étagère, il y en avait qui attiraient mon attention. Je suis restée un instant devant Histoire de mes malheurs, de Pierre Abélard, mais je savais que mon professeur était las des dissertations sur la vie sexuelle dévastée d’Héloïse et Abélard. Puis je me suis arrêtée devant une thèse reliée en vert qui portait au dos le nom de mon professeur : Cicéron, Aelred de Rievaulx, et l’amitié. Les Malheurs me tentaient plus, seulement, à cette époque de ma vie, je désirais avant tout plaire au corps enseignant afin de ne pas me faire virer de la fac.
« L’amitié, peut-être.
— Et pourquoi l’amitié ?
— D’une part parce que c’est un sujet sur lequel vous avez écrit,
mais aussi parce que ce sujet me fascine. »
J’étais une lèche-bottes, mais une lèche-bottes habile. « En quoi vous fascine-t-il ? » voulut-il savoir. Il m’a demandé de
m’asseoir.
« Eh bien, je n’ai eu qu’une seule amie jusqu’ici. La fille avec qui
je partageais ma chambre à Lovegood College. J’aimerais savoir pourquoi nous avons sympathisé comme nous l’avons fait, pourquoi nous étions toujours à l’aise en la compagnie l’une de l’autre. Pour un devoir de littérature, elle a écrit une nouvelle sur notre amitié. J’étais le personnage sombre, hanté par un passé difficile, et elle la fille “banale”, qui n’avait jamais eu aucun problème. Je lui ai fait changer “banale” en “optimiste”. Elle a été la première à éveiller mon esprit de compétition, mais elle m’a aussi rendue consciente de mon manque de bonté. Elle est pour moi l’exemple de ce qu’une amie doit être, et pourtant je ne la reverrai peut-être jamais.
— Pourquoi ? »
En ce temps-là, mon professeur était une paire de lunettes à
monture noire qui me renvoyait mon reflet, et une intelligence désincarnée dont dépendait ma réussite ou mon échec.
« Elle a arrêté ses études après le premier semestre car ses parents
sont morts et qu’elle a dû reprendre leur exploitation de tabac. Elle habite la Caroline du Nord, mais nos vies partent dans des directions opposées. »
Mon professeur a dit : « Prenez le Cicéron qui est à côté de ma
thèse, c’est une bonne traduction. Et vous pouvez emprunter ma thèse, si vous en prenez soin. J’ai traduit une grande partie du traité d’Aelred, il n’existait rien de fiable. Et vous savez ne pas devoir écrire sur vous-même, n’est-ce pas ?
— Je ne le ferai certainement pas.
— Quoique vous alliez retrouver dans le traité d’Aelred certaines
des choses que vous venez de me dire. »
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