Soudain, l'amour

Guégan · Chapitre 9 sur 55

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Soudain, l'amour

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ILS DESCENDENT LE BOULEVARD SAINT-MICHEL avant de tourner sur la gauche. La nuit est douce. Paris se gorge d'un printemps qui paraissait l'avoir oublié. Jenny regrette de s'être changée au dernier moment. Elle n'allait tout de même pas d'entrée de jeu se plier aux exigences d'un inconnu et garder cette robe qu'elle avait pourtant choisie avec soin. Avec la complicité du ciel, le vin blanc l'a punie. Dans son jean à pattes d'ef elle crève de chaud. En sortant de la brasserie, Max lui a pris le bras. Elle s'est laissé faire et s'est même abandonnée. Quand il a trébuché sur un sac-poubelle abandonné au pied d'un réverbère, Jenny l'a retenu en se pressant contre lui. Elle voulait qu'il sente ses seins. S'il a été troublé, il n'en a rien montré. Il a bêtement plaisanté sur la difficulté de se tenir droit quand on a l'âme retorse. À présent qu'ils viennent de dépasser le carrefour de l'Odéon, elle se demande pourquoi il tarde tant à l'embrasser.

– J'ai envie de boire.

– Pas moi. J'ai déjà la tête qui tourne.

– Juste un verre.

– Je me lève tôt demain matin.

– Voulez-vous que je vous mette dans un taxi?

– On ne se débarrasse pas de moi comme ça.

– Il faut que je boive.

– D'accord, mais ici, à cette terrasse. Asseyez-vous. Je reviens. J'ai besoin d'aller aux toilettes.

– Aux toilettes ou à la cabine de téléphone?

– Aux deux. Commandez-moi un café.

– Rien d'autre?

– Si, un orchestre... J'ai envie de danser.

– Pas très loin d'ici, je connais un endroit où il y a de la bonne musique. Je veux dire de la musique pour tous les âges.

– Pas très loin d'ici! Ne serait-ce pas du côté de la Bastille, à deux pas de votre hôtel?

– Redites-moi ça. Un instant, j'ai eu l'impression de me retrouver quarante ans en arrière, au temps béni où je ne savais trop comment m'y prendre pour inviter une dame à venir dans ma chambre.

– Alors qu'aujourd'hui...

– Je vous attends.

– N'oubliez pas l'orchestre.

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