Soudain, l'amour

Guégan · Chapitre 24 sur 55

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Soudain, l'amour

Vingt-quatre

 

 

DIJON, OÙ MAX A DÉBARQUÉ à la tombée de la nuit, est couverte d'affiches électorales. C'est à qui occupera le terrain, les partis se sont livrés à une guerre d'usure en se fichant des panneaux réservés aux professions de foi. Ils ont collé n'importe où. Pas un mur ne leur a échappé. Même pas ceux de l'église au pied de laquelle Ali lui a réservé une chambre dans l'hôtel que tient l'une de ses anciennes barmaids. Paris, en comparaison, s'apparente à une oasis d'indifférence. Cette débauche de propagande rappelle à Max sa première, et dernière, campagne électorale, celle qui suivit les émeutes de mai. Lui et son groupe n'avaient cessé de recouvrir toutes les affiches des candidats aux législatives, qu'ils soient gaullistes ou communistes, de slogans qu'on jugerait aujourd'hui antidémocratiques, « Élections, pièges à cons », « Scrutin Putain », quoique la préférence de Max allât au trop rare « Baisons-nous les uns les autres sinon ils nous baiseront ». Il y songe encore en passant devant la prude figure de sainte Arlette et se demande alors comment Laura, sa sectatrice, réagirait s'il lui proposait de les rejoindre, sa sœur et lui, dans le lit où demain, espère-t-il, ils se retrouveront. Autant dire tout de suite...

 

– Bonjour, toi.

– On ne s'embrasse pas?

– Je suis en nage. Remettons les mamours à plus tard, à moins que la sueur t'excite.

– Comme si tu l'ignorais.

– Du bout des lèvres, alors. J'ai un chewing-gum dans la bouche.

– Je l'avalerai.

– Pas question. Ce qui est à moi est à moi.

– Mais je peux t'enlacer quand même?

– Si tu l'oses, je repars en courant.

– D'accord, faisons dans le chaste. Attention, je me penche vers toi, les bras collés le long du corps, et te baise lentement, doucement, les lèvres...

– Arrête! Tu n'as pas pu t'en empêcher, hein ? Pas la langue, je t'ai dit.

– Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, certains organes de mon corps n'obéissent pas à ma volonté.

– C'est ton bagage? Tu n'as guère dû faire de frais de toilette pendant ces trois jours. J'ai horreur des mecs qui ne changent pas de slip tous les matins.

– Je ne suis resté absent de Paris que deux jours et quelques heures, et je ne porte que des caleçons. J'ajoute qu'une trousse de toilette, un pyjama, deux T-shirts et autant de calcifs, plus une paire de socquettes de rechange, sans oublier la boîte de boules Quies et le polar de service, ça entre à l'aise dans un sac comme celui-ci. Tu veux vérifier?

– Je vérifierai chez moi.

– Parce qu'on va chez toi? Qu'as-tu fait de ta sœur?

– Laura est assesseur dans son bureau de vote.

– Ça la branche tant que ça, les élections?

– Gravement, et c'est d'ailleurs l'un de nos deux points de divergence, en dehors des westerns, bien entendu.

– Et quel est le premier?

– L'espèce de grand machin qui est devant moi.

– J'arrangerai ça.

– Un conseil, vas-y sur la pointe des pieds. À ses yeux, tu es limite réac.

– Amusant! Elle a le même point de vue que mon rhumatologue, général à deux étoiles je précise.

– Et quant à l'humour, elle ne le supporte que lorsqu'elle en fait... On prend un taxi ou le métro?

– C'est direct pour chez toi?

– Non.

– Alors, le taxi.

– Pas de commentaires sur mon survêt? Dijon t'aurait-il changé?

– Mince, j'aurais juré que c'était une robe de Christian Lacroix.

– Monsieur Logane est d'humeur frivole. Monsieur Logane pense être tiré d'affaire, j'imagine. Eh bien, monsieur Logane, une fois que je serai passée sous la douche, et vous derrière moi, attendez-vous au pire... Enfin, voici un taxi. Presse-toi, l'infirme.

– Tu ne voudrais pas me porter ? Forte comme tu es, ce te serait facile.

– Déjà, tu réclames ma pitié ! Qu'est-ce que ce sera tout à l'heure?

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