Parce que c'est nous
Chapitre 47
Ébranlées par leur entretien avec Jocelyn Williams, Lavonne Blake et Merry Jellicoe s’assirent dans le petit bureau des pompes funèbres où Merry travaillait et essayèrent de se ressaisir.
Merry dit : « C’est bien que cet État autorise à enterrer deux personnes dans le même cercueil.
— Oui, si elles y rentrent. Mon père l’a fait un jour pour un couple, et je l’entends encore dire : “À deux centimètres près, on n’aurait pas pu les tasser l’un contre l’autre.” En ce qui nous concerne, l’un des deux était un bébé d’à peine un jour. Une petite fille qui sera à l’aise dans les bras de sa mère.
— La résilience des êtres humains – tu ne trouves pas ça extraordinaire, Lavonne ? Mrs. Williams est sortie d’ici d’un pas vif et léger parce qu’elle avait un but. Choisir leurs vêtements.
— Prendre ces photos n’a certainement pas été facile pour elle, dit Lavonne.
— Nous l’avons fait, Jack et moi. Quelques instants après que Paul a arrêté de respirer. Sa peau était encore rose et tiède.
— Oh Merry, je suis désolée, je n’ai même pas pensé…
— Non, tout va bien. Nous étions contents d’avoir cette photo. Enfin, nous l’avons été plus tard. Et pouvoir s’appuyer sur sa propre expérience pour comprendre la douleur des autres est une bonne chose. Quelle force elle a eue d’aller dans le service néonatal photographier l’enfant quand elle était encore vivante. Puis de retourner dans la salle d’accouchement photographier sa fille morte.
— Ses clichés ne sont pas très réussis, mais c’est déjà pas mal. Un professionnel en prendra d’autres avant qu’on referme le cercueil.
— S’il nous les donne ne serait-ce qu’une heure avant que les autres viennent leur dire adieu, je pourrai les scanner et les mettre dans le programme.
— Bonne idée !
— Ne pars pas tout de suite, Lavonne, j’ai deux ou trois trucs à voir avec toi.
— Quel air sérieux…
— C’est sérieux, mais dans l’ordre des choses, et ça ira, je te le promets. Le mélanome est revenu. Ou plutôt c’en est un autre. Cette fois, il s’est installé dans mon cerveau.
— Merry, tu as dit que ça irait !
— Dans le vaste ordre naturel, tout ira bien, quelle que soit l’issue. S’il y a quelqu’un qui peut le comprendre, c’est toi. La marche à suivre est à peu près la même que la dernière fois. Mais vu l’endroit atteint, il va me falloir un masque antiradiation. Je m’exerce à la pensée positive. Il y a une chance pour que tu m’aies encore des années sur les bras, jusqu’à ce que je sois une vieille bique.
— Plaise à Dieu qu’une fois vieilles biques, nous restions longtemps amies. En attendant, comme la dernière fois, tu peux compter sur moi.
— Je sais. Jusqu’à la fin et même après, si cela doit arriver. Non attends, je le pense vraiment, quand je dis que dans un cas comme dans l’autre, ça ira. Parce que, tu vois, mon père et ma mère n’ont rien pu préparer, et Ritchie non plus. L’enterrement où j’ai emmené Feron hier était celui d’une dame qui avait tout préparé. Une messe funéraire catholique en bonne et due forme, les instructions concernant les lectures et les gens qui liraient, ainsi que les porteurs de cercueil. Il ne devait y avoir ni éloges funèbres, ni sermon. Uniquement la messe. Elle a donné une partie de ses meubles, laissé à son église de l’argent destiné à construire un nouveau réfectoire. Comme elle n’avait pas d’héritiers, elle a laissé sa maison et certains de ses plus beaux meubles à la mairie de Benton Grange, afin qu’on y organise des événements communaux. Comme tu le sais, mes instructions funéraires sont déjà dans tes dossiers et mon testament à la banque, la pierre tombale est prête, il n’y manque que la date de fin.
— Oh Merry, on dirait que tu organises une grande fête.
— Eh bien, oui, en quelque sorte. Je suis heureuse d’avoir la chance de pouvoir prévoir. Encore une chose, Lavonne. Tout cela doit rester strictement entre nous. Même Rachel ne doit pas savoir.
— Strictement entre nous. Et Feron ? Tu ne vas pas le lui dire ?
— Si, elle me l’a fait promettre, mais je vais attendre le bon moment.
— Qui sera quand ?
— Je voudrais en savoir plus… voir comment ça évolue. »
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